Un siècle après leur disparition, les Ballets suédois animés par le danseur et chorégraphe Jean Börlin continuent de susciter l’intérêt. Dans ce petit ouvrage à la riche iconographie (photographies, affiches de spectacles...) publié par les éditions In fine et le Théâtre des Champs-Élysées, La Fabuleuse aventure des Ballets suédois (1920-1924), Erik Näslund, Gérard Mannoni et Jean-David Jumeau-Lafond en retracent, non pas l’histoire, mais quelques-uns de leurs aspects essentiels. Lendemains de la Première Guerre mondiale : les Ballets russes, dont le public était friand, ne tournent plus qu’au ralenti. En attendant des jours meilleurs, place, donc, aux Ballets suédois. « Les succès remportés par la troupe à Stockholm firent naître l’idée de tournées internationales, projet évidemment conçu comme rival aux tournées de Ballets russes », écrit, dans le premier article, Erik Näslund. Il évoque la figure de Rolf de Maré (auteur également de sa biographie publiée chez Actes sud en 2008) à la tête du Théâtre des Champs-Élysées durant la période un peu folle qui suivit la fameuse « Grande Guerre » et compagnon de Jean Börlin. D’origine suédoise, Rolf de Maré est ami avec le peintre Nils Dardel. Tous, plus ou moins membres de l’aristocratie, à l’abri des soucis d’argent, ils vont s’efforcer de développer les activités du théâtre. « Börlin était blond et extraverti, gai et enfantin, légèrement efféminé. De Maré était réservé, sérieux presque sévère. » Dans un deuxième chapitre, Gérard Mannoni expose « cinq saisons et vingt-six chapitres » des Ballets suédois avec Jean Börlin et cinquante danseuses et danseurs. S’y ajoutent des compositeurs et non des moindres (Milhaud, Satie, Honegger, Debussy...), des écrivains (Pirandello, Lagerkvit, Cendrars, Cocteau, etc.) et des peintres (Léger, Bonnard, Picabia, Steinlen...). Tout ce beau monde travaille main dans la main et donne naissance à un art radicalement neuf, en lien direct avec son époque. « Un vaste brassage culturel donc, qui », précise Gérard Mannoni, « ne fut qu’occasionnellement nordique », ajoutant qu’en dépit des controverses soulevées par le modernisme des œuvres créées, « personne ne put nier la réussite exceptionnelle de l’osmose réalisée entre musique, danse, littérature et arts plastiques. » Enfin, Jean-David Jumeau-Lafond s’intéresse, lui, sur ces « noms » accompagnant les Ballets suédois, qui « sont vite devenus des 'prénoms', tant leur célébrité et leur dimension emblématique résument une époque et son bouillonnement ». C’est un « élan collectif, joyeux et vivifiant » qui s’installe et « qu’on ne retrouvera plus guère avec une telle force par la suite ».
* Erik Näslund/Gérard Mannoni/Jean-David Jumeau-Lafond, La Fabuleuse aventure des Ballets suédois (1920-1924), In fine/Théâtre des Champs-Élysées, 2024