En dépit du titre qui pourrait laisser penser à un « Black micmac à Oslo », cet essai de Samba Diop, La Diaspora africaine en Norvège est moins pointu qu’il ne le semble. Ce qui n’est pas un reproche, bien au contraire. L’universitaire ne se limite pas à recenser les problèmes que la communauté africaine peut rencontrer dans ce pays, mais élargit considérablement son propos en rappelant préalablement ce qui définit le « norvégianisme » (risquons le néologisme) avant de placer la Norvège dans un contexte international et d’évoquer les problématiques auxquelles elle doit faire face aujourd’hui. C’est dire que ce livre est passionnant, bien que beaucoup trop court et, hélas, souffrant d’un manque de relecture (que de coquilles, de mots oubliés et de redites !) et peut-être, côté références françaises, d’explications (l’apologie du terroriste d’extrême droite Anders Behring Breivik par Richard Millet est livrée telle quelle, comme les écrits, anciens, de Maurice Barrès, ou les propos de Michel Onfray). Censé concerner la « diaspora africaine en Norvège », le lecteur aurait aimé trouver plus de références culturelles norvégiennes – il n’en manque pas, mais seuls quelques rares noms sont évoqués. « Sont traités dans cet essai (…) des sujets aussi variés que le racisme, la discrimination, la religion, l’école, le genre, les femmes immigrées, le travail, l’élite et la classe politique norvégienne, le cosmopolitisme, l’altérité, la perception de l’Autre par le Norvégien de souche (l’autochtone), l’élaboration et la hiérarchisation des catégories raciales et ethniques, la discrimination subtile et institutionnalisée, etc. » Excusez du peu ! C’est beaucoup, c’est trop pourrait-on penser. Mais Samba Diop profite de ses expériences universitaires dans des pays divers, de la Californie à la Grande-Bretagne, du Nigéria à la Gambie, de la France à... la Norvège, donc, pour tirer des leçons de la mondialisation en cours. Son point de vue est large, argumenté, raisonnable. (...Il y a plus de choses qui lient les humains que de choses qui les différencient. ») Fin connaisseur des singularités des Pays nordiques, il observe qu’elles peuvent s’opposer, dans un premier temps, à la culture des migrants. Sur la place de la femme, notamment, de la liberté d’expression, de la religion... La Norvège doit en tenir compte et ne pas se replier sur elle-même. « ...Il est grand temps que la Norvège devienne avisée, subtile dans la perception et l’élaboration des catégories raciales et ethniques, à propos de la réalité du métissage, des évolutions positives... » Le risque de la multiplication de « ghettos physiques et culturels, îlots dangereux et contraires à l’idée d’une intégration harmonieuse », doit être considéré de manière prioritaire. « Témoin de son époque », Samba Diop n’affirme guère, se contentant de relever – ce qui est plus intéressant. C’est un travail de sociologie contemporaine qu’il livre là. À lire, pour mieux connaître les réalités quotidiennes d’un pays (à l’instar de ses voisins nordiques) en chamboulement.
* Samba Diop, La Diaspora africaine en Norvège/The African diaspora in Norway, L’Harmattan (Études africaines), 2020