Jeunesse

Les Trois boucs bourrus

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Les Trois boucs est un conte traditionnel norvégien que Peter Christen Asbjørnsen et Jørgen Moe avaient publié au milieu du XIXe siècle. Ici, avec Les Trois boucs bourrus, Mac Barnett (né en 1982 en Californie, auteur de livres pour enfants), au scénario, et Jon Klassen (né en 1981 au Canada, écrivain et illustrateur de livres pour enfants), aux illustrations, ne le revisitent pas de fond en comble mais incontestablement, ils apportent leur touche. « Il était une fois un pont. Et sous ce pont vivait un troll. » Voilà, il suffit de quelques mots pour que l’histoire soit lancée. Ce troll, qui « vivait dans la boue, dans les ordures et les détritus », est vraiment affreux, son appétit insatiable. L’arrivée de trois boucs le réjouit, il se met à danser de joie. L’histoire est connue : le premier bouc lui recommande d’attendre le deuxième, le troll aura ainsi plus à manger. Le deuxième lui fait la même recommandation avec le troisième. Le bouc se félicite de ce repas à venir de plus en plus copieux. « Mon petit bouc, je vais te manger. » Mais le troisième bouc est beaucoup plus fort qu’il ne le pensait et le troll se retrouve dans la rivière. Les illustrations actualisent ce conte, au point qu’il semble avoir été écrit aujourd’hui. Jon Klassen réalise là une œuvre remarquable, prenante et inspirante, et très moderne. La morale est forte : ensemble, nous pouvons nous débarrasser des agresseurs (sous le franquisme, le chanteur catalan Lluís Llach avait écrit L’Estaca sur le même thème). Les plus petits, auxquels l’histoire peut être destinée, la comprendront facilement, tandis que les plus grands, parents, enseignants ou grands frères et grandes sœurs, l’évoqueront avec des exemples en tête. Et finalement, la volonté de ne plus se laisser embêter par qui que ce soit !

* Mac Barnett, Les Trois boucs bourrus (The Three Billy goats gruff, 2022), illustrations Jon Klassen, traduction et adaptation de l’anglais Alain Gnaedig, L’École des loisirs (Pastel), 2023

De la part du diable

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« Voilà qu’ils recommencent. » Et si l’on brûlait de nouveau des sorcières ? On lapide bien des femmes, aujourd’hui encore, on assassine des humoristes, on détruit des œuvres d’art… La barbarie, l’obscurantisme, nous menacent toujours. De la part du diable : signé Aina Basso (née en 1979), il s’agit là d’un roman dans lequel les chapitres se répondent, tantôt consacrés à Dorothe, une jeune fille de Copenhague obligée de se marier avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle, et tantôt à Ellen, autre adolescente, fille d’une guérisseuse de Vardø. Dorothe et Johann, son époux, arrivent dans le Finnmark. L’homme a pour tâche de traquer les sorcières. La mère d’Ellen n’en serait-elle pas une, elle qui a eu plusieurs enfants sans jamais avoir été mariée et qui, à en croire de mauvaises langues, joui de pouvoirs étranges ? Et tant de choses incompréhensibles se passent. « C’est la faute de mère si le lait de la vache de Karen Olsdotter avait tourné. Sa faute si des chèvres (…) avaient enflé au point d’éclater, elle avait ensorcelé la mer, pour y déclencher la tempête et faire sombrer plusieurs embarcations, et enfin, Anders Johansson avait été englouti par sa faute, avalé par les profondeurs de l’océan, un jour de calme plat, où la surface de l’eau était lisse comme de la glace. » On fait mourir par le feu des femmes désignées comme sorcières. Elles ont avoué sous la torture, ont déclaré n’importe quoi, lancé les noms de leurs supposées complices, pressées qu’elles étaient d’en finir avec les souffrances. « On ne peut qu’avouer (…). C’est le seul moyen de les arrêter. La vérité ne les intéresse pas, ils n’entendent que ce qu’ils veulent. » La société aurait-elle besoin de fous, d’hérétiques, de déviants pour demeurer stable ? De boucs émissaires ? Hier et aujourd’hui, avec l’assentiment général ou quasi-général de la population. Au début du XVIIe siècle, au nord de la Norvège, comme ici, avec cette première vague de procès en sorcellerie ; ou au milieu du XXe siècle, en Allemagne, en URSS ; ou de nos jours, en Afghanistan, en Syrie, en Inde ou ailleurs. Pages sombres et honteuses et jamais refermées de l’Histoire de l’humanité. De la part du diable : un roman pour réfléchir, comme a contrario, à cette part d’inhumanité qui peut être en nous et nous conduire à rejeter violemment ce que, tout bêtement, nous ne comprenons pas.

Sur le même sujet – assez peu traité – et la même époque, mais plutôt à destination des adultes, recommandons la lecture du roman de la Norvégienne Bergljot Hobæk Haff, L’Œil de la sorcière (Gaïa, 1998). Ou la pièce de théâtre de Hans Wiers-Jenssen, Jour de colère (Anne Pedersdotter, 1908, trad. Vincent Fournier, Esprit ouvert, 1996), que le cinéaste Carl Th. Dreyer adaptera plus tard (Dies Irae, 1943). « …Les procès en sorcellerie faisaient alors en quelque sorte partie de la vie quotidienne », écrit Maurice Drouzy dans sa préface. « Pour la période couvrant les années 1560-1710, on ne compte pas moins, en Norvège, de sept cent cinquante procès de ce type, à propos desquels des documents écrits ont été conservés. Le nombre réel a, en fait, été bien supérieur. En moyenne, cinq accusés sur six étaient des femmes. »

 

* Aina Basso, De la part du diable (Inn i eden, 2012), trad. du néo-norvégien Pascale Mender, Thierry Magnier, 2015

Le Camion-poubelle

« Simon et Oskar ramassent les ordures ménagères. La ville dort encore quand ils partent au travail. » L’épisode Covid-19 passé par là, comment ne pas avoir une pensée émue pour ces laborieux invisibles, ces salariés qui œuvrent dans les coulisses au quotidien et dont on s’aperçoit, tout à coup, combien ils sont indispensables au bon fonctionnement de la société. Le Camion-poubelle de Max Estes (né en 1977 aux États-Unis, il vit aujourd’hui à Oslo) est un album qui s’adresse aux tout-petits. Il met en scène deux personnages, Simon et Oskar, donc, qui se démènent pour que nos déchets soient ramassés. « Tu imagines, toi, sans éboueurs, l’allure que les villes auraient ? » Car « partout où il y a des gens, il y a des déchets ». Les illustrations sont constituées de collages. Le texte se veut aussi pédagogique, avec une explication du recyclage. Un bel album pour inviter les jeunes enfants à voir ce qu’ils ne sauront peut-être plus voir lorsqu’ils auront grandi.

 

* Max Estes, Le Camion-Poubelle (Søppel, 2010), trad. Jean-Baptise Coursaud, La Joie de lire, 2020

 

 

 

Tout le monde à l’école !

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« Commencer l’école, c’est un grand événement. Mais au fait, comment ça se déroule précisément ? » Il manque peut-être un peu d’humour dans ce livre de Anna Fiske, Tout le monde à l’école ! Un peu de légèreté, d’enfantillage. Car si l’école est le lieu où l’enfant découvre le monde, à commencer par sa relation avec ses camarades, et s’exerce à y trouver sa place, rire ne lui est pas interdit. Grâce à ses jolies illustrations, Anna Fiske (qui avait récemment publié chez le même éditeur et dans la même collection Comment fait-on les bébés ?) explique aux enfants ce que l’on découvre dans une école. Du sérieux et du moins sérieux. Des bancs et des jeux, un gymnase, une infirmerie, une bibliothèque et tant d’autres trésors. « Apprendre de nouvelles choses, te servir de ton imagination, t’étonner, tout ça te fait grandir à l’intérieur. Ça procure des sensations positives. On appelle ça l’amour-propre. » Peut-être Anna Fiske se montre-t-elle un peu trop didactique, selon le grand enfant que nous sommes. Nous aurions aimé suivre les élèves dans leur quotidien, leurs jeux, leurs blagues. Car c’est aussi cela une école : un lieu où les rires résonnent plus souvent que les pleurs, où les enfants sont en sécurité et apprennent ce que le monde leur réserve. « On apprend tout au long de sa vie », certes, mais à l’école les découvertes sont censées se faire dans la joie. Un refuge, que beaucoup regretteront une fois adulte.

* Anna Fiske, Tout le monde à l’école ! (Hvordan begynner man på skolen ?, 2020), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2022

Comment fait-on les bébés ?

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« Tout le monde a été bébé un jour », affirme sans trop prendre de risques Anna Fiske au début de son album Comment fait-on les bébés ? Effectivement, mais... « Comment fait-on les bébés ? » À cette question récurrente, que tout parent entend forcément pendant des années, que répondre ? « Avec des produits chimiques dangereux ? », « C’est la cigogne qui les apporte ? », « Est-ce qu’on mélange beurre, sucre, farine et œufs ? » Ou... faut-il « des spermatozoïdes et un ovule ? » Autrice, illustratrice, Anna Fiske (née en 1964 en Suède et aujourd’hui installée en Norvège) essaie d’y répondre avec un humour et un savoir scientifique fort utiles. (Sur le même thème, on peut penser au livre de Katerina Janouch et de Mervi Lindman, Comment je suis né, Oskar, 2008.) Didactique, l’album de Anna Fiske est riche de superbes illustrations pleine page, jouant souvent sur le nombre : les milliers de spermatozoïdes prêts à débouler pour une et unique place dans l’utérus de la mère, ou cette double page (74-75) représentant notre planète couverte de bébés de toutes origines. Montrant les corps tels qu’ils sont, Anna Fiske signe là un ouvrage que les jeunes enfants (à partir de six ans selon l’éditeur) s’approprieront aisément tant les illustrations sont séduisantes, et cependant d’une grande rigueur scientifique, qui empêchera ces jeunes lecteurs de prendre pour argent comptant les théories fumeuses encore colportées aujourd’hui (les garçons naissent dans les choux, les filles dans les roses, parce que Dieu l’a voulu et bla bla bla...). À signaler que Comment fait-on les bébés ? s’inscrit dans une collection de documentaires des éditions La Joie de lire consacrée à la vie quotidienne (La Famille dans tous ses états, Tout le monde à table, etc.). Ou comment parler aux enfants intelligemment des choses de la vie de tous les jours avec grand sérieux et néanmoins un gros brin d’espièglerie. Bravo !

* Anna Fiske, Comment fait-on les bébés ? (Hvordan lager man en baby ?, 2019) trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2022

L’Héritage d’Anna

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Le Monde de Sophie a rendu Jostein Gaarder (né en 1952) célèbre mais l’écrivain norvégien a publié de nombreux autres titres, certains destinés à la jeunesse. Ainsi, L’Héritage d’Anna, dans lequel il s’élève contre la catastrophe environnementale qui menace notre planète. Ou plutôt, foin d’optimisme, qui la détruit d’ores et déjà, jour après jour, et ce de manière sans doute irréversible. Par le biais de rêves, Jostein Gaarder met en écho la voix de deux femmes, apparentées et toutes deux très jeunes, puis plus âgées. Anna, la première, née en 1996, décrit à Nova, la seconde, adolescente en 2082, combien le monde était encore peuplé d’une faune et d’une flore riches au début du XXIe siècle. En 2082, la plupart des espèces sauvages ont disparu. « Nous n’avons pas le droit de laisser un globe terrestre qui ait moins de valeur que celui sur lequel nous avons-nous-mêmes vécu. » Et Anna et Nova de chercher conjointement des solutions pour stopper la destruction de la planète. Peut-être avec des outils très modernes ? « C’est peut-être (…) quelque chose d’aussi curieux qu’une nouvelle génération de consoles de jeux qui constitue actuellement l’espoir du monde. Mais nous n’arriverons à rien en ne prenant pas en compte la nature de l’homme et de la démocratie. » Non, ce n’est pas une bluette à la Nicolas Hulot. L’Héritage d’Anna n’est peut-être pas une grande œuvre littéraire mais ce livre peut faire réfléchir les jeunes lecteurs et leur donner des pistes d’action. Pour les adultes, il n’est pas interdit de lui préférer Le Zoo de Mengele, infiniment plus percutant, de son compatriote Gert Nygårdshaug.

 

* Jostein Gaarder, L’Héritage d’Anna (Anna – En fabel om klodens klima og miljø, 2003), trad. Céline Romand-Monnier, Seuil, 2015

La Chose

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« Mhh... Une chose ronde. D’où pourrait-elle bien venir ? De l’espace ? Est-ce que c’est la lune ? Une planète ? En voilà un mystère, Bettina ! » Bertil et Bettina font une promenade en barque, lorsqu’ils aperçoivent cette « chose » étrange qui flotte sur l’eau, semblable à un gros œuf. Une comète ? Une bombe atomique ? Dans l’expectative, ils s’en emparent et la rapportent chez eux. Qu’en faire ? Ils la placent dans un landau et partent à l’aventure. Les illustrations à l’aquarelle et très colorées de Eli Hovdenak (née en 1956) restituent bien le questionnement des deux personnages, légèrement à coté de la plaque et pourtant soucieux de se rendre utiles. « Franchement, quel toupet ! Il y a des gens qui se fichent complètement des planètes et de tout le reste, ils jettent les choses, et terminé ! Et après, c’est nous qui devons nous occuper de leurs affaires ! » Cette chose, quelle est-elle ? Bertil et Bettina ne le savent pas, pas plus que le jeune lecteur de cet bel album. S’en débarrasser ? S’en accommoder ? Mille réponses à venir, toutes précédées d’une réflexion bienvenue.

* Eli Hovdenak, La Chose (Poff, 2017), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2022

 

L’Usine à ballons

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C’est l’été, il fait très chaud. Elliot, Coco et Kim jouent au ballon sur le terrain de basket quand, soudain, ils croient entendre quelqu’un crier. Ils cherchent de tous côtés, jusqu’à comprendre que les bruits proviennent de l’intérieur du ballon. Une « petite dame » qui travaille à l’usine où les ballons sont fabriqués est entrée dedans par inadvertance. Illustrations remarquables (le livre n’est pas paginé : cela nous évitera de mentionner telle ou telle illustration), pour cet album, L’Usine à ballons, signé Mari Kanstad Johnsen. On trouve, traduits en français, deux autres titres de cette illustratrice née en 1981 : Nils, Barbie et le problème du pistolet, avec Kari Tinnen au scénario, et Le Tunnel, avec, comme scénariste, Siri Hege. Trois albums que les adultes prendront un grand plaisir à regarder, tandis que les plus jeunes se laisseront en plus emporter par l’histoire.

 

* Mari Kanstad Johnsen, L’Usine à ballons (Ballen, 2014), trad. Marie Valera, Cambourakis, 2017

La Cape de Pierre

Plusieurs ouvrages du Norvégien Øyvind Torseter (né en 1972) ont déjà été traduits en français, édités par La Joie de lire. Dans La Cape de pierre, il s’associe à Inger Marie Kjølstadmyr (née en 1979), qui signe le texte. « C’est un tailleur qui s’appelait Pierre. Il habitait à Paris. Pas loin d’ici, en fait, entre une boulangerie et un coiffeur », commence par conter ce coiffeur à son jeune client qui l’interroge sur une photo accrochée au mur de la boutique. (Pour le choix du lieu, il n’est pas interdit de songer à Une Vie de chien à Paris de Inga Borg.) Ce tailleur était si populaire que parfois « la queue devant sa boutique faisait tout le tour du quartier ». D’autres fois, non, c’était irrégulier. Mais il s’en fichait car il poursuivait un but : fabriquer une cape qui lui permettrait de voler. Pour y parvenir, il ferme boutique, coud sa « cape d’oiseau » et... monte dans la Tour Eiffel, sans manquer auparavant d’en aviser les journalistes. « Mais on ne devient pas oiseau comme ça, en claquant des doigts ! » L’événement se produisit peu de temps avant l’invention de l’aviation, relève encore le coiffeur, rappelant que grands rêves et impatience ne font pas bon ménage. Texte et illustrations font de ce superbe livre un nouveau classique.

 

* Inger Marie Kjølstadmyr/Øyvind Torseter, La Cape de Pierre (Fuglefrakken, 2016), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2020

Alice, princesse de secours

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Alice est « une fille qui ne dit jamais rien », d’une « timidité maladive ». Elle tiendra le rôle « des pattes arrières d’un cheval », ce qui lui suffit amplement, dans la pièce de théâtre qui aura lieu à l’école pour la fête de fin d’année. Mais l’instituteur lui a réservé, au cas où Hélène ne pourrait pas tenir son rôle, le premier, celui de « princesse de secours ». Et manque de chance pour Alice, le jour dit Hélène fait une chute et elle doit la remplacer. Timide comme elle l’est, c’est impossible. Quel stratagème inventer ? Prétendre être devenue subitement aveugle ? « Alice se recroqueville encore un peu plus sur elle-même. Elle tremble comme une machine à laver en mode essorage. Elle claque des dents. » Son copain Iver ne pourrait-il pas lui venir en aide ? Juste, par exemple, en lui avouant qu’il l’aime bien, ce qui lui donnerait un courage fou ? Signé Torun Lian (née en 1956, dramaturge et réalisatrice), Alice, princesse de secours est un beau petit roman, drôle et pas niais, sur le thème de la timidité – existe-t-il une recette miracle pour la surmonter ? Joliment illustré (chaque illustration, ici, pourrait faire l’objet d’une affiche), qui plus est, par Øyvind Torseter, auteur par ailleurs de nombreux excellents livres pour les petits et grands enfants.

* Torun Lian, Alice, princesse de secours (Reserveprinsesse Andersen, 2015), trad. Aude Pasquier ; ill. Øyvind Torseter, La Joie de lire, 2021

 

Les Fantômes de Skutebukta

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Les Fantômes de Skutebukta est le quatrième volume des aventures du quatuor CLUE (Cecilia, Leo, Uriel et le chien Ego). Que se passe-t-il la nuit dans l’ancien cimetière de Skutebukta ? Leo a remarqué de la lumière, il prévient ses amis. Dans ce « cimetière sombre cerné d’arbres noueux », des tombes sont ouvertes, des traces de pas se distinguent dans la boue. Inquiétant ! Les ouvriers du chantier à proximité, qui logent dans un camping-car, en sont-ils responsables ? Nos héros vont les surveiller. Le roman se termine par un chapitre consacré au philosophe danois Søren Kierkegaard (1813-1855) : « l’une de ses paroles les plus sages était qu’il faut aller de l’avant, même si on ne saisit la vie qu’en regardant en arrière. Cela signifie qu’on ne comprend le sens de l’existence qu’en se tournant vers le passé ». Tout à leurs enquêtes, cherchant à savoir la vérité sur la mort de la mère de Cecilia, les membres du quatuor CLUE ne disent rien d’autre !

* Jørn Lier Horst, Les Fantômes de Skutebukta (CLUE – Gravrøvergåten, 2013), trad. du norvégien Marina Heide, Rageot (Enquêtes d’Europe), 2024

Crime à Ålodden

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Quatre personnages principaux, trois enfants de douze ou treize ans et leur chien, dans cette série pour adolescents signée Jørn Lier Horst, auteur jusque-là connu pour ses excellents romans policiers à destination des adultes : Cecilia, Leo, Uriel et le chien Ego – la « série CLUE ». Crime à Ålodden : Quand Cecilia Gaathe découvre un cadavre sur la plage, elle ne se doute pas de l’enquête qu’elle et ses amis vont mener. Sa mère, à laquelle elle ressemble beaucoup, est morte l’année précédente dans des circonstances inexpliquées et retrouvée elle aussi sur cette plage. Les jeune héros cherchent à savoir qui sont les résidents de l’hôtel, dont la mère de Cecilia était la gérante. Se pourrait-il que l’un d’entre eux soit en lien avec ce cadavre ? « Tout ce qu’on sait, c’est qu’on ne sait rien », se résigne d’abord à observer Cecilia, reprenant cette expression à chaque fois qu’elle aboutit à une impasse. Les quatre amis entreprennent perquisitions et filatures comme de vrais policiers et finalement, l’énigme est résolue, en grande partie grâce à eux. Crime à Ålodden est le premier titre de ce qui semble devoir être une bonne série pour ados, absolument pas nunuche.

* Jørn Lier Horst, Crime à Ålodden (CLUE – Salamandergåten, 2012), trad. Marina Heide, Rageot (Enquêtes d’Europe), 2022

 

Le Braquage d’Oslo

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Dans ce deuxième volume de la série CLUE de Jørn Lier Horst, Le Braquage d’Oslo, nos quatre héros enquêtent sur le braqueur d’une banque évadé de prison. Où pourrait-il s’être réfugié, sinon dans l’hôtel ou à proximité, où ils habitent, lui qui était natif du lieu ? Présomptions, recueils de preuves, filatures, enquête, Cecilia, Leo, Uriel et le chien Ego ne ménagent pas leurs efforts pour aider la police, relayés sans qu’ils le sachent par un détective privé. Après Crime à Ålodden, Le Braquage d’Oslo enchantera les jeunes lecteurs qui, mine de rien découvriront la Norvège. À recommander.

* Jørn Lier Horst, Le Braquage d’Oslo (CLUE – Maltesergåten, 2012), trad. Marina Heide, Rageot (Enquêtes d’Europe), 2022

 

Le Disparu de Sandvika

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Le Disparu de Sandvika est le troisième volume des aventures du quatuor CLUE (Cecilia, Leo, Uriel et le chien Ego). Jørn Lier Horst parvient de nouveau à capter l’attention des jeunes lecteurs grâce à une intrigue prenante et inscrite dans notre époque. « - Un pied, constata le Vieux Tim de sa voix grave. À l’aide d’une pelle, l’un des policiers ramassa la chaussure qu’il plaça dans une bassine blanche, prélevant au passage du sable, des coquillages et de l’eau de mer. - Quelle horreur ! s’exclama Uriel. » Ce n’est pas le Club des cinq, les aléas d’une enquête policière ne sont plus dissimulés. Mais en l’occurrence, il s’agit ici du tournage en cours d’un film. « Après tout, ce n’était qu’un jeu. » Le pied n’est pas celui d’un humain, mais d’un porc, puisque les trucages sont nécessaires pour les caméras. Des motards appartenant à des gangs ennemis surgissent dans la petite ville de Sandvika, alors que les acteurs semblent entretenir entre eux bien des secrets. « ...Peut-être qu’ils sont là pour trouver un terrain d’entente, un moyen de s’unir et d’oublier les querelles anciennes », dit un policier. Le quatuor CLUE saura établir la vérité, donnant rendez-vous, dans les dernières pages, à l’enquête suivante, le volume quatre de la série : une bonne série pour la jeunesse.

* Jørn Lier Horst, Le Disparu de Sandvika (CLUE – Undervannsgåten, 2013), trad. Marina Heide, Rageot (Enquêtes d’Europe), 2023

Barsakh

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Deux sujets pas faciles au centre du roman de Simon Stranger, Barsakh (Barsakh, 2009, trad. Hélène Hervieu, Bayard, 2015) : l’anorexie, pour Émilie, une adolescente Norvégienne qui passe ses vacances avec ses parents aux Canaries, et l’immigration clandestine pour Samuel, qui est parti du Ghana pour trouver du travail en Europe. « Émilie avait vu le garçon dans le bateau se laisser glisser par-dessus bord pour attraper la corde. Elle l’avait vu faire des moulinets avec les bras, rejeter la tête en arrière pour garder la bouche et le nez hors de l’eau. Elle s’était jetée en avant pour le rejoindre à la nage et elle avait vu la tête du jeune home s’enfoncer sous l’eau et disparaître. À présent, l’eau était toute calme. Pas le moindre remous à l’endroit où la tête avait disparu. Vide. » Deux sujets pour un roman qui peut permettre aux jeunes lecteurs (puisqu’il s’agit d’un roman destiné plutôt aux adolescents) de mieux comprendre pourquoi les sans-papiers sont de plus en plus nombreux ici et pourquoi le phénomène ne peut s’interrompre du jour au lendemain. 

*Simon Stranger, Barsakh, 2009, trad. Hélène Hervieu, Bayard, 2015

Contes du Nord

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Quel ravissement, ces Contes du Nord, préfacés par Pierre Péju, introduits par Carine Picaud et publiés par la Bibliothèque nationale de France (2015). Contes classiques (« À l’est du soleil et à l’ouest de la lune », « Le prince dragon », « Vers le Pays blanc », « Le géant qui n’avait pas de cœur dans la poitrine », « Le cheval enchanté », « Les trois princesses dans la montagne bleue ») adaptés plutôt librement par Edmond Pilon. Superbement illustrés par l’artiste danois Kay Nielsen (1886-1957) dont l’enfance se passa sous les auspices de Henrik Ibsen et Edvard Grieg, excusez du peu ! ils mettent en scène des personnages récurrents dans ces régions : le vent, les ours et, bien sûr, les trolls, ces derniers aussi malfaisants qu’omniprésents ; avec, comme il se doit lorsqu’il s’agit de contes, princesses et rois, le tout dans un décor de montagnes, de fjords, de glaciers et de forêts. Initialement publiés par la BNF en 1919, ces contes (à l’origine rassemblées par Peter Christen Asbjørnsen, 1812-1885, et Jørgen Moe, 1813-1882) n’étaient plus disponibles depuis longtemps, sinon isolément. Fortement inspiré par le peintre Suédois John Bauer (1882-1918) – les ressemblances entre les illustrations de Bauer et celles de Nielsen sont frappantes –, Kay Nielsen finira sa vie en Californie, contribuant, pour Walt Disney, aux premiers projets d’adaptation en dessins animés de La Petite sirène.

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« Au-dessus de vous, le ciel est plus grand que jamais. Vous vous dites que, sous cet immense ciel, il y a de la place pour chacun : fort ou faible, grand ou petit. Et que le monde est vraiment l’endroit idéal où vivre. » Après Partir, Veronica Salinas propose aujourd’hui Partager, un album pour les tout petits sur le thème du partage. En cette époque où le monde semble se diviser entre les tenants du « chacun chez soi », « ce qui est à moi est à moi », et ceux d’un monde sans frontières, généreux et solidaire, la lecture de ce bel album avec un enfant est un bon prétexte à la réflexion. Il n’est jamais trop tôt, en effet, pour s’affirmer citoyen du monde, de ce vaste monde qui pourrait être havre de paix si nous en avions enfin, collectivement, la volonté.

 

* Veronica Salinas, Partager (Sulten, 2015), illustrations Camilla Engman, adapté par Corinne Giardi, Rue du monde, 2015

Le Tunnel

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Deux lièvres s’aiment d’amour tendre. Tendre, comme l’herbe bien verte dans laquelle ils s’ébattent. Comme l’herbe encore plus verte dans les prés voisins, de l’autre côté de la route. Hélas, sur celle-ci, de nombreux animaux de leur connaissance ont trouvé la mort : le chat, le renard, l’écureuil… Ils décident donc de creuser un tunnel pour passer par-dessous. « Ils sortent du tunnel pour manger et pour boire. Puis il fait sa toilette, il y passe du temps. Il se lave avec la langue. Et elle l’aide. Et après, c’est lui qui l’aide à faire sa toilette. Elle trouve que c’est le plus beau moment de la journée. Quand ils se font la toilette. L’un l’autre, ensemble. » Le Tunnel est un très joli album signé Hege Siri (née en 1973) et Mari Kanstad Johnsen (née en 1981 ; on lui doit déjà, avec Kari Tinnen, Nils, Barbie et le problème du pistolet, album pas forcément consensuel), débordant autant de tendresse que de colère. Un livre comme on aime à conseiller.

 

* Hege Siri/Mari Kanstad Johnsen, Le Tunnel (Tunellen, 2015), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Albin Michel (Jeunesse), 2017

Le Poing levé

Simon Stranger (né en 1976) avait déjà publié Barsakh, chez Bayard, il y a quelques années, un bon récit sur les migrants. On peut lire aujourd’hui Le Poing levé, autre roman dans lequel il enquête sur le travail des enfants. Émilie, Norvégienne de dix-sept ans, a l’intention de s’acheter de nouveaux vêtements. Suivre la mode, n’est-ce pas important ? Mais voilà qu’un jeune homme l’en dissuade. Il place des autocollants sur les codes-barres pour indiquer la provenance des pantalons ou tee-shirts vendus dans les Zara, H & M et autres magasins présents dans toutes les villes de la planète. De retour chez elle, la jeune fille se rend sur le site Internet qu’il lui a recommandé. « Elle consulte des articles sur les enfants qui travaillent entre dix et quatorze heures par jour devant une machine à coudre, six jours par semaine. Des gens qui sont frappés s’ils commettent la moindre erreur. » Émilie est bouleversée, d’autant plus qu’elle a l’impression d’être la seule, dans son lycée, à s’inquiéter ainsi. « C’est quand même bien de croire qu’on puisse changer les choses. D’avoir la naïveté de s’imaginer pouvoir faire le poids face aux grandes entreprises internationales. Mais à quoi bon ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? » Un roman peut-être pas des plus originaux, mais parfait pour débuter une réflexion sur les conséquences de la consommation débridée et pour engager des débats sur la citoyenneté.

 

* Simon Stranger, Le Poing levé (Verdensredderne, 2012), trad. Hélène Hervieu, Bayard, 2019

Factomule

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« Le président était un homme très occupé. Quand il ne tondait pas la pelouse devant son palais, il était toujours à des parades, à des réunions, ou en déplacement. » C’est pourquoi, explique Tête de Mule, « je m’étais trouvé un boulot comme factotum du président ». Factotum ? La personne qui fait tout dans une maison. Factomule ? La même chose, accomplie par notre drôle de personnage, déjà mis en scène dans trois précédents ouvrages de Øyvind Torseter (Le Trou, Tête de mule et Mulysse). De nouveau, Torseter séduit, à la fois comme auteur, avec une histoire loufoque et pourtant presque possible, et comme illustrateur, avec son trait, qui lui est propre, ces dessins entre réalité et onirisme. Un jour, le président suggère que Tête de mule, devenu son homme de confiance, pourrait peut-être bientôt porter sa valise, dans laquelle il y a le fameux bouton permettant de déclencher une guerre nucléaire. Le soir-même, Tête de mule est attaqué et un sosie prend son identité. Ainsi débute ce « grand thriller politique international » dessiné et plein de suspense, que le lecteur ne relâchera pas avant d’être arrivé à la dernière page, avec bien sûr la victoire de Factomule vêtu d’un imper comme un véritable détective privé. C’est drôle, les dessins fourmillent de détails. À quand la suite ?

* Øyvind Torseter, Factomule (Altmuligmannen, 2018), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2021

 

Mulysse, Tête de mule prend la mer

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Il y a parfois de sales journées... : « Je suis navré, vous êtes congédié », dit le patron d’un salon de coiffure à Mulysse, son nouvel assistant, qui fait fuir les clients. Ainsi débute Mulysse, Tête de mule prend la mer, bel album plutôt destiné à la jeunesse de Øyvind Torseter – mais les adultes trouveront leur compte dans les multiples plaisanteries émanant des dialogues ou des situations. Rentrant chez lui, Mulysse découvre que son propriétaire le met à la porte, car l’immeuble va être détruit. Pour récupérer ses affaires, il doit, de plus, débourser une grosse somme, qu’il ne possède pas. Pour y remédier, une solution : embarquer sur un bateau pour le compte d’un « millionnaire », afin de récupérer « le plus gros œil du monde ». Et l’expédition de se préparer, de nos jours (avec achats préalables en supermarché, réglés par « carte gold » ! Quant à savoir si Mulysse parvient à dénicher l’objet de sa quête... De très belles illustrations, parfois pleine page, pour cet album qui ne constitue pas vraiment la suite de Tête de mule(La Joie de lire, 2016), et peut donc se lire indépendamment.

 

* Øyvind Torseter, Mulysse, Tête de mule prend la mer(Mulysses, Mulegutten drar til sjøs, 2017), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2018

Tête de mule

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Naguère... Un père a sept fils. Six partent chercher princesse à épouser, mais sur le chemin du retour, un troll les change en pierre et, pour eux, l’aventure s’arrête là. En dépit des réserves de son père qui ne tient pas à le perdre à son tour, le septième décide de se lancer à leur recherche. Il grimpe sur un « vieux canasson nerveux à la démarche insolite » et le voyage débute. Les péripéties vont s’accumuler : il faut sauver un éléphant dont la trompe est coincée dans une bûche, nourrir un loup… Tout cela pour rencontrer une « pétulante princesse » et tenter de conquérir son cœur. Mais le troll qui la retient prisonnière n’est pas disposé à la laisser partir. Heureusement, tout un petit monde va se montrer solidaire du fils fougueux. Utilisant diverses techniques (collage, aquarelle, feutre…), les illustrations de Øyvind Torseter sont foisonnantes (et hilarantes : cette scène dans les toilettes !), toujours à cheval entre un aspect assez réaliste et un autre beaucoup plus onirique. Le chevalier finit par partir « loin, très loin » avec la princesse, au son d’un solo de saxo. La morale est là, comme dans tout conte. Et bien sûr, petits et grands peuvent trouver leur compte dans ce superbe album.

 

* Øyvind Torseter, Tête de mule (Mulegutten, 2015), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2016

 

Le Parc

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« C’est un parc où vont les bêtes… » chante Gérard Manset. Mais dans cet album signé Øystein Dolmen et Yokoland, Le Parc, ce ne sont pas seulement des bêtes qu’aperçoit le jeune lecteur mais toutes sortes de personnages « bizarroïdes » : des humains, des animaux, des extra-terrestres peut-être aussi, et tous de se croiser, d’échanger quelques mots, de repartir. « Certains ont besoin de paix et de tranquillité pour penser » et dans un grand parc urbain comme celui-ci, paisible et coloré, les pensées peuvent « s’envoler » et devenir des « questions philosophiques ». Le voyage est alors infini. Un très bel album.

 

* Øystein Dolman & Yokoland, Le Parc (Parkvesen, 2008), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Albin Michel (Jeunesse), 2012

Pourquoi ici ?

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Parmi les innombrables questions qu’un jeune enfant se pose, certaines sont récurrentes, comme celle-ci : « Pourquoi ici ? » Autrement dit, pourquoi suis-je né ici ? Pourquoi est-ce que je vis ici ? Constance Ørbeck-Nilssen (née en 1954), qui a travaillé comme journaliste et professeure, s’interroge à haute voix : « Je ne demande pourquoi je suis ici. Précisément ici. » Son personnage, dessiné par Akin Düzakin (né en 1961 et illustrateur de nombreux livres pour enfants) apparaissait déjà dans le volume intitulé Je me demande de Jostein Gaarder, publié dans cette même collection, « Philo et autres chemins… », « une collection non formatée, qui ouvre les voies de la pensée ». En peu de pages, en peu de mots, nous voici donc questionné : où avons-nous accosté ? Les réponses ne sont pas apportées, suggérées peut-être, car c’est au lecteur, au jeune lecteur puisque ces livres sont destinés à des enfants d’une dizaine d’années, de comprendre pourquoi tel acte engendre telle situation. « Imagine si je me trouvais dans un endroit inconnu de tous. (…) Un lieu de silence, comme si chaque chose retenait son souffle. Peut-être ne saurais-je pas qu’il existe d’autres endroits que celui-là. » Bien que ce ne soit pas dit explicitement, Pourquoi ici ? est centré sur la problématique des migrants et n’est pas sans évoquer le livre de Janne Teller, Guerre. Un texte sobre, pour réfléchir posément, quel que soit l’âge du lecteur, et tenter d’apporter quelques bribes de réponses à des questions passionnantes et toujours d’actualité.

 

* Constance Ørbeck-Nilssen & Akin Düzakin, Pourquoi ici ? (Hvorfor er jeg her ?, 2014), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2017

Les Grandes questions de William

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William est un jeune garçon qui se pose de grandes et insolubles questions. Son arrière-grand-père ou sa grand-mère peuvent-ils l’aider à trouver, sinon des réponses, tout au moins des bribes de réponses ? « Qui suis-je ? » se demande-t-il ainsi. La réponse est en toi-même, s’entend-il rétorquer. Surtout, réfléchis, ne cesse jamais de réfléchir. « J’ai peur des grosses vagues et des requins et de l’orage et des éclairs », songe encore William. Sa grand-mère lui explique qu’elle n’a peur que de perdre « ce que j’aime ». Autrement dit, de mourir. Un très beau petit livre, qui fait suite à Pourquoi ici ? des deux mêmes auteurs, Constance Ørbeck-Nilssen pour le texte et Akin Düzakin pour les illustrations. Et dans cette collection figurent plusieurs autres titres, tous de grande qualité, tous à lire et à relire : « une collection non formatée qui ouvre les voies de la pensée », comme nous dit l’éditeur.

 

* Constance Ørbeck-Nilssen/Akin Düzakin, Les Grandes questions de William(Hvem er Wilhelm ? et Jeg er jo her, 2011 et 2012, trad. Aude Pasquier), La Joie de lire, 2018

 

Maarron

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Voici un petit roman pas gnagnan du tout destiné aux enfants, Maarron, de Håkon Øvreås. Autrement dit, la contraction de Aaron, le jeune héros, et marron, la couleur des pots de peinture sur lesquels il met la main et qui vont lui servir à se venger intelligemment des trois corniauds qui le harcèlent. Il va tout simplement devenir « Maarron le super-héros ! » et agir sous l’œil amusé de son défunt grand-père. Bientôt son copain Norbert l’imite. Et voici maintenant « Maarron et Noirbert. Les Défenseurs du Droit de Cabane ». Puis « BleuClaire, la vengeresse », s’en mêle. Tous, à repeindre, les vélos de leurs ennemis. Tous, à imaginer d’autres façons de garder la tête haute. Pas très moral, à vrai dire, ce roman, mais comment se comporter lorsque certains s’imaginent être les plus forts et entendent faire régner leur loi ? Au moins, ici, les réponses sont ingénieuses et ne manquent pas d’humour.

 

* Håkon Øvreås, Maarron (Brune, 2013), trad. Aude Pasquier, La joie de lire, 2015

Socrate et son papa

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Réfléchir à telle ou telle grande question, couper les cheveux en quatre, les enfants ne rechignent pas. La philosophie, ils en sont férus : la preuve, ne demandent-ils pas sans cesse pourquoi ci et pourquoi ça ? Dans Socrate et son papa, les questions abondent et les réponses ne sont jamais évidentes. « D’où viennent les pensées ? Est-ce moi qui choisis ce que je pense, ou est-ce que ce sont les pensées qui me choisissent ? » À chaque fois, Einar Øverenget répond en racontant une courte histoire dont Socrate et son papa sont les personnages principaux. Deux personnages d’aujourd’hui, qui roulent en voiture et mangent des tartines… ! Ses réponses ne sont pas définitives, au contraire elles posent d’autres questions, la plupart du temps, ou bien ouvrent des perspectives nouvelles. Le but ? « Se prendre en main tout seul : c’est le devoir de chaque être humain. » Un petit livre pour ne pas grandir idiot, pourrait-on résumer.

 

* Einar Øverenget et Øyvint Torseter, Socrate et son papa (Sokrates og pappa, 2009), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2015

Socrate et son papa prennent leur temps

Dans le premier volume de Einar Øverenget, les deux personnages du récit, Socrate et son papa, prenaient le temps de penser. Ici, ils prennent le temps de... prendre leur temps. Et c’est une démarche fructueuse. « Dépêche-toi, le temps presse », dit le papa de Socrate, « nous n’avons pas le temps ». « Bizarre », se dit Socrate : « Du calme, papa. Le temps, ça n’existe pas. » une considération en entraînant une autre, Socrate et son papa réfléchissent à la douleur – qui ne se partage pas, malgré l’amour qui peut permettre d’en ressentir l’acuité. Puis aux secrets – qui ne se partagent guère plus. Quoi que. Cela dépend avec qui. Encore un intéressant petit volume, qui montre que pour apprendre, il faut d’abord pouvoir apprendre à apprendre et qu’ainsi, on finit souvent par découvrir cette vérité : « avant, je ne savais pas que je savais ». À faire lire, de toute évidence.

 

* Einar Øverenget, Socrate et son papa prennent leur temps (Sokrates og pappa tar seg tid, 2011 ; ill. Øyvind Torseter), trad. Aude Pasquier, La Joie de lire, 2019

Noirbert

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Après l’excellent Maarron, de Håkon Øvreås déjà illustré par Øyvind Torseter, voici Noirbert, des deux mêmes auteurs. Une histoire qui tient bien la route, pour enfants d’une dizaine d’années, joliment illustrée par un Øyvind Torseter présent presque à chaque page. On retrouve donc, ici, les personnages du volume précédent : Maarron, BleuClaire et Noirbert, intrigués par les nouveaux habitants de l’ancienne boulangerie. Qui sont-ils ? Des bandits ? Des vampires ? Les espionner s’impose mais Sandy, la jeune fille du couple récemment arrivé, ne l’entend pas de cette oreille. On ne surveille pas les gens contre leur gré ! C’est illégal. Et puis, elle n’est pas du même monde que lui, Noirbert, lui fait-elle comprendre. Alors, pour l’épater, Noirbert (dont le papa faisait partie naguère d’un groupe de rock nommé Les Concombres en furie, qui va bientôt remonter sur les planches) décide de voler l’une des poules du maire, qui vient de remporter un concours. « Une poule blanche immaculée se pavanait parmi ses congénères. Ses plumes luisaient. » Enfin, non pas de la voler, mais, vêtu de son costume de super-héros… de l’enlever et de la rapporter au maire. « Là, je passerais dans le journal, c’est sûr. » Et Sandy le considérera peut-être autrement. Mais bien sûr, tout ne se passe pas comme prévu. Maarron et Noirbert : deux volumes de Håkon Øvreås, illustrés par Øyvind Torseter, à découvrir sans hésitation.

 

* Håkon Øvreås, Noirbert (Svartle, 2015), trad. Aude Pasquier, illustrations Øyvind Torseter, La joie de lire, 2017

BleuClaire

Après Maarron et Noirbert, voici BleuClaire, de Håkon Øvreås – avec comme d’habitude de superbes illustrations de Øyvind Torseter. Les trois personnages principaux, Aaron, Norbert et Claire, se prennent toujours pour des super-héros. Cette fois-ci, ils allient leurs forces pour s’opposer à l’ouverture d’une « usine de poulets » sur leur terrain de jeu. Le maire est favorable au projet, lui, mais ne serait-il pas de mèche avec le futur directeur ? Quand, dans le même temps, le père de Claire annonce qu’il est au chômage, c’est le branle-bas de combat. « On va être pauvres maintenant », dit Sabrina, l’agaçante grande sœur de Claire. « On n’aura plus de maison, plus de voiture, on va devoir vendre tous tes jouets, on sera à la rue et on mourra de faim. Si ça se trouve, il faudra que tu ailles vivre dans un orphelinat. » Mais peut-être a-t-il trouvé un nouvel emploi au nord du pays ? La famille va-t-elle devoir déménager ? Comme dans les précédents volumes du duo Øvreås-Torseter, l’histoire est bien menée, pleine d’humour, avec quelques idées ici ou là qui peuvent trotter dans la tête des jeunes lecteurs (comme cette histoire de « conflit d’intérêt »). À faire lire.

 

* Håkon Øvreås, BleuClaire (Blåse, 2018), illustrations ; trad. Aude Pasquier, La Joie de lire (Hibouk), 2019