Si vous aimez les bandes dessinées au graphisme, on peut le dire, époustouflant, celle-ci, La Saga de Grimr, signée Jérémie Moreau, est pour vous. Mais cet album ne mérite pas d’être signalé pour cette seule qualité. La Saga de Grimr nous plonge dans l’Islande du XVIIIe siècle, quand la famine revenait régulièrement décimer la population, que le Danemark, puissance alors coloniale, se montrait oppresseur, que des raids de pirates venus de loin décimaient les villages (cf. L’Esclave islandaise de Steinum Jóhannesdóttir) et que, de temps à autre, un volcan explosait, signifiant la toute puissance de la nature sur cette île aux confins du monde. Et bien sûr, la religion et la superstition se mêlaient à ces diverses catastrophes et stigmatisaient les quelques esprits libres qui s’acharnaient à contrarier le sort. Né en 1987 en France, auteur de quelques albums et déjà récompensé à plusieurs reprises (notamment à Angoulême), scénariste et illustrateur, Jérémie Moreau nous relate ici la vie d’un personnage fictif, Grimr Enginsson, autrement dit Grimr fils de personne. Recueilli après la mort de ses parents par Vigmar, un marginal, Grimr est une sorte de géant roux d’une force surhumaine. Considéré comme un troll, il est rejeté et conduit à affronter les puissants et la bêtise de son époque. « Je ne veux surtout pas mourir dans l’indifférence. Ma famille a disparu comme si de rien n’était. Vigmar, pareil. Ils sont morts en un claquement de doigts, du jour au lendemain. Et il n’y a que moi pour les pleurer. Alors je pense à tout ce que je vais faire dans ma vie. Je veux devenir immense. » Une belle œuvre, avec des illustrations littéralement à couper le souffle. Les paysages d’Islande s’y prêtent, il est vrai, et Jérémie Moreau nous les restitue avec grand talent dans cette Saga qui donne à réfléchir (notamment, donc, sur les questions de tolérance et d’exclusion). Quand la vie – ou la survie – n’est qu’un long moment de fuite…
* Jérémie Moreau, La Saga de Grimr, Delcourt, 2017