Dan Turèll (1946-1993) a toujours été un écrivain reconnu et même adulé au Danemark mais en France, on ne le connaît pas beaucoup et c’est dommage. Sans doute a-t-il été publié trop tôt, ici, alors que la mode du roman policier nordique n’avait pas encore commencé. On trouve de lui trois romans : deux, initialement publiés chez Ginkgo, ont été réédité chez L’Aube, dont l’un sous un nouveau titre (Meurtre à l’heure de pointe et Mortels lundis devenu Minuit à Copenhague) et le troisième, directement publiés chez L’Aube, Meurtre dans la pénombre. Mais la série (intitulée Mordserie) qui met en scène un journaliste jamais nommé, sorte de double de l’auteur, compte treize titres, publiés au Danemark de 1981 à 1990, et au rythme de leur parution, il n’est pas certain que les premiers lecteurs français de Dan Turèll soient encore vivants lorsque le dernier titre sera en librairie. À l’instar de Varg Veum, le privé du Norvégien Gunnar Staalesen, le héros de Dan Turèll est un solitaire, calqué sur certains enquêteurs américains, qui apprécie la gent féminine, l’alcool et le jazz. Il aime aussi émailler ses propos d’humour et ne rechigne pas à se montrer poète lorsque la situation l’exige. La parenté entre les deux personnages est donc patente. Les milieux dans lesquels ils mènent leurs enquêtes diffèrent, Copenhague n’est pas Bergen, mais les marginaux de tous poils semblent les attirer irrésistiblement dans leurs filets. Dan Turèll, heureux mélange d’humour, de poésie et de catastrophe… et assurément l’un des plus séduisants auteurs de romans policiers danois.
* Mortels lundis (Mord ved runddelen, 1983), trad. Sophie Grimal et Frédéric Gervais, Le Griot/Ginkgo, 1995 ; rééd. sous le titre Minuit à Copenhague, mêmes traducteurs, L’aube (polar, poche), 2012
* Meurtre à l’heure de pointe (Mord i myldretiden, 1985), trad. Orlando de Rudder et Nils Ahl, Ginkgo, 2003
* Meurtre dans la pénombre (Mord i mørket, 1981), trad. Nils C. Ahl, L’aube (polar), 2013