Science-fiction

La Chasseuse de trolls

9782330114152

1978, en Suède, région de Falun. Magnus Brodin, un enfant de quatre ans, assure à sa mère avoir vu « une bête » dans la forêt, près de la petite maison avec « l’électricité, mais pas l’eau courante ni les WC » prêtée par un ami, dans laquelle ils séjournent pour les vacances. Peu de temps après, il disparaît. Mona Brodin assure qu’il a été enlevé par « un géant » mais n’est pas prise au sérieux. Au fil du temps, des apparitions de « trolls » sont signalées en différents endroits du pays, dans des zones reculées : vers Jokkmok, Gällivare ou Kiruna. Stefan Spjut (né en 1973) signe avec La Chasseuse de trolls un roman déroutant. L’intrigue est bien conçue et déborde de véridicité, tout au moins dans la première partie. D’autant plus que Spjut se réfère à de véritables cryptozoologues (la cryptozoologie est « l’étude d’animaux dont l’existence n’a pas été prouvée par la science », comme le yéti ou le monstre du Loch-Ness), qui, s’ils ont eu maille à partir avec certains esprits scientifiques, ne possédaient pas moins de solides connaissances sur la faune et la flore. Il n’hésite pas non plus à introduire dans son récit des personnages réels – comme le peintre-illustrateur John Bauer, qui a tant dessiné de trolls ; ou le présentateur radio puis télé Sven Jerring ; ou encore le Prix Nobel de littérature Verner von Heidenstam. « ...Attends-toi à ce que personne ne te croie. » Un roman surprenant, entre fantastique et policier, donné comme le premier tome d’un diptyque, qui peut leurrer facilement le lecteur.

* Stefan Spjut, La Chasseuse de trolls (Stallo, 2012), trad. Jean-Baptiste Coursaud, Actes sud (Exofictions), 2019

Le Ferry

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Avec Le Ferry, Mats Strandberg se revendique clairement de Stephen King. Comme son titre le sous-entend, ce roman est un huis-clos prenant un ferry effectuant une traversée entre la Suède et la Finlande pour cadre, avec 1 200 passagers plus les membres de l’équipage. Il s’agit d’un roman, une histoire de vampires en vase clos (mais il n’est bien sûr pas interdit de songer au naufrage de l’Estonia, en 1994 – 852 morts sur ce navire qui rejoignait Tallinn à Stockholm, la plus grande catastrophe maritime en Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale). Mats Strandberg présente d’abord les divers personnages qui appareillent pour un aller-retour a priori rapide. « Le ferry est rempli de gens qui, à terre, sont insignifiants, mais qui une fois à bord se comportent en maîtres du monde. » Ambiance glauque dès les premières pages. La traversée est l’occasion pour beaucoup de s’enivrer, et de se trouver une compagne ou un compagnon pour d’autres. Au fil de la soirée, puis de la nuit, l’alcool coule à flots et la situation dégénère. « Vous ne pouvez pas comprendre ce qui se passe ici », lance un ancien chanteur de variété reconverti en animateur de soirées karaoké à son public médusé. Les vampires surgissent : « le monde entier parlera de nous demain », dit l’un d’entre eux. D’abord chroniqueur au quotidien Aftonbladet, Mats Standberg (né en 1976) a déjà publié (en traduction française) Le Cercle, Feu et La Clé, trois romans destinés aux adolescents. Le Ferry est un « turn-over » de cinq cents pages auquel le lecteur ne pourra manquer de songer la prochaine fois qu’il sera amené à monter dans un navire de ce type, même pour une très courte traversée. Qui a été mordu ? Qui est devenu un vampire ?

 

* Mats Strandberg, Le Ferry (Färjan, 2015), trad. Hélène Hervieu, Bragelonne, 2017

Swedish machines, crépuscule au point zéro

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« Au milieu de l’île d’Åkerö s’étendent les Friches Noires, un vaste marais datant de l’époque des briqueteries et reconverti au milieu des années 1900 en décharge où l’on déposait les cargos désaffectés et autres épaves encombrantes. À la fin des années 1960, quand de nouvelles directives environnementales plus strictes sonnèrent le glas de cette casse, le terrain fut vendu au groupe de défense Swedish Machines. » Ainsi commence Swedish Machines, sous-titré Crépuscule au point zéro, le dernier ouvrage de Simon Stålenhag (né en 1984 à Stockholm), qui possède nombre de cordes à son arc. Illustrateur, il est aussi concept designer et auteur de plusieurs volumes surprenants : Tales from the loop (adapté en série sur Amazon), Things from the flood, The Electric state (film sur Neflix), The Labyrinth. À chaque fois, il réussit l’exploit dans une sorte de roman-photo d’entremêler très étroitement fiction et réalité, donnant à cette dernière une allure des plus inquiétantes. Quand les paysages ruraux se confondent avec les techniques industrielles et militaires... Superbe livre-objet (dont le poids ne facilite pas sa lecture dans les transports en commun !) et en même temps passionnant roman d’anticipation, Swedish machines nous emmène à l’ouest de Stockholm, dans la province du Södermanland, près de Strangnäs. En 1980, un missile ennemi frappe le matériel et les armes entreposés là, dont certaines hyper-modernes, comme ce « genre de canon à radiation capable de traverser la croûte terrestre pour atteindre des cibles de l’autre côté de la planète », un « mystérieux prototype d’arme. Le Tétraèdre. » Les 1 200 habitants de l’île sont contraints à l’exil. « Des hivers anormalement rudes persistèrent durant des années. Les étés s’écoulaient dans une lumière crépusculaire où les hirondelles volaient sous un firmament assombri. Une fois que les cendres se furent dissipées et que la pluie de suie noire cessa, la vie commença à reprendre son cours normal dans les villages qui bordaient la zone d’exclusion. » En 2025, deux jeunes hommes, Valter et Linus, y pénètrent, sans volonté déterminée, juste pour voir et, à l’occasion, s’amuser un peu sexuellement ensemble. Parce qu’ils habitaient là, où à présent « des univers parallèles se croisaient » et qu’un « portail » suggère que des passages vers d’autres dimensions sont possibles. Comme dans les précédents volumes, le décor est minutieusement reconstitué par ordinateur, tout semble plus vrai que vrai. L’intrigue est simple et presque crédible. C’est de l’anticipation bien menée.

* Simon Stålenhag, Swedish machines - Crépuscule au point zéro, trad. de l’anglais Sandy Julien, Akileos, 2026

Cuirassés

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Auteur remarqué dans le domaine de la SF (cf. Dans la toile du temps), Adrian Tchaikovsky (né en 1972, en Grande-Bretagne), place l’action de son roman Cuirassés en Suède. L’Angleterre fait à présent partie de l’Union nord-américaine. L’ensemble est dirigé par les Héritiers, enfants des responsables de très grosses entreprises économiques (comme IKEA). Sur le territoire suédois, où selon eux règne toujours le « socialisme », des combats font rage, alimentés par les rebelles finlandais. Un Héritier a disparu, ce qui ne devrait pas pouvoir se produire. Entouré d’une petite équipe de guerriers, Ted Regan, le narrateur, est sommé de partir à sa recherche. « Tout le monde en convenait, c’était un assaut contre nos libertés et notre mode de vie. » Roman d’action, Cuirassés est parsemé d’observations qui, parfois, sonnent juste. « Ce qui coûtait le moins cher dans une armée nationale, ce que l’on pouvait remplacer le plus facilement, ce que l’ennemi récupérait le moins aisément et qui était très vite oublié lorsqu’on se serrait la pogne autour d’une table de négociations, c’étaient les soldats. » Mais l’intrigue, du genre Il faut sauver le soldat..., pourrait prendre quasiment n’importe quel autre lieu pour cadre, avec les mêmes prétextes. Un roman d’action, un point c’est tout.

* Adrian Tchaikovsky, Cuirassés (Ironclads, 2008), trad. de langlais Laurent Queyssi, Le Bélial (Une heure-lumière), 2025

Amatka

Amatka

« Dorénavant, ils étaient ici, dans le nouveau monde, et ils avaient bâti la société idéale. » Vanja de Brilar d’Essre Deux est envoyée dans la colonie d’Amatka pour effectuer une étude de marché. Car les colonies sont chacune affectées à une production précise. Mais Vanja et Nina, qu’elle retrouve, sont surprises par les contradictions qu’elles découvrent dans le discours officiel. Personne ne sait trop « où se trouvait l’ancien monde, ni même à quoi il ressemblait, mais ça n’avait aucune importance ». D’ailleurs, « personne ne sait où nous sommes. Mais on n’a pas le droit de le dire. » La vie à Amatka est très policée. Les enfants sont séparés des parents, ceci, afin ne pas perdre de vue la dimension collective du monde nouveau. Une certaine paranoïa est entretenue, on ne sait trop d’abord pour quels desseins. « Il était de notoriété publique que le monde, hors des colonies, était dangereux. » Vanja apprécie la vie ici, surtout depuis qu’elle s’est rapprochée de Nina. En dépit des mises en garde à mots couverts d’Evgen, un bibliothécaire, elle décide de démissionner de son poste à Essre pour intégrer un emploi dans l’administration à Amatka. Mais bientôt, elle comprend que le monde d’Amatka repose sur un ensemble de faux-semblants. Née en 1977, Karin Tidbeck semble être une plume prometteuse de la science-fiction suédoise d’aujourd’hui. Quelque part entre La Kallocaïne de Karin Boye et Aniara de Harry Martinson, Amatka devrait séduire les amateurs d’une SF que l’on qualifiera de dystopie.

 

* Karin Tidbeck, Amatka (Amatka, 2017), trad. Luvan, La Volte, 2018