Cinéma

Hypnose

Connu comme réalisateur de documentaires, Arto Halonen (né en 1964) signe, avec Hypnose, un film inspiré d’un fait divers survenu au Danemark peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation allemande. Un homme, un ancien nazi, commet un braquage dans une banque de Copenhague et tue délibérément deux personnes, mais il semble avoir agi sous hypnose. Un policier se met sa hiérarchie à dos en tentant d’arrêter le véritable responsable. De belles images de Copenhague dans les années cinquante (réverbères, pavés luisants, automobiles d’époque... !), une intrigue bien conduite, mais difficile d’adhérer, pourtant. Tout est peut-être trop léché ? Ou trop peu crédible ? Ou les réponses sont apportées trop vite ?

 

* Arto Halonen, Hypnose (The Guardian angel, 2018), Rimini

Born american

Difficile de faire plus nanar que ce film, Born american, frontière interdite (1986) du Finlandais Renny Harlin. Outre l’affiche, d’une laideur remarquable, le scénario mêle tous les poncifs sur les USA et l’URSS, avec des acteurs qui semblent avoir été réveillés dans leur sommeil. En pleine Guerre froide, trois jeunes étudiants américains en vacances en Finlande traversent la frontière et se retrouvent en URSS, accusés du viol et du meurtre d’une jeune fille. L’enfer !

 

* Renny Harlin, Born american (1986)

Fruit défendu

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Dans Fruit défendu (Kiellety hedelmä), la caméra de Thomas Dome Karukoski (né en 1976) offre de belles images de la Finlande, aussi bien de ses paysages ruraux que de ceux d’Helsinki. De belles images également de l’adolescence. Deux amies à peine majeures quittent leur famille, adeptes de la doctrine du pasteur luthérien suédois Lars Levi Læstadius (1800-1861), pour travailler dans une blanchisserie industrielle. La capitale suscite mille envies, qu’elles tentent ou non de réfréner ; leur sexualité balbutiante les désarçonne. Mais si l’une a du mal à désobéir aux ordres rigoureux de la communauté læstadienne, la seconde entend profiter de ce qu’elle découvre. Pourtant, la puissance de la communauté reprend le dessus et quand l’une des deux rentre dans le rang, ce n’est pas celle qui était attendue au tournant. Un beau film, plutôt déroutant, qui laisse le spectateur juge. (Sur un sujet proche mais traité de façon complètement différente, mentionnons le film de Mikko Niskanen, Amour libre, 1967.)

 

* Dome Karukoski, Fruit défendu (2009), Artedis

Alerte rouge

Alerte rouge, de Mika Kaurismäki (né en 1955), est un film qui rend pour cadre une prison près de Philadelphie, aux États-Unis. Dan Capelli, un gardien, se retrouve muté dans la section des femmes, après être montré violent avec des prisonniers. Il s’éprend de Gidell, incarcérée pour divers délits et petite amie d’un membre de la pègre, et l’aide à s’évader. Un film noir, sans longueur, qui se laisse voir avec plaisir.

 

* Mika Kaurismäki, Alerte rouge (Condition red, 1995

Élucider Kaurismäki, revoir Bresson

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Sous-titré « Deux cinémas de la marginalité », ce livre, Élucider Kaurismäki, revoir Bresson, propose d’examiner les œuvres de deux cinéastes d’aujourd’hui, Aki Kaurismäki (né en 1957 à Orimattila en Finlande) et Robert Bresson (1901-1999). Le Finlandais apprécie l’œuvre du Français, avec lequel une filiation existe, comme s’emploie à le démontrer Aymeric Pantet. Directeur en études cinématographiques de l’université Paris-Cité, chercheur à l’université de Turku, en Finlande, celui-ci estime qu’un certain minimalisme lie les deux cinéastes. Aki Kaurismäki, souligne-t-il, s’est toujours montré francophile, ce qu’atteste un film comme Le Havre (2011), tourné dans la cité portuaire. La qualité de son œuvre est reconnue internationalement, tant par le public que par les critiques. « Le cinéma de Kaurismäki s’intègre aujourd’hui parmi les œuvres majeures du cinéma européen, au point d’incarner la culture cinématographique nordique : ainsi, les films finlandais qui ne sont pas de sa main sont néanmoins appréhendés au regard de ses réalisations. » Au travers d’une série de thèmes (tous traitant des multiples formes de marginalité et de leurs déclinaisons : « De l’utopie bressonienne à l’hétérotopie kaurismäkienne »), Aymeric Pantet confronte les œuvres des deux cinéastes, montrant l’apport de l’une et de l’autre dans la culture cinématographique, notamment celui de Aki Kaurismäki, « enfant terrible à la marge de la norme culturelle finlandaise ». Travail d’un passionné érudit, ce gros ouvrage très fouillé comporte les fiches cinématographiques d’une bonne partie des films des deux réalisateurs. Il donne envie de voir et de revoir deux œuvres singulières d’une modernité sur laquelle le temps n’a guère de prises et de réfléchir à la signification de leurs points d’intersection.

* Aymeric Pantet, Élucider Kaurismäki, revoir Bresson, L’Harmattan/Adéfo (Bibliothèque finno-ougrienne 32), 2023

Le Havre

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Le cinéaste Aki Kaurismäki possède ses fans. Dont nous ne faisons pas partie. L’aspect, selon nous, humanitaro-kitsch de nombre de ses films ne nous séduit qu’à moitié. Le Havre emporte cependant notre enthousiasme. Pourquoi ? Peut-être parce que tout semble ici traité comme dans un conte, un conte d’aujourd’hui, affreusement moderne. Un gamin à la peau noire, sans papiers, erre dans les rues de la ville normande reconstruite après la Deuxième Guerre par l’architecte Auguste Perret et à présent classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Décor exceptionnel pour un parcours, hélas, loin d’être exceptionnel, en dépit des milliers de kilomètres parcourus et des difficultés rencontrées d’un bout à l’autre du voyage. Comme à son habitude, Aki Kaurismäki filme les regards pour célébrer les complicités. Qu’ils soient puisés dans les années 1950 ou dans la jungle de Calais, ses personnages ne sont pas des héros mais des êtres humains qui ressemblent à ceux que nous pouvons connaître, confrontés à une Histoire impossible à maîtriser. Leur comportement n’est pas tout à fait négatif, ni non plus tout à fait positif. Ils tentent de vivre ensemble, tout bonnement, et cet objectif plus ambitieux qu’il n’en a l’air, les conduit à lentement devenir rien moins que de paisibles héros. Originaire de cette ville, le chanteur Little Bob reprend le micro et s’agite sur scène comme un troll, soulignant d’un clin d’œil malicieux cette belle solidarité filmée, comme à son insu, comme par-dessus son épaule, par un Aki Kaurismäki très inspiré. Le Havre est un beau film.

 

 

* Aki Kaurismäki, Le Havre, 2011

 

+ Dans le n° 32 (automne 2016) de la revue Nordiques, un article de Aymeric Pantet : « Aki Kaurismäki, un cinéaste cinémathèque ». L’auteur propose d’examiner l’œuvre du cinéaste finlandais sous l’angle des références cinématographiques présente d’un film à l’autre. Intéressant. « …Cette dimension n’en est qu’une parmi d’autres au sein de l’œuvre de Kaurismäki. Toutefois, cette approche permet d’appréhender la structure filmique et le discours sur le monde développé par le cinéaste. Le rapport qu’il entretient avec l’art cinématographique et l’importance qu’il accorde à l’archivage donnent une clé de compréhension des grands enjeux de son cinéma. »

L’Autre côté de l’espoir

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Des films sur les migrants, sur la façon dont nous les accueillons, il y en a eu un certain nombre ces derniers temps. Mais quand Aki Kaurismäki s’exerce au genre, le résultat est forcément à prendre en compte. Voir L’Autre côté de l’espoir, par exemple. Deuxième volet de sa trilogie, après Le Havre (et peut-être dernier volet, puisque le réalisateur affirme, dans l’enregistrement audio d’une émission sur France-Inter le 16 mars 2017 animée par Laure Adler et proposée en bonus avec le DVD, qu’il préfère cueillir des champignons, autrement dit qu’il songe à prendre sa retraite !), L’Autre côté de l’espoir relate l’arrivée de Khaled, réfugié syrien, en Finlande. Les autorités refusent de lui accorder des papiers et le jeune homme est obligé de s’enfuir du centre dans lequel il est hébergé. Si des nazillons cherchent à l’agresser (de « vrais Finlandais » ?), des gens ordinaires lui viennent en aide. Comme cet ex-VRP, devenu patron d’un restaurant, qui fait preuve d’une solidarité aussi banale... qu’exceptionnelle. « Les gens sont solidaires, mais les sociétés ne le sont pas » déclare Aki Kaurismäki (interrogé par Bruno Vincens, in L’Humanité, 9 mai 2018), affirmant par ailleurs que « l’humour ne fait jamais de mal. Gémir, pleurer n’aide en rien. » Le Havre était déjà un très beau film, tourné de manière presque anachronique, avec des acteurs qui ont des gueules, avec une véritable intrigue, avec des coups de poings et des caresses pour les spectateurs. Celui-ci, L’Autre côté de l’espoir, montre une fois de plus que les bons sentiments n’empêchent pas de faire un excellent film. Humour, intelligence, humanisme... Voici quelques-unes des caractéristiques de ce film. Mais une trilogie en deux volumes, ce serait un peu bête, monsieur Kaurismäki : en ce qui vous concerne la retraite n’est pas pour tout de suite, on ne peut que vous encourager à produire d’autres films de cette qualité.

 

* Aki Kaurismäki, L’Autre côté de l’espoir (Toiron tuolla puolen, 2017), Diaphana (2017)

 

 

 

 

« Nous devons exterminer les riches et les politiciens qui leur lèchent le cul ! (…) Ils nous ont conduits à cette situations où les valeurs humanitaires ne valent rien. Si nous ne le faisons pas, ils nous tueront. » (Aki Kaurismäki, 2018, entretien cité sur le site Histoireetsociété)

 

La Fille aux allumettes/Ariel

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Sorti en 1988, Ariel (moyen métrage de soixante-neuf minutes) conte les mésaventures d’un homme, licencié d’une mine en Laponie, qui vient tenter sa chance à Helsinki. Hélas, à peine arrivé au volant de sa Cadillac décapotable (une vieille occasion récupérée au moment de son départ), qu’il se fait dérober l’argent juste retiré à la banque. Quand il retrouve son voleur, c’est lui qui est accusé et qui est envoyé en prison. Mais la femme qu’il a rencontré entre temps l’aide pour son évasion. Un beau film, qui n’est pas sans évoquer certains Charlot, avec ces personnages aux traits marqués, le peu de dialogues et la justice rendue malgré tout.

Sur le même DVD, La Fille aux allumettes. Les personnages de Kaurismäki ont tous des trognes sorties directement d’une mémoire ouvrière bien vivante. Ici, c’est Iris, jeune ouvrière dans une usine d’allumettes, qui s’ennuie. Ses parents l’ignorent et ses collègues de travail vivent leur vie, sans elle. Un soir, elle se maquille, revêt une robe neuve et va danser. Quand elle découvre qu’elle est enceinte, ne lui reste-t-il plus qu’à se « débarrasser du têtard », comme l’y convie l’homme dont elle est tombée amoureuse et qui se désintéresse d’elle ?

Deux films qui mettent en scène ces « petites gens » auxquels toute l’œuvre de Aki Kaurismäki donne la parole. Deux réussites, tant d’un d’un point de vue esthétique que sur le fond.

 

* Aki Kaurismäki, La Fille aux allumettes (1990)/Ariel (1988)

I love L. A.

Richard est censé reprendre l’entreprise de pompes funèbres familiale, mais un jour, dans un cimetière, au cours d’un enterrement, il repère une belle jeune femme. Serveuse dans un bar et future, espère-t-elle, star de Hollywood, elle fait des photos. Il s’éprend d’elle et file à Los Angelès pour la retrouver. Film burlesque, I love L. A. de Mika Kaurismäki est sans intérêt.

 

* Mika Kaurismäki, I love L. A. (2000)

Jeu, set et match

Sous-titré « Divorce à la finlandaise », ce film de Mika Kaurismäki, Jeu, set et match (2010) est un vaudeville. Un couple se sépare. Mais l’un et l’autre le souhaitent-ils vraiment ? Pour s’en convaincre, ils vont utiliser différents stratagèmes, qui les mettront aux prises avec leur famille, leurs voisins, les pompiers et la mafia estonienne. Gags à la pelle... Pas inoubliable.

 

* Mika Kaurismäki, Jeu, set et match (2010)

Olli Mäki

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Comme cela peut faire du bien de regarder un film en noir et blanc, sans artistes siliconés, ni effets spéciaux, ni cacophonie… ! « Il gagne en perdant, parce qu’il sort de ce monde qu’il rejette », explique, dans l’interview qui accompagne le film sur le DVD, Juho Kuosmanen (né en 1979), réalisateur (et également acteur et monteur) de Olli Mäki (prix « Un certain regard » à Cannes en 2016). Né en 1936, boulanger dans une petite ville de Finlande, Olli Mäki est un boxeur qui, en 1962, a concouru au titre de champion du monde de boxe, catégorie poids plume. Cet été-là, il tombe amoureux de Raija. La pression que son entraîneur lui met sur les épaules s’affronte aux sentiments qu’il éprouve pour la jeune femme. Un très beau film, dont le spectateur sort sonné, non pas par les coups de Olli Mäki (comme l’affirme le cinéaste, ce n’est pas vraiment un film sur la boxe), mais par son attitude mesurée, sans rapport avec celle de la plupart des champions sportifs d’aujourd’hui. La gloire et l’argent ou… la sérénité et l’amour ? Un film, on le voit, plus que jamais d’actualité.

 

* Juho Kuosmanen, Olli Mäki (Hymyilevä mies), Black out (2017)

Unknown soldier

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Unknown soldier est loin de n’être qu’un film de guerre ! Directement inspiré du roman de Väinö Linna (1920-1992) Soldat inconnu (sa trilogie, Ici, sous l’étoile polaire, sur le même thème, a été rééditée par les éditions Le Bon caractère) et réalisé par Aku Louhimies (né en 1968), Unknown soldier montre le quotidien de soldats finlandais durant la guerre de Continuation (1941-1944). Après la guerre d’Hiver (1939-1940), au cours de laquelle elle a perdu un tiers de son territoire, la province de Carélie annexée par l’URSS, la Finlande se voit contrainte de s’allier à l’Allemagne nazie pour préserver son territoire. Ce film retrace ces années, du premier au dernier jour des combats. Il n’y a pas un héros mais de multiples personnages qui vont tenter de protéger la Finlande des jougs soviétique et nazi. Les paysages sont très beaux, contrastant avec l’horreur vécue dans les tranchées.

* Aku Louhimies, Unknown soldier (Tuntematon sotilas, 2017), AB Vidéo (2020)

 

Lake bodom

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Lake bodom, de Taneli Mustonen (né en 1978, réalisateur et scénariste pour la télévision finlandaise) : Trois personnes ont été retrouvées assassinées au bord d’un lac de Finlande, en 1960, alors qu’elles campaient. Le meurtrier n’a jamais été retrouvé. De nos jours, quatre adolescents se rendent sur place, passer une nuit sous la tente et, qui sait, résoudre l’énigme. Mais les deux jeunes filles ont pour projet d’assassiner les deux jeunes hommes, avant d’être à leur tour victimes du… tueur historique. Les forêts boréales sont très belles, même la nuit, dommage qu’elles soient ainsi fréquentées par des braillards.

 

* Taneli Mustonen, Lake bodom (2016), AB Vidéo, 2017

It came from the desert

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Un nanard qui ne prétend pas être un chef d’œuvre, voici ce qu’est ce film signé Marko Mäkilaakso, It came from the desert, initialement un jeu vidéo. Dans les années 1950, dans le désert du Nouveau-Mexique, des militaires ont fait des expériences, mélangeant des météorites venues de l’espace à des gênes de fourmis. Quand, de nos jours, de jeunes amateurs de moto-cross et de bière s’aventurent sur les lieux, la peur et surtout le rire sont au rendez-vous.

 

* Marko Mäkilaakso, It came from the desert (2017)

Le Rêve dans la hutte bergère/Le Chant de la fleur écarlate

C’est le genre de films dans lequel il faut se plonger. Se replonger. En noir et blanc, avec des torrents et des forêts pour décors. D’une autre époque, tant, en une poignée de décennies, tout a changé. Les paysages et les façons d’être, et les mentalités. Le Rêve dans la hutte bergère et Le Chant de la fleur écarlate sont deux films du réalisateur finnois Teuvo Tulio (1912-2000) aujourd’hui réédités. Les années ont passé, mais... justement : ces mélodrames sont à voir comme s’ils venaient d’un autre monde, si proche et si terriblement lointain. Avec des grumes qui descendent des rapides et des histoires d’amour à la vie, à la mort entre des Finlandais qui passent leur temps à travailler (et un héros, dans le film tiré du roman de Johannes Linnankoski, Le Chant de la fleur écarlate, qui ne respire pas franchement l’intelligence !) Des documents.

 

* Teuvo Tulio, Le Rêve dans la hutte bergère (1940)/Le Chant de la fleur écarlate (1938), Tamaa