« La menace diffuse qu’il avait sentie depuis qu’il avait mis le pied sur le sol du Danemark était en train de se préciser avec une férocité inouïe. » Arrivé à Copenhague pour rencontrer Olaf Grundozwkzson, « le nouveau pape du thriller nordique », dans l’intention de le publier en France, l’éditeur Delafeuille observe autour de lui des phénomènes consternants. Et chose incroyable, le voici qui se retrouve au centre d’un roman policier, en compagnie de Sherlock Holmes lui-même, le plus réel des personnages de fiction ! Des anecdotes farfelues se produisent à tour de bras. Avec Le Dernier thriller norvégien, Luc Chomarat (né en 1950) offre un roman au rythme enlevé avec des digressions sur l’avenir du livre, une parodie de roman policier plus qu’un thriller. « Nous nous déplaçons dans un espace-temps à mon sens inédit, où la narration se permet de passer d’un discours méta à une trame basique à l’intérieur d’une même scène. Ce qui est intéressant ici (…), c’est que le texte se nourrit autant de son commentaire ironique que l’inverse. » Les clichés sur les Pays du Nord abondent, volontairement, et les romans policiers nordiques sont donnés pour ce qu’ils sont : « Évidemment, il y en a qui sont bons, même très bons, mais il y en a aussi qui sont bien nuls... » Nous ne partageons cependant pas l’enthousiasme du personnage principal, ce Delafeuille, ou plus sûrement de l’auteur, pour Michael Larsen, pas du tout le plus intéressant des écrivains nordiques de polars. Après Comment écrire un polar suédois ? de Henrik Lange et quelques autres ouvrages du même type, ce petit roman force le sourire et... Presque malgré lui, n’incite-t-il pas à la lecture d’enquêtes prenant pour cadre les paysages de ces contrées boréales ? « L’inspecteur Bjonborg consulta sa montre. Quatorze heures trente. Il allait bientôt faire nuit. La journée avait été longue, et rude. Une journée typiquement nordique. »
* Luc Chomarat, Le Dernier thriller norvégien, La Manufacture de livres, 2019