« Au milieu de l’île d’Åkerö s’étendent les Friches Noires, un vaste marais datant de l’époque des briqueteries et reconverti au milieu des années 1900 en décharge où l’on déposait les cargos désaffectés et autres épaves encombrantes. À la fin des années 1960, quand de nouvelles directives environnementales plus strictes sonnèrent le glas de cette casse, le terrain fut vendu au groupe de défense Swedish Machines. » Ainsi commence Swedish Machines, sous-titré Crépuscule au point zéro, le dernier ouvrage de Simon Stålenhag (né en 1984 à Stockholm), qui possède nombre de cordes à son arc. Illustrateur, il est aussi concept designer et auteur de plusieurs volumes surprenants : Tales from the loop (adapté en série sur Amazon), Things from the flood, The Electric state (film sur Neflix), The Labyrinth. À chaque fois, il réussit l’exploit dans une sorte de roman-photo d’entremêler très étroitement fiction et réalité, donnant à cette dernière une allure des plus inquiétantes. Quand les paysages ruraux se confondent avec les techniques industrielles et militaires... Superbe livre-objet (dont le poids ne facilite pas sa lecture dans les transports en commun !) et en même temps passionnant roman d’anticipation, Swedish machines nous emmène à l’ouest de Stockholm, dans la province du Södermanland, près de Strangnäs. En 1980, un missile ennemi frappe le matériel et les armes entreposés là, dont certaines hyper-modernes, comme ce « genre de canon à radiation capable de traverser la croûte terrestre pour atteindre des cibles de l’autre côté de la planète », un « mystérieux prototype d’arme. Le Tétraèdre. » Les 1 200 habitants de l’île sont contraints à l’exil. « Des hivers anormalement rudes persistèrent durant des années. Les étés s’écoulaient dans une lumière crépusculaire où les hirondelles volaient sous un firmament assombri. Une fois que les cendres se furent dissipées et que la pluie de suie noire cessa, la vie commença à reprendre son cours normal dans les villages qui bordaient la zone d’exclusion. » En 2025, deux jeunes hommes, Valter et Linus, y pénètrent, sans volonté déterminée, juste pour voir et, à l’occasion, s’amuser un peu sexuellement ensemble. Parce qu’ils habitaient là, où à présent « des univers parallèles se croisaient » et qu’un « portail » suggère que des passages vers d’autres dimensions sont possibles. Comme dans les précédents volumes, le décor est minutieusement reconstitué par ordinateur, tout semble plus vrai que vrai. L’intrigue est simple et presque crédible. C’est de l’anticipation bien menée.
* Simon Stålenhag, Swedish machines - Crépuscule au point zéro, trad. de l’anglais Sandy Julien, Akileos, 2026