Dans Les Secrets des Sprakkar, sous-titré « Ces femmes qui changent le monde » (« en vieil islandais, sprakkar signifie ‘femmes extraordinaires’ », nous avertit la quatrième de couverture), Eliza Reid, « première dame d’Islande » puisque épouse du Président de la République de l’île, s’essaie, à partir de son propre parcours, à retracer diverses luttes des femmes. « Avant d’avoir rencontré mon futur mari, Gudni Jóhannesson, à l’automne 1998, j’étais juste capable de reconnaître le drapeau islandais, de situer le pays sur une carte et de citer le nom de sa capitale, Reykjavík... » Un pays comme un autre, l’Islande ? « À l’époque, je ne savais même pas que l’Islande était classée parmi les pays du monde qui offraient aux femmes les meilleures conditions de vie. Qu’une alchimie unique mêlant l’histoire, les personnes, les politiques publiques et un peu de chance avait fait émerger une société plus avancée qu’aucune autre en matière d’égalité femmes-hommes. » Eliza Reid (née en 1976 au Canada) est d’abord embauchée dans une boîte de communication. Les rapports entre salariés l’étonnent, tout ici semble possible. Licenciée, elle monte sa propre entreprise et créé un festival littéraire, l’Iceland Writers Retreat. Les femmes, s’aperçoit-elle, occupent des postes au même niveau que les hommes, ce qui fait de l’Islande la pays le plus avancé du monde quant à leurs droits. Tout n’est pourtant pas gagné, « le patriarcat y est toujours puissant et profondément enraciné ». Eliza Reid présente diverses femmes, célèbres ou inconnues, qui ont façonné ou façonnent l’Islande : les Méduses, par exemples, ces femmes qui se regroupent et nagent en toute saison ; ou, naguère, cette Ólöf « la riche » Loftsdóttir, qui sut venger son mari tué par des négociants anglais ; ou encore, au début du XXe siècle, Sigrídur Tómasdóttir, « pionnière de la défense de l’environnement en Islande ». Elle rappelle également les efforts du pays pour parvenir à la parité homme-femme, et ce dans tous les domaines. « À travail égal, salaire égal. » Son livre est plaisant à lire, ce peut être une bonne manière de découvrir un pays dont la dimension touristique efface peut-être trop souvent son progressisme politique. « L’Islande n’est pas immunisée contre les problèmes qui existent ailleurs, mais elle cherche à remédier aux inégalités professionnelles liées au genre », peut-elle ainsi affirmer comme en conclusion. (Relevons juste que la route circulaire n°1 ne fait pas 13 000 kilomètres, comme indiqué page 223, mais... dix fois moins !)
* Eliza Reid, Les Secrets des Sprakkar, trad. de l’anglais (Canada) Carine Chichereau (préf. Brigitte Macron), Michel Lafon, 2023