La Finlande n’a pas été épargnée par les assaillants au cours de son histoire. Ce n’est pas une révélation, mais la lecture du livre de Bernard Le Calloc’h, Histoire de la Finlande (réédité, augmenté, après une première publication en 2010), l’atteste. Au long de son histoire, le pays a vu le passage et l’installation de troupes ennemies diverses (suédoises, russes, allemandes, etc.), sort réservé aux « pays tampons » et périphériques. Sa langue a longtemps été ignorée. Après six siècles sous domination suédoise, la Finlande est devenue Grand-duché russe et les tsars (Alexandre I, puis Alexandre II et Alexandre III) ont d’abord marqué quelque bienveillance pour ce pays plus organisé et plus riche que la Russie. Mais Nicolas II, le dernier des tsars, décida, lui, de russifier le pays et donc, de réprimer les velléités nationalistes. La Révolution soviétique entraîne indirectement l’indépendance de la Finlande : « ...la Finlande est, au moment où elle accède à l’indépendance, l’un des pays les plus évolués et les plus progressistes du monde ». Mais le statut est vite remis en cause par Staline ; débute alors la guerre d’Hiver. Lorsque éclate la Deuxième Guerre mondiale, la Finlande est contrainte de s’allier à l’Allemagne nazie pour ne pas tomber une nouvelle fois et peut-être définitivement sous le joug soviétique. « Malgré le rejet des propositions d’alliance sous prétexte de neutralité, la Finlande est entraînée sur une pente qui va la conduite de nouveau à la guerre. » Ce sera la guerre dite de Continuation. Spécialiste des peuples finno-ougriens, ancien professeur à Gödöllo (Hongrie), Bernard Le Calloc’h (né en 1925) nous offre dans cet ouvrage une étude synthétique (rehaussée de cartes, d’un index et d’un glossaire, d’une liste des présidents de la République...) sur le passé d’un pays aujourd’hui intégré à l’Europe, mais, comme les Pays baltes et dans une moindre mesure, toujours menacé par son voisin oriental. « En ce début de XXIe siècle, les perspectives de la Finlande, devenue en moins d’un siècle l’une des nations les plus développées et démocratiques du globe, restent néanmoins incertaines. » Regrettons juste, dans cette Histoire de la Finlande qui court jusqu’à 2017, la présentation très succincte de la littérature d’aujourd’hui (Tove Jansson, par exemple, n’est citée qu’une fois, alors que, avec les histoires de la famille Moomin, elle a grandement contribué à la connaissance des lettres finlandaises dans le monde ; pas un mot sur Arto Paasilinna, pourtant suivi par de nombreux lecteurs ; rien sur Matti Yrjänä Joensuu, sur Leena Lander, sur Mika Waltari, etc.), de la musique contemporaine (avec un label, Finlandia, de réputation internationale) ou du cinéma (Aki Kaurismäki n’apparaît pas). En dépit de cette réserve, un ouvrage aisément lisible et, à vrai dire, indispensable.
* Bernard Le Calloc’h, Histoire de la Finlande, Armeline/Yoran, 2018