La Norvège est l’un des pays dans lequel la musique black metal a trouvé le plus d’artistes et d’auditeurs. Bien que très controversée, elle constitue ici presque une institution. Signé Baptiste Pilo, musicologue et docteur de l’Université Rennes 2, ce livre, Un Feu dans le ciel nordique, est le fruit d’un travail universitaire, une thèse de doctorat soutenue à Rennes en 2020. « L’approche adoptée ici est historique et musicologique. » Sujet original, le black metal, « segment particulier des contre-cultures », « l’une des plus singulières aventures musicales de cette fin du XXe siècle » selon Luc Robène et Solveig Serre, auteurs de l’avant-propos, n’avait pas encore été traité. « Ce mouvement musical s’inscrit de fait », poursuivent-ils, « dans une généalogie des resémentisations de l’imaginaire du Nord. » Baptiste Pilo se penche sur la dernière décennie du XXe siècle, période particulièrement féconde en Scandinavie pour ce courant avec la naissance de dizaines de groupes. Il en recense les différentes tendances, note autour de quels thèmes elles s’articulent : paganisme, satanisme, « norvégianité », nationalisme, figures du Viking... Autrement dit contestation du christianisme, contre lequel les acteurs du black metal, qui se veulent les héritiers des Vikings et même de leurs ancêtres païens, s’estiment « en guerre ». « L’auteur souligne la dimension conservatrice du black metal, fondée sur un sentiment culturel de supériorité à partir de l’appartenance à un territoire et l’opposition à l’immigration », expliquent encore les deux signataires de l’avant-propos. Le black metal est musique de son temps, reflet des combats culturels et politiques menés par une frange, essentiellement jeune, voire adolescente, et masculine, quelque peu déclassée de la population (il y a évidemment un parallèle à faire avec les mouvements punk et skinhead). Une « contre-culture » volontairement provocatrice. Ses références sont celles de l’extrême droite violente, misogyne et raciste, et l’auteur, qui ne cherche pas du tout à le nier, en analyse les raisons. « Le christianisme est profondément implanté en Norvège (…). Dans ce contexte, se réclamer de Satan ou du satanisme revient à faire entendre une voix dissonante, un contre-discours. C’est également chercher à se distinguer dans une société façonnée par l’égalitarisme. » Il n’est pas nécessaire de se protéger les oreilles pour prendre connaissance de cet intéressant travail.
* Baptiste Pilo, Un Feu dans le ciel nordique (Le black metal en Norvège, 1991-1999), avant-propos Luc Robène & Solveig Serre, préface Gérôme Guibert, Riveneuve, 2022