Béatrice Gaugué-Natorp, violoniste au sein de l’Orchestre philharmonique de Radio-France avant sa retraite, propose là, nous dit la quatrième de couverture de Nocturnes, « un livre de poèmes engagés sur des problématiques de notre temps ». Sous-jacente, l’œuvre musicale du compositeur finlandais Jean Sibelius (1865-1957) lui offre l’occasion (après Bruckner et Beethoven) de décliner ses thèmes. Alors qu’il est souvent de bon ton, notamment en poésie, de dire sans dire et de finalement demeurer à la surface des choses, nous ne pouvons que nous réjouir du premier poème, « Tyrannie », qui plonge tout de suite le lecteur dans notre époque et appelle un chat un chat. Ou, sans jamais néanmoins le nommer, vise clairement le maître du Kremlin : « C’est un homme aveugle, sans une once de bonté,/C’est un tyran, un homme-crocodile, un vampire (...)/ Qui saura l’arrêter ? » Un salopard qui, outre l’Ukraine, menace une fois de plus la Finlande et, par ricochet, l’œuvre magistrale de son compositeur le plus connu. Mais Béatrice Gaugué-Natorp abandonne sa pertinence pour une ode à... Alain Delon et d’autres sujets bien conventionnels (ses enfants, la nature, les droits de l’Homme), ou moins (une agression, « J’ai le leitmotiv de la peur sourde »). Pour, tant mieux, revenir vite à la musique (Bach, Chopin, Schubert, Sibelius). « Neige brûlante, immortelle, un langage spontané. » Plus des micro-récits que de la poésie à proprement parler, nous semble-t-il, dans ce recueil, mais cela peut sans doute toucher nombre de lecteurs et les propos sont intelligents et empreints de sensibilité. « Compositeur essentiel à la modernité dans l’Histoire de la musique », le compositeur finlandais est convoqué avec de belles toiles, ces « Inspirations sur les Symphonies de Sibelius » : « Ancrés dans cette Terre sauvage habitée d’elfes, de démiurges, de magiciens, de barbares, Terre qui défend sa part de lumière, les motifs répétés et amplifiés soulignent la ténacité nordique. » Il ne s’agit plus vraiment de poésie, mais qu’importe, comme sur scène Béatrice Gaugué-Natorp sait soulever l’enthousiasme de son public. « Nous rencontrons une des œuvres les plus singulières, les plus complexes, les plus symboliques... », dit-elle, nous invitant à plonger dans l’univers dense et peuplé de Sibelius.
* Béatrice Gaugué-Natorp, Nocturnes, Voix tissées (Passage obligé), 2026