On sait, hélas, à quoi correspond cette date, 22 juillet – 2011. Et ce lieu, Utøya – une petite île à quarante kilomètres d’Oslo, sur laquelle de jeunes militants du Parti travailliste norvégien séjournaient. Une université d’été, dirait-on en France. Le drame. Ou les drames. D’abord, à 15 heures, une explosion dans la capitale, dans le quartier des ministères (huit morts). Puis, alors que la nouvelle parvient à peine à Utøya, un militant d’extrême droite débarque – l’auteur de l’attentat d’Oslo –, vêtu en policier, et se met à tirer sur les jeunes hommes et les jeunes filles qu’il aperçoit (soixante-neuf morts). Il tue, sans rencontrer de résistance. Pour cause, puisque tous sont ici pour se former à la vie politique et profiter du charme des lieux, que tous prônent la paix et l’amour universel. Ils ont quinze, seize ou dix-sept ans et sont sans défense. Des gosses. Qui ne comprennent rien à ce qui se passe. Un carnage. Le salopard dont les Norvégiens préfèrent toujours ne pas prononcer le nom bénéficiera d’un procès équitable et écopera d’une longue peine de prison. Il aura l’outrecuidance de se plaindre de ses luxueuses conditions de détention et il trouvera même des éditeurs, notamment en France, pour publier ses pensées – un ramassis d’immondices censé justifier sa lâcheté. Le cinéaste Erik Poppe a déjà signé quelques beaux films. Il prenait un risque énorme en s’attaquant à un tel sujet, raconter sur grand écran la pire tragédie survenue en Norvège depuis la Seconde Guerre mondiale. Une fiction, pas un documentaire. Pari réussi, nous contenterons-nous d’observer – sauf à considérer qu’il était impossible de faire un film sur un drame de cette ampleur, si peu d’années après. Ce film montre, puisqu’il est toujours nécessaire de l’affirmer, que les idées d’extrême droite, « dédiabolisées » ou non, sont intrinsèquement meurtrières.
* Erik Poppe, Utøya 22 juillet (U, July 22, 2018), Potemkine