Amicalement, la haine : le narrateur de cette pièce autobiographique de Tomas Lagerand Lundme (scénariste né en 1973, à Amager), dont on trouve déjà une BD en français sur le même thème, Toute une vie dans des sacs en plastique (2022), est un quadragénaire. Homosexuel. « Une nuit d’hiver à Copenhague/au moment où je passais devant la pharmacie en face de la gare centrale/on m’a agressé,/il faisait un froid de gueux,/l’asphalte était glissant,/je suis tombé en arrière,/ma tête a heurté le sol... » Il se fait agresser une première fois, parvient à rentrer chez lui, appelle son mari, puis décide de ressortir pour se rendre à l’hôpital, et est attaqué de nouveau. On lui dérobe sa carte de crédit, de l’argent, on le roue de coups. Il préfère ne pas porter plainte, avant de s’y résoudre. « Je n’ai plus jamais été le même,/l’angoisse s’est installée,/elle me définissait et me constituait,/elle avait gagné... » En dépit des conseils de son mari et de sa famille, il ne souhaite pas poursuivre ses agresseurs de sa haine, s’interdit de les stigmatiser. « Pourquoi j’ai agi ainsi,/parce que je suis habitué/depuis longtemps/à refouler une histoire/pour en raconter une autre... » C’est un beau texte, très fort, que Tomas Lagermand Lundme propose là. Quand s’agit-il de se taire et quand donc vaut-il mieux hurler sa colère ? « Je ne suis pas devenu auteur et dramaturge/pour rien,/j’étais celui qui rentrait chez lui et écrivait,/ce que les autres avaient dit... » Ballotté entre deux attitudes, il oscille entre deux avis : « Mon père disait,/c’est dans leur culture,/de te haïr,/la gauche disait,/c’est dans leur religion,/on ne peut pas leur en vouloir... » Autrement dit, homme ou femme, encaisse les coups et tais-toi. C’est toi qui as tort. Pas eux. pas ces intolérants qui nient ta différence et rient de ta souffrance. On peut penser, à entendre les cogitations de Tomas Lagermand Lundme, à ces soi-disant féministes qui, dans de récents cortèges, ont chassé d’autres féministes qui dénonçaient le Hamas : pas question de culpabiliser les violeurs, lesquels après tout ne sont que de pauvres victimes comme les autres ! Si, si ! « Je fais erreur,/je suis une erreur/dans vos yeux,/entre vos lèvres... » Toute cette violence larvée, qui finit par éclater : parce qu’homosexuel, l’auteur la subit. Amicalement, la haine est un texte qui oblige à réagir.
* Tomas Lagermand Lundme, Amicalement, la haine (Kærlig hilsen hadet), trad. du danois Thomas Landbo, Laurent sauvage & Gabriel Dufay, Koïné, 2025