Un nouveau roman de Arnaldur Indriðason est toujours une bonne nouvelle. Ici, avec Les Parias, il poursuit sa série centrée sur le personnage de Konrad (Ce que savait la nuit, Les Fantômes de Reykjavík, La Pierre du remords, Le Mur des silences), son ex-policier, dont le père assassiné, Josep P. Grimmson, dit Seppi (surnom très péjoratif), se révèle à chaque volume un type plus abject. L’âme toujours quelque peu en peine, Konrad n’est pas sans ambiguïtés. « Konrad faisait de son mieux pour ne pas céder aux sirènes de la corruption, il avait cependant conservé le goût du risque, cette vieille sensation héritée de son enfance. Il ne savait pas lui-même s’il était fasciné par le jeu de cache-cache, par l’occasion de gagner de l’argent sans effort, ou si c’était par hostilité envers l’institution à laquelle il appartenait désormais. » Konrad est indécis sur bien des choses, pour preuve ses relations avec les femmes qui l’entourent : sa sœur Beta, Svanhildur, sa maîtresse, Marta, son ex-collègue, Eyglo, une amie qui se livre à l’occultisme... Lorsqu’il exerçait comme policier, il a fermé les yeux sur nombre de trafics, notamment ceux de Leo, un collègue et ami, dont il a profité. « ...Plus le temps passe, plus je mesure à quel point tu ressembles à ton père », se désole Beta. Ne connaîtra-t-il jamais les causes de la mort du paternel ? Il ne peut s’empêcher de se renseigner lorsqu’il en a l’occasion, quitte à se faire réprimander par ses collègues d’hier. Il relie de vieilles affaires entre elles. Via plusieurs enquêtes policières qui s’entrecroisent, dont l’une sur les sévices sexuels pratiqués à l’encontre de jeunes garçons dans un sanatorium, Les Parias aborde la question de ces individus que la société islandaise n’a longtemps pas acceptés : les homosexuels. « ...La vie de paria des homosexuels à Reykjavík dans les années 60, une époque où ils n’osaient pas avouer qu’ils aimaient les hommes. Ils vivaient cachés, se rencontraient en secret et n’avaient nulle part où se retrouver sauf les uns chez les autres, ils vivaient dans la honte et la peur d’être démasqués comme des criminels. » Ce roman offre diverses entrées de lecture, pas que policières, on le voit. C’est un personnage tout en demi-teintes que Arnaldur Indriðason présente ici, plus encore que dans ses ouvrages précédents, notamment ceux avec Erlendur – qui lui était un policier aussi tourmenté que soucieux des règles. On ne peut qu’inviter à lire ce roman, noir comme la nuit au fond de l’hiver islandais... C’est dire !
* Arnaldur Indriðason, Les Parias (Kyrrլey, 2020), trad. Éric Boury, Métailié (Noir), 2022