Cinéma

Le Bonhomme de neige

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Quoi qu’en disent ici ou là un certain nombre d’esprits chagrins, force est de reconnaître que, signée Tomas Alfredson, Le Bonhomme de neige est une bonne adaptation cinématographique du roman éponyme de Jo Nesbø. La Norvège est un beau pays et elle sert merveilleusement de décor à une intrigue qui demandera quasiment deux heures avant de se conclure. Le roman de l’écrivain, comme toujours particulièrement dense, est respecté, par forcément à la lettre mais une adaptation est une adaptation et l’intrigue n’a pas été transformée. Le rythme est lent et le spectateur ne peut que se laisse envouter par le jeu des acteurs dans des paysages grandioses.

 

* Tomas Alfredson, Le Bonhomme de neige (2017)

Occupied

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On pouvait craindre une série télévisée pleine d’action et de violence dans cette première saison d’Occupied, de Jo Nesbø : heureusement, il n’en est rien. Après une catastrophe écologique, le gouvernement norvégien, dirigé par un Premier ministre vert, renonce à l’utilisation de l’énergie fossile. Les plates-formes pétrolières en Mer du Nord vont donc fermer. Mais l’Union européenne ne l’entend pas de cette oreille, pas plus que la Russie, qui envoie des commandos reprendre l’exploitation et veille à ce que le gouvernement, à Oslo, fasse profil bas. La Norvège se retrouve donc occupée par des troupes russes qui prétendent ne pas intervenir dans les affaires intérieures du pays – sauf lorsque celles-ci les concernent directement. Le Premier ministre temporise, pour éviter toute réaction armée des Russes, sachant que la Norvège, seule, ne ferait pas le poids et qu’il risquerait d’y avoir de nombreux morts. Divers personnages autour de lui approuvent ou contestent son attitude et le régime russe apparaît plus oppressant que jamais (ce qui a justifié des protestations tout à fait officielles de Moscou). La tension ne se relâche pas au cours des dix épisodes de cette première saison et il faut reconnaître que Jo Nesbø se sort plutôt bien de cette incursion dans le genre de la politique fiction.

Occupied (saison 2)

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La première saison de cette série télévisée imaginée par Jo Nesbø, Occupied, montrait la Norvège dirigée par un Premier ministre écologiste, qui abandonnait l’exploitation du pétrole en mer du Nord pour passer à l’utilisation de sources d’énergie « propres ». Le pays se voyait alors occupé par les troupes russes, appuyées tacitement par le parlement européen qui souhaitait la poursuite de l’exploitation des plate-formes pétrolières. À présent, dans la deuxième saison, les Russes occupent la Norvège depuis dix-sept mois. Un accord de paix a été conclu entre la Norvège et la Russie. Jesper Berg, le Premier ministre, s’est réfugié à Stockholm. « Les Russes sont en train de préparer une guerre défensive en Norvège », apprend-il par un garde-côte membre de la résistance qui s’est mise en place. Anita Rygg est nommée Première ministre. Cette série rappelle évidemment des pages très sombres de l’histoire norvégienne (et des parallèles sont possibles avec l’histoire française). Comme le dit l’un des personnages, c’est la deuxième fois au cours de son histoire que la Norvège est occupée par les soldats d’une puissance étrangère. La constitution d’une force armée opposée aux Russes, la « Norvège libre », divise l’opinion publique et le gouvernement norvégien, dont une partie accepte plus ou moins de collaborer. Jesper Berg dans le rôle de Haakon VII et Anita Rygg dans celui de Quisling ? L’Europe tergiverse et ne réagit pas. Les Russes jouent constamment sur les limites qu’ils peuvent atteindre, alternant plaintes et menaces. Tout est crédible ou quasiment, hélas ! dans cette politique fiction censée se passer aujourd’hui. Que les Russes veuillent faire main basse sur le pétrole norvégien ou qu’ils brandissent un autre prétexte, ils représentent pour beaucoup de pays un danger. Songeons à l’Ukraine, voire au joug qui pèse sur les Pays baltes. Les interactions entre les personnages n’altèrent pas l’intrigue, ce qui est un tour de force dans une série de cette envergure. Intelligent et bien conçu. À voir, de toute évidence.

 

* Jo Nesbø, Occupied (saison 2, 2017), Arte (2018)

Kon-Tiki

Kon tiki

On a tous entendu parler de l'expédition du Kon-Tiki, en 1947. Le Norvégien Thor Heyerdahl prétendait que la population de Polynésie était originaire du Pérou. Beaucoup de scientifiques se montrèrent sceptiques ou lui rirent carrément au nez, mais l'expédition qu'il monta pour traverser l'océan Pacifique sur un radeau avec quelques compagnons de voyage fut un succès. Il la raconta dans un livre éponyme. Aujourd'hui, le film signé Joachim Rønning et Esper Sandberg, Kon-Tiki, relate ce défi mené parmi les requins et souvent dans la tempête. Palpitant.

 

* Joachim Rønning & Esper Sandberg, Kon-Tiki (2012), Swift

 

Pioneer 

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Norvège, 1980. Du pétrole est découvert au large des côtes mais à une telle profondeur, que l’État norvégien demande l’aide des États-Unis pour l’installation de pipe-lines. Des plongeurs sont envoyés sur place. L’un meurt mystérieusement. Son frère, également plongeur, veut savoir le fin mot de l’histoire et mène l’enquête. Peut-être pas un « thriller politique », comme l’indique la jaquette du DVD, mais, signé Erik Skjolbjærg (né en 1964 et auteur du très bon film Hold up, 2010), Pioneer est un film, qui se laisse voir avec plaisir et qui pose la question de la rentabilité à tout prix de telles exploitations off-shore. Quel coût humain (et éventuellement, last but not least, quel coût environnemental) ?

 

* Erik Skjolbjærg, Pioneer, 2015, KMBO

Back home

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Film intimiste sur la disparition d’une femme – épouse, mère et amante – Back home, de Joachim Trier, se laisse regarder. Photographe et grande reporterre, Isabelle est victime d’un accident de la route lors d’un de ses retours dans sa famille, aux États-Unis. Accident ou... suicide ? Trois ans après, alors qu’un article la célèbre dans un grand quotidien, son mari et leurs deux enfants, l’un de quinze ans et l’autre plus âgé d’une dizaine d’années, peinent à s’en remettre. Joachim Trier (né en 1974, petit-fils du réalisateur norvégien Eric Løchen et apparenté à Lars von Trier, et réalisateur de Oslo, 31 août) dit s’être inspiré pour Back home de la pièce de théâtre d’Arthur Miller, Mort d’un commis voyageur, qui était un hommage à Henrik Ibsen. Un film pour dimanche pluvieux.

 

* Joachim Trier, Back home (2015), Memento films, 2016

 

The Wave

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Imaginez : un pan de montagne s’effondre au-dessus d’un fjord de Norvège. Un tsunami ravage la ville de Geiranger et un hôtel, au bas du fjord. Le décor est somptueux – la Norvège – mais l’intrigue, des plus simples. Comme dans Le Jour d’après ou d’autres films catastrophes de cet acabit, il faut absolument sauver une famille qui n’a pas été très prudente. Les effets spéciaux abondent et tout se finit aussi bien que possible, mais sinon… Guère d’intérêt.

 

* Roar Uthaug, The Wave (2015)

Les Optimistes

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Présenté comme un « documentaire », Les Optimistes se laisse regarder presque comme un film de fiction, et c’est plutôt un compliment car le sujet n’est pas des plus commerciaux : une équipe de volley norvégienne constituée de femmes âgées de soixante-six à quatre-vingt dix-huit ans décide d’affronter une équipe de volleyeurs suédois également séniors. La réalisatrice Gunhild Westhagen Magnor (née en 1976) nous les montre en train de s’entraîner, ou de discuter au sujet du voyage à entreprendre à Solentunna, ou encore chez elles, dans leur vie quotidienne. Chacune de ces femmes échappe à cette catégorisation-stigmatisation de plus en plus imposée de nos jours : outre le sexe, n’y a-t-il pas souvent obligation de se définir par rapport à son âge, son origine ethnique, sa profession actuelle ou antérieure, etc. ? Bien que les années aient imprimé leurs marques, aucune de ces femmes ne cède aux lamentations et de là vient le charme de ce film, Les Optimistes, du nom de cette équipe de volley qui existe réellement en Norvège et qui, après ce film, a même fait des émules.

 

* Gunhild Westhagen Magnor, Les Optimistes (2015), Jour 2 fête/Pick up