Théâtre

Islande

Écrite par une auteure espagnole, Lluïsa Cunillé (née en 1961), cette pièce, Islande, prend d’abord la ville de Reykjavík pour cadre. Dans une chambre, une femme qui ne devrait peut-être pas être là s’adresse à un « simple conseiller » banquier. Dialogue à brûle-pourpoint, qui fait émerger la responsabilité (et son déni) des gens de la finance dans la grave crise qui a affecté l’Islande. Scène suivante : « dans un train en direction de Manhattan ». Avec un inventeur, peut-être un escroc, un médecin et un garçon, lequel se trouvait dans la chambre, sous le lit du simple conseiller dans la scène précédente – ce dernier autrefois ? Puis toujours à New York, le garçon qui veut être « chanteur d’opéra », en quête de sa mère, se fait plumer par « une vieille femme » qui vend tout et n’importe quoi, installée sur un trottoir. « Pour eux (les banquiers), on est tous des serveurs et des cuistots (…), là pour lécher les plaies béantes des millionnaires qui jamais ne se referment. » Puis... Celui qui est le fils ou plus sûrement le double du conseiller banquier rencontre d’autres personnes, toutes marginales dans une société d’opulence. Et comme par inadvertance, le lecteur/spectateur découvre que la richesse produite au sein d’une société n’est pas équitablement répartie, que les laissés-pour-compte abondent. « Alors il ne reste plus qu’une chose à faire : tourner en rond comme un écureuil en cage. » Une pièce déroutante, construite en cercle, et pourtant, pas un instant l’attention du lecteur/spectateur ne faiblit.

 

* Lluïsa Cunillé, Islande (Islàndia, 2013), traduit du catalan Laurent Gallardo, Les Solitaires intempestifs (Domaine étranger), 2020