Histoire

La Mythologie viking

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Scénariste de bande dessinée, auteur de nouvelles et de romans fantastiques, Neil Gaiman (né en 1960) s’est attaché, dans La Mythologie nordique, à présenter ce qui constitue la source de son inspiration, ce monde du début du monde, quand Odin, Thor et consorts posaient leur regard sur toute chose et leur donnaient un sens, s’il faut en croire l’introduction de ce livre : « Il est aussi difficile de désigner son cycle de mythes préféré que de choisir son type de cuisine favori (…). Mais si je devais indiquer ma préférence, elle irait sans doute aux mythes nordiques. » C’est en quelque sorte une « mythologie nordique pour débutants » que Neil Gaiman livre là et pour des lecteurs peu au fait de cette part importante de la culture des Pays du Nord, cet ouvrage peut servir de base.

 

* Neil Gaiman, La Mythologie viking (Norse mythology, 2017), trad. de l’anglais Patrick Marcel, Au diable vauvert, 2017

Vikings, des premiers raids à la création du duché de Normandie

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On sait que les Vikings se répandirent sur les côtes européennes au cours du IXe siècle. Ils finirent par s’implanter en Normandie, région dont Rollon devint le premier duc. Hier professeur de langues, littérature et civilisation scandinaves à l’Université de Caen, par ailleurs traducteur de nombreux ouvrages de langue danoise et norvégienne, Jean Renaud nous conte ici l’installation des hommes du Nord, surtout d’origine danoise, sur les terres de France et rappelle les nombreuses traces de ce passé toujours visibles en Normandie : « vestiges mis au jour par l’archéologie, empreinte humaine, restes norrois dans le patois normand et surtout un grand nombre de noms de lieux ». Mais les Vikings se sont mêlés plus ou moins rapidement à la population et bientôt, l’influence scandinave n’a plus guère été perceptible que dans les patronymes et la toponymie. « …Les Vikings n’étaient pas des barbares mais au contraire d’une culture qui n’avait rien à envier à celle de leurs contemporains », souligne encore Jean Renaud. Un bel ouvrage d’érudition comme cet auteur en livre régulièrement.

 

* Jean Renaud, Vikings, des premiers raids à la création du duché de Normandie, Ouest France, 2016

Vikings – À la conquête du monde celtique

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C’est une fois de plus un ouvrage plein d’érudition que nous livre Jean Renaud avec ce Vikings – À la conquête du monde celtique. Comme l’indique le titre, l’auteur (spécialiste de l’histoire des Vikings et par ailleurs traducteur de nombreux romans danois et suédois) s’attache, dans cette réédition augmentée, à présenter l’installation des Vikings en terre celtique. C’est à partir de la toute fin du VIIIe siècle que les Vikings déferlent sur différents territoires, notamment les pays celtes, relativement proches de leurs ports d’attaches : l’Écosse, l’Irlande, le Pays de Galles, la Cornouailles et la Bretagne. Guerriers et surtout commerçants, les Vikings entretiennent alors des rapports très étroits avec la population rurale déjà présente et influent grandement sur l’avenir de ces régions. De nombreuses traces de leur séjour peuvent encore être observées aujourd’hui. Jean Renaud nous les présente dans cet ouvrage dense et illustré, soulignant que « la présence scandinave dans le monde celtique a connu des développements fort différents d’un pays à l’autre » et rappelant que « d’un bout à l’autre du monde celtique, il y eut des échanges entre Celtes et Scandinaves » : « le brassage des cultures atteignit son apogée aux Hébrides et à l’île de Man (…), au point qu’on peut parler d’une véritable civilisation celto-nordique ». Pour regarder autrement les régions celtiques.

 

* Jean Renaud, Vikings – À la conquête du monde celtique, Ouest-France, 2017

Les Vikings en France

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Il y a mille raisons de se plonger dans ce petit volume de Jean Renaud : Les Vikings en France constitue une excellente synthèse sur l’implantation des fameux guerriers venus du Nord sur l’ensemble du territoire français ; cette réédition est, à vrai dire, beaucoup plus qu’une synthèse, elle est relativement complète, en dépit de ses seulement 120 pages ; pour ceux qui tiennent à en savoir plus, Jean Renaud propose des approches par thèmes (Les Vikings à la conquête du monde celtique ou Les Vikings, des premiers raids à la création du duché de Normandie, par exemple) ; ce volume est richement illustré : cartes montrant l’implantation et l’expansion des Vikings sur l’ensemble de la France, reproduction de tableaux (une riche iconographie existe sur le sujet), photographies d’objets, de monuments, ou de lieux, tels qu’ils se présentent à nous aujourd’hui… « Les Vikings ont joué dans l’histoire de France un rôle qu’on aurait tort de sous-estimer : déstabilisateur à bien des égards, certes, quand on considère la succession de ‘coups de main’, de batailles et de pillages ; mais néanmoins extrêmement stimulant, d’autant que la confrontation entre les Scandinaves et les Francs passent aussi par des phases où ils tentent de s’entendre, à défaut de se comprendre. »

 

* Jean Renaud, Les Vikings en France, Ouest-France, 2017

Les Dieux des Vikings

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Les ouvrages que Jean Renaud consacrent aux Vikings ne cessent d’étonner : en dépit de leur somme d’érudition, ils se lisent toujours comme des romans d’aventures - ou presque. Pour preuve, ce dernier titre : Les Dieux des Vikings. L’auteur s’emploie là à nous présenter tour à tour Odin (Óðinn), Thor (Þórr), Freyja et quelques autres divinités auxquelles les Vikings rendaient hommage, avant de se laisser christianiser. « Pour présenter les dieux des Vikings, nous nous efforcerons, dans un premier temps, de ‘raconter’ les mythes scandinaves qui les mettent en scène, puis, dans un second temps, de décrire les pratiques religieuses dont ils faisaient l’objet. » Si noms et références se succèdent, le lecteur est pourtant emporté par la prose de Jean Renaud et entre bien volontiers dans un monde où les dieux les plus irritables balisaient chaque heure de la vie des guerriers pour une « bataille sans cesse renouvelée ».

 

* Jean Renaud, Les Dieux des Vikings, Ouest France, 2018

 

Joe Hill. Bread, roses and songs

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Le centenaire de la mort de Joe Hill, en 2015, a vu la ville de Gävle, au nord de Stockholm, lui consacrer une belle exposition. Signalons également la réédition augmentée de la biographie de Franklin Rosemont, Joe Hill. Bread, roses ans songs (première édition française en 2008). Né en 1879 à Gävle, Joel Emmanuel Hägglund, dit Joe Hill après son arrivée aux États-Unis, affirmera simplement être « né sur une planète appelée Terre ». Un citoyen du monde, autrement dit, ce prolétaire, qui bientôt n’aura cesse de défendre la cause de ses semblables. Bourlinguant d’une ville à l’autre de l’Amérique du Nord et de l’Amérique Centrale, militant du combattif syndicat IWW (Industrial Workers of the World, assez semblable à la CGT des tout débuts), il créera de nombreuses chansons, reprises jusqu’à aujourd’hui par des artistes comme Joan Baez. Bo Widerberg en fera le personnage central d’un film primé à Cannes en 1971. « Dans l’imagination populaire », écrit Franklin Rosemont, Joe Hill « représente toujours l’immigré maltraité, le pauvre sans abri, le hobo errant, le travailleur qui ose résister à la tyrannie, le non-conformiste courageux, le marginal persécuté, le prisonnier politique, le wage-slave (l’‘esclave salarié’) en révolte contre la classe des maîtres, la victime d’un coup monté injustement condamné et envoyé à la mort et, de ce fait, un martyr de la cause ouvrière. » Lié, dans l’Après-guerre, aux surréalistes et aux situationnistes, éditeur et spécialiste du mouvement ouvrier, Franklin Rosemont (1943-2009) livre ici une biographie partisane, voire militante – mais comment pourrait-il en être autrement avec un Joe Hill comme fabuleux sujet d’étude ? Son enquête (qui est aussi une passionnante histoire de l’IWW, tant le syndicat constitue une raison d’être de la lutte de Hill) s’est heurtée à la difficulté de retracer la biographie de Joe Hill de manière linéaire. « Une brassée de faits solides, quelques fortes présomptions et une pleine valise de conjectures et de suppositions plus ou moins fondées : telle est la substance de la biographie de Joe Hill. » Sur beaucoup de périodes les documents manquent, ce qui n’est pas spécifique à Joe Hill : en butte à une répression féroce et incessante, les militants ouvriers avaient, si l’on peut dire, d’autres chats à fouetter que de s’attacher à promouvoir leur biographie pour leurs laudateurs futurs. Quant aux archives de l’IWW, elles furent détruites par le gouvernement fédéral, ce qui montre bien le mépris avec lequel les classes laborieuses étaient alors traitées aux États-Unis. Chanteur, musicien, dessinateur, humoriste, militant ouvrier, Joe Hill, condamné à mort pour un crime qu’il a toujours nié (un « meurtre judiciaire » selon Franklin Rosemont), a inspiré tout un pan de la gauche américaine, notamment le Flower Power, cette gauche antiautoritaire qui fait heureusement pendant aux démagogues de droite extrême comme les Busch ou Trump. L’une des plus sympathiques voix américaines vient donc de Suède…

 

* Franklin Rosemont, Joe Hill, Bread, roses and songs (Joe Hill. The IWW & the Making of a revolutionary workingclass counterculture, 2002), trad. de l’am. Frédéric Bureau, préf. Fred Alpi, CNT-RP, 2015

Mon été 1805 en Europe du nord à la rencontre des Anti-hespérides

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Originaire d’un village de Saxe et fils de paysans, Johann Gottfried Seume (1763-1810) fréquente l’université de Leipzig, avant d’être recruté de force par des Prussiens, puis d’être envoyé en Amérique à la fin de la guerre d’Indépendance. Il déserte, rentre en Saxe et s’engage dans l’armée russe, avant de devenir correcteur pour un éditeur allemand. Poète, volontiers philosophe, partisan d’une « humanité éclairée » et de « l’égalité des droits et des devoirs » entre tous les individus, il effectue en 1805 un voyage à pied autour de la Baltique (après d’autres voyages similaires, pour d’autres destinations), qu’il relate et qui est aujourd’hui traduit, préfacé et annoté par François Colson, docteur en études germaniques : Mon été 1805 en Europe du nord à la rencontre des Anti-hespérides (ou Hyperboréens ; volume agrémenté d’un choix de lettres écrites entre 1804 et 1808). « Le genre littéraire auquel il serait possible de rattacher Mon été 1805 est (…) à la frontière du récit autobiographique, du manifeste et du documentaire », note François Colson, qui gratifie le lecteur d’une passionnante biographie très contextualisée de Seume. Toujours humble, « noble cynique » selon l’un de ses contemporains, Johann Gottfried Seume se définirait peut-être aujourd’hui comme un érudit « citoyen du monde », tant lui importe le respect porté à autrui, à l’exclusion des rapports de domination ou de pouvoir. L’esclavage le hérisse, aucune société de bien-être ne saurait s’en accommoder, affirme-t-il : « L’esclavage et le servage sont un mildiou politique, où tout se dessèche et qui ne permet qu’aux seules vénéneuses amanites morales de se développer. » Le récit de son voyage dans les Pays nordiques est d’autant plus pertinent qu’il est précédé d’une description de la vie en Pologne et en Russie. « …C’est l’esprit soulagé que je fis mon entrée en Suède. Aussitôt que l’on passe de l’autre côté, tout prend une allure plus gaie, plus agréable. Comme échelle du degré d’évolution d’un peuple, je prends toujours la campagne ; et nulle part plus qu’en Suède on est immédiatement attiré par le bel aspect extérieur et qui agit de façon bienfaisante… » Ou encore : « Même en Allemagne, on n’a pas idée de la joliesse d’une ferme suédoise. » Et (au tout début du XIXe siècle, rappelons-le, et non au milieu du XXe siècle) : « …On ne trouve peut-être dans aucun pays une culture plus généralisée qu’en Suède. » Conquis par la Suède où il se serait bien vu vivre, Seume poursuit son voyage en passant par le Danemark. Il a ses lettres, il est même un homme de lettres puisqu’il publie divers ouvrages (traduite et commentée par François Colson, son autobiographie, Ma vie, a été publiée en 2011 aux Belles lettres). Tout est pour lui l’occasion de comparaisons et ses avis sont toujours étayés de références historiques ou artistiques puisant dans la mythologie grecque ou romaine, dans l’histoire ou dans la géographie. Ils n’étaient pas contemporains, mais on imagine pourtant fort bien Johann Gottfried Seume devisant avec Élisée Reclus au gré de leurs pérégrinations aux quatre coins du monde et, tous deux, nous guider sur les routes de Finlande, de Suède et du Danemark. Ce livre est une mine de savoir, un vrai régal de lecture.

 

* Johann Gottfried Seume, Mon été 1805 en Europe du nord à la rencontre des Anti-hespérides (Mein sommer im jahr 1805, 1806), traduit, préfacé et annoté par François Colson, Honoré Champion, 2017

Les Vikings à l’assaut de la Bretagne

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Si l’on connaît l’épopée des Vikings en Europe occidentale et notamment en Normandie, on sait finalement peu de choses de leur passage en Bretagne. Peut-être parce que, contrairement à la Normandie, ils n’ont pas trouvé là terre où s’installer, faute sans doute de chef charismatique, à l’image de Rollon. Pourtant, ils ont mis pied sur la presqu’île armoricaine, « profitant des querelles intestines bretonnes et de la faiblesse des autorités franques », rappelle Élisabeth Ridel-Granger dans un petit ouvrage : Les Vikings à l’assaut de la Bretagne. Une présence qui a duré moins longtemps qu’ailleurs, que la typologie n’a guère retenue, et dont seules quelques traces subsistent aujourd’hui (sur les îles de Groix, de Batz, etc.). Un excellent titre, qui plus est richement illustré, pour découvrir en quelques pages, de manière synthétique, l’influence des guerriers et commerçants du Nord dans cette région.

 

* Élisabeth Ridel-Granger, Les Vikings à l’assaut de la Bretagne, Château des ducs de Bretagne (Les indispensables), 2018

La Saga des Vikings

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«  Il y a près d’un siècle, les historiens français ont fait l’impasse sur les invasions vikings  », est-il écrit en quatrième de couverture de l’essai de Joël Supéry (né en 1965), La Saga des Vikings. Peut-être n’est-ce pas tout à fait vrai, puisque les études sur les Vikings abondent, inégales mais en nombre, et depuis longtemps quelques chercheurs Français ont tenté d’apporter un éclairage nouveau, c’est-à-dire non hostile a priori aux «  hommes venus du Nord  ». Mais puisque le postulat de l’auteur est de rétablir une vérité historique (en deux mots  : les invasions vikings, sur le territoire franc, ne se sont pas limitées à la Normandie), il importe de tracer préalablement un tableau à sa convenance. Thor Heyerdahl ne procéda pas autrement avec sa théorie des Polynésiens venus du Pérou et, en dépit des sourires qu'il suscita, n'avait pas tort. Affirmons que La Saga des Vikings remet effectivement à leur place quelques idées reçues et que les coups de triques verbaux de Joël Supéry à l’encontre des universitaires qui se veulent dépositaires de la vérité officielle n’est pas pour déplaire. À l’université, les disciplines ne se mélangent pas et des erreurs peuvent ainsi se transmettre de génération en génération sans être contestées. Quant aux recherches, elles se doivent d’être menées sous l’égide d’un universitaire, faute d’être validées par ces mêmes universitaires. Or, Joël Supéry (qui appartient au CNRS) entend enquêter à la manière d’un juge d’instruction ou d’un policier, déclare-t-il  : en interrogeant les suspects, en remettant en cause les vérités bancales, en tenant de se faire un avis par lui-même. Son hypothèse, l’existence naguère d’«  un royaume scandinave en Gascogne  » (étayée ici grâce, entre autres, à maintes exemples toponymiques), avec l’idée sous-jacente, pour les Vikings, de progresser jusque sur les rives nord et sud de la Méditerranée, peut être entendue. Dans cette optique, Joël Supéry affirme que «  les invasions vikings ont été une des plus fantastiques guerres commerciales de l’histoire  ». Selon lui, elles ne relèvent pas de pillages occasionnels, mais d’une stratégie de conquête de terres nouvelles afin d'obtenir de nouveaux marchés. Leur succès s’explique par les alliances nouées avec des rivaux des rois en place ou, plus généralement, avec une partie de la population locale qui voyait là le moyen de se débarrasser de têtes auto-couronnées plutôt encombrantes. Ces invasions peuvent, dans certains cas, être assimilées à des luttes de libération nationale, avance-t-il encore, et c’est ce qui explique en partie cette succession de victoires que les Vikings ont remportées presque trois siècles durant. De fait, Joël Supéry en vient à nous présenter les Vikings comme des marins soucieux d’abandonner leurs pratiques consistant à amasser des butins, pour établir des comptoirs commerciaux sur les rives des mers et océans alors connus. Conclusion qui peut laisser sceptique ou qui peut paraître alléchante. Non spécialiste de cette période, nous ne troncherons pas.

 

* Joël Supéry, La Saga des Vikings (préf. Michel Onfray), Autrement (Universités populaires & Cie), 2018

Au temps des Vikings

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Professeur d’histoire médiévale, Anders Winroth (né en 1965) nous offre avec ce livre, Au temps des Vikings, un fabuleux voyage dans le temps. « Le chef de guerre prit enfin place sur son haut siège. Installés sur des bancs le long des murs de la grande maison-halle chauffée par un feu crépitant, les guerriers, impatients, buvaient de l’hydromel sans modération. » Ainsi officie l’auteur : en conviant le lecteur à le rejoindre sur place – ou quasiment. Ou lui donnant à voir les divers personnages dont il lui conte la vie – ou ce qu’on en sait. Les maisons-halles des Vikings étaient le lieu où les prochaines expéditions se préparaient. Les conquêtes débutaient là, avec la répartition des rôles. « C’est durant les beuveries et les banquets, à travers l’échange des dons, que se formaient les liens de loyauté et d’amitié. » Anders Winroth relate ensuite l’épopée des Vikings en Europe et ailleurs dans le monde, rappelant qu’ils furent les premiers Européens à accoster sur le sol nord-américain. Il n’omet pas non plus le fait que l’histoire des Vikings a principalement été racontée par leurs ennemis, ce qui explique que les portraits soient toujours à charge. Encore aujourd’hui, alors qu’une mode Viking sévit, notamment au cinéma et dans la bande dessinée et les jeux vidéos, seule est retenue l’ardeur au combat et la violence dont ils auraient fait preuve. Force est de reconnaître que les Vikings pouvaient se montrer féroces. Comme, alors, tous les Européens, ils pratiquaient l’esclavage (« …les Scandinaves furent de grands marchands d’esclaves au temps des Vikings »), subissant eux-mêmes ce sort de temps à autre (« les Scandinaves eux-mêmes pouvaient être réduits en esclavage ». Mais ils contribuèrent plus encore à l’apport de richesses dans les contrées scandinaves, où la vie quotidienne n’était pas des plus paisibles comme Anders Winroth le relève, et, à partir du XIIe siècle, participèrent à la construction de monarchies, à l’instar de celles qui existaient en Europe occidentale, permettant ainsi aux Pays nordiques de prendre place dans la société de leur temps. Anders Winroth s’attarde ensuite sur la signification des runes, avant de conclure par l’art et la culture vikings. « …Ce qui a survécu de la poésie, des arts décoratifs et visuels, ou encore des récits, nous apprend que le temps des Vikings ne fut pas seulement une époque de raids, de pillages et de guerre. Les scandinaves possédaient un sens de la beauté et un goût pour la poésie et ont su créer des styles tout à fait originaux, à la fois dans les arts et dans la littérature, sans véritable équivalent dans le reste de l’Europe. » Que d’érudition dans cet ouvrage passionnant !

 

* Anders Winroth, Au temps des Vikings (The Age of the Vikings, 2014), trad. de l’anglais (États-Unis) Philippe Pignarre (préf. Alban Gautier), La Découverte, 2018

Revue Deshima n°10

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« Revue d’histoire globale des Pays du Nord », Deshima se consacre plus particulièrement aux Pays-Bas et à l’histoire et la culture néerlandophones. Sa couverture des Pays nordiques englobe la Belgique, l’Allemagne et les pays autour de la Baltique. Les différents articles contenus dans le numéro 10 (2016) tentent de répondre à cette question : « Qu’est-ce que l’Europe du Nord ? » Le ton peut-être abscons : « L’Europe du Nord est (…) un concept polyphone et polysème (…) ; c’est un mythème du savoir narratif de l’Europe qui crée du sens, du sens narratif-historique/empirique, moral, intermédial et utopique/métaphysique, et c’est ainsi qu’il faut l’analyser et l’utiliser. » Ah bon ? D’autres articles, heureusement, se laissent plus aisément appréhender, comme celui d’Alessandra Orlandini Carcreff sur la Laponie et l’imaginaire que suscite cette région (« Voyages au bout du monde entre le XVe et le XIXe siècle. ‘Et pourquoi n’allons-nous pas, nous aussi, en Laponie ?’ »), ou celui de Laurence Rogations (« La Scandinavie et les Scandinaves dans la presse française à l’aube du XXe siècle »). Signalons également un article signé Anne-Estelle Leguy, « Quelle(s) identité(s) pour les peintres du Nord », consacré aux artistes finlandais des années 1880-1920 (notamment Albert Edlelfelt, Akseli Gallen-Kallela et Helene Schjerfbeck). Un numéro varié pour tenter, une fois de plus, de cerner la réalité d’une région que ses propres frontières ne suffisent pas à enfermer.

 

* Revue Deshima n°10, Presses universitaires de Strasbourg, 20

Revue d’Histoire nordique

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Un sommaire alléchant et éclectique, pour le numéro 21 de la Revue d’Histoire nordique, autour du thème : « Peuples et pouvoirs et Europe du Nord ». Que l’on en juge : « Dépositions dans l’ancienne Scandinavie médiévale – modes d’action et stratégies de légitimation » (Charlotte Rock), « La nation norvégienne engendrée par la faim » (Frederike Felcht), « La rude tâche de contrôler l’Atlantique nord/L’État danois et ses dépendances de l’Atlantique nord au XVIIIe siècle » (Christina Folke), « L’histoire revisitée : le Göticisme ou l’affirmation de la primauté du Nord » (Jean-François Battail), etc. Du très bon niveau, pour se pencher sur des points d’histoire méconnus, pour creuser le savoir.

 

* Revue d’Histoire nordique n°21, Université Jean-Jaurès, Toulouse, 2015