Histoire

L’Étoile boréale

Avec L’Étoile boréale, Anne Mahé, diplômée de l’Université du Texas à Dallas et professeur d’histoire-géographie, publie son troisième roman. Elle entreprend de relater ici, au travers de la vie de plusieurs jeunes amis, le sauvetage des enfants juifs entre le Danemark et la Suède en octobre 1943. Le royaume danois est alors occupé par les troupes allemandes depuis le printemps 1940, avec un statut moins contraignant que celui d’autres pays européens. Mais les nazis accentuent leur pression, ils ne se satisfont plus de piller les ressources, ils entendent à présent infliger aux Juifs du Danemark un sort identique à celui qu’ils ont infligé aux Juifs d’Allemagne. Pour les résistants, « maintenant, il ne s’agissait plus d’effectuer des sabotages ou des actions de guérilla, (…) ils devaient se battre contre des soldats entraînés et aguerris et mettre leur vie en danger. » Sur le même sujet, peu connu en France, notons le roman de Lois Lowry, Compte les étoiles (L’École des loisirs, 2009), destiné plutôt aux adolescents. Préfacé par Serge Klarseld, L’Étoile boréale est un roman didactique bien réussi, qui montre que la résistance et la solidarité peuvent contrer efficacement les plus sinistres desseins.

 

* Anne Mahé, L’Étoile boréale (Danemark, octobre 1943), préface Serge Klarsfeld, L’Harmattan, 2019

Errances

1696 : d’un « naturel rêveur », considéré comme « indolent », Vitus Bering (1681-1741) est chargé d’accompagner son grand demi-frère aux Indes orientales, où ce dernier doit être collecteur de douanes pour éviter une peine de prison au Danemark. Cela tombe bien, le jeune homme dont la famille est installée à Horsens, sur la côte est du Jutland, rêve de traverser l’océan. Quelques années plus tard, il sert le tsar, Pierre-le-grand, pour une expédition en Sibérie, jusqu’aux confins de l’Asie. « Dans le rapport qu’il envoya d’Okhotsk au Collège de l’Amirauté, Bering indiqua qu’il n’avait pas le vocabulaire pour décrire l’extrême difficulté de leur route. » Il en revient acclamé, mais n’aurait-il pas pu poursuivre son voyage ? questionnent de beaux esprits. Une nouvelle expédition lui est proposée, il accepte, alors qu’il n’est plus tout jeune. C’est un périple conséquent. Des dizaines, des centaines de soldats et d’hommes affectés à des tâches diverses, des provisions, des armes, des objets de toutes sortes, des livres par milliers. Une véritable caravane qui se déplace sur des milliers de kilomètres, dans des contrées hostiles, pendant des années. Avec Errances, c’est un roman érudit que livre le philosophe Olivier Remaud, une épopée très vivante. Le lecteur suit au jour le jour Vitus Bering dans sa découverte de l’extrême nord du continent asiatique, en route vers le continent américain. « Lui était capitaine. Sa vie pouvait s’arrêter d’un coup. Un naufrage, une bataille, le scorbut. » Bering mourut d’épuisement sur une île près du Kamtchatka et de la baie d’Avatcha, sans pouvoir rentrer chez lui. Il fixa les frontières de la Russie dans la région et laissa son nom au détroit qui sépare l’Asie de l’Amérique, un endroit qu’il ne fut toutefois pas le premier à parcourir.

 

* Olivier Remaud, Errances, Paulsen, 2019

La Saga des rois de Danemark

Arton279 17c1d

Rédigée, selon Simon Lebouteiller (docteur en histoire médiévale et spécialiste de la Scandinavie) qui en fait la traduction et la présentation, « probablement durant les années 1250-1270 », La saga des rois de Danemark ne décevra pas le lecteur amateur du genre. L’épopée des rois danois de la période post-viking, jusqu’en 1187, est ici dressée avec moult conflits, alliances, carnages, trahisons... « Sont ainsi abordés des phénomènes majeurs tels que l’expansion viking, l’unification du royaume danois et la conversion au christianisme, Knútr le Grand et la formation de l’empire de la mer du Nord, l’affirmation difficile de la royauté et les rivalités pour le pouvoir, la sainteté royale, la guerre civile danoise ou encore les croisades dans la Baltique. » Au-delà des rebondissements à chaque page, c’est toute une partie de l’histoire du Danemark et des royaumes nordiques qui est déclinée. Le lecteur fera connaissance avec une foule de personnages (portant souvent le même prénom : Knútr, Haraldr, Eiríkr, Magnús, Óláfr, Sveinn... que des hommes !), d’une génération la suivante, ce qui est le propre d’une saga mais complexifie la lecture. Il ne perdra pourtant pas le fil car l’intrigue est forte et régulièrement datée – des faits historiques sont évoqués. Les souverains et leur cour bataillent, ravageant des régions entières, tuant leurs habitants, s’échangeant des terres et des biens sans tenir compte du « menu peuple ». « C’est la pire des abominations que de vouloir réduire toute la population en servitude. On pourrait espérer que cela vous arrive à vous-mêmes, mais les gens sont plus dociles qu’ils ne le devraient. Vous et vos injustices rencontrerez plus de succès ailleurs qu’ici. Maintenant, venez si vous l’osez. » Et les rois d’être acclamés, portés aux nues, avant d’être contestés, attaqués, renversés, et de se lancer dans des stratagèmes et des alliances dont le peuple est rarement le bénéficiaire. Quant à ceux qui s’élèvent contre eux, leurs méthodes ne diffèrent pas (« Fais ce que je te dis ou bien je te tue... »). Étonnamment actuel, non ?

* La Saga des rois de Danemark (Knýtlinga saga), traduction du norrois et présentation Simon Lebouteiller, Anacharsis, 2021