Cinema

Vers l’abstraction de l’image cinématographique

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Sous-titré « Quatre films de fiction d’Europe du Nord de 1978 à 2000 », ce livre de Martine Baldacchino-Gauthey, Vers l’abstraction de l’image cinématographique, prend comme références quatre longs métrages : Stalker(Andreï Tarkovsky, Pologne, 1979),Europa(Lars von Trier, Danemark, 1991), Trois couleurs : Bleu(Krzysztof Kieślowski, Pologne, 1993) et L’Homme sans passé(Aki Kaurismäki, Finlande, 2002). « Aki Kaurismäki, Krzysztof Kieślowski, Andreï Tarkovski et Lars von Trier se rejoignent sur leur exigence éthique et artistique commune vis-à-vis du spectateur, dans leur tâche à faire prendre conscience que l’art est profondément lié aux valeurs spirituelles de l’Amour et de la Beauté. » S’appuyant sur de nombreuses études universitaires et aussi sur les propos du Danois Carl Th. Dreyer (« Réflexions sur mon métier »), Martine Baldacchino-Gauthey examine ici ces films en interrogeant l’emploi que leurs réalisateurs font de la lumière et de la couleur. Ainsi, « dans l’univers de Kaurismäki, on peut voir une utilisation toute personnelle de la couleur qui crée un ‘décalage’, une dissonance face aux images réalistes évoquant la société finlandaise ‘en perdition’. La couleur renforce le propos ou crée l’ambivalence, suscite le rêve ou banalise la réalité. » Vision intéressante, originale, dont l’abstraction initiale est heureusement atténuée par de multiples exemples.

 

* Martine Baldacchino-Gauthey, Vers l’abstraction de l’image cinématographique, L’Harmattan (Arts vivants), 2018

The Spiral

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Voici une série télévisée que l’on peut éviter de regarder lorsqu’on estime que le temps est précieux : The Spiral, en 5 épisodes (sur Arte, 2017). L’intention au centre de cette coproduction (neuf pays européens dont les Pays-Bas, la Belgique et la Suède) n’est pas inintéressante – l’action éventuelle des artistes sur le monde contemporain – mais traitée d’une façon telle que l’intérêt du téléspectateur s’émousse très vite. Menés par Arturo, un plasticien conceptuel de renommée mondiale qui vit à Copenhague (on ne connaît de lui que sa signature en forme de spirale), six jeunes artistes, de ses adeptes, dérobent six toiles de maître dans autant de musées d’Europe (dont le célèbre portrait de Strindberg par Carl Larsson) afin de dénoncer les liens entre le marché de l’art et la finance et, au-delà, les méfaits du capitalisme. Mais Arturo est arrêté par la police lors d’une manifestation, puis mystérieusement assassiné, et les membres du groupe sont tués un par un. Un site sur Internet permet de suivre le trajet des toiles à travers tout le continent, lesquelles doivent être récupérées à Bruxelles le 28 septembre (site qui existe vraiment !). Mais certains individus riches aimeraient bien se les approprier et dans ce but sont prêts à tout. Voilà ! Il n’y a pas grand-chose de crédible dans cette mini série (ni le vol de tels tableaux dans des musées censés être bien protégés, ni leur revente a priori impossible, ni, on peut le penser, l’impuissance de la police devant tant d’amateurisme…) et la motivation d’Arturo et des membres de son groupe demeurent obscures. Montrer que le marché de l’art est bouffé par le fric ? Que le capitalisme nuit ? Que le monde de la finance fonctionne en dehors des règles de la bienséance ? Quelles surprises ! Un projet de cette envergure, pour n’ouvrir que des portes ouvertes ?... Rire ou grimacer de dépit ou encore… éteindre l’écran, le téléspectateur décidera.

 

* Hans Herbots (réalisateur), The Spiral, Caviar films, 2012