Société

Mettez du lagom dans votre vie !

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Ce ne sera peut-être qu’une mode mais le lagom, cette manière de vivre venue de Suède (à l’instar du hygge venu du Danemark), mérite plus. Préconisant la sobriété dans tous les domaines, cette philosophie fait écho à la théorie de la décroissance encore trop confinée, hélas ! aujourd’hui. « Le secret du lagom tient en deux mots : de l’espace et de la modération. » Et Solvej Berggre, qui confie partager son temps entre la France et la Suède, de rapporter dans ce livre, Mettez du lagom dans votre vie !, quelques expériences typiquement suédoises en les agrémentant de réflexions de blogueurs (ou surtout de blogueuses) qui se font les avocats du diable. « Les Suédois aiment leurs villes, leurs campagnes, et ils le montrent en en prenant soin (…). Un papier traîne ? Ils le ramassent. Sans se demander qui ne l’a pas jeté au bon endroit. » Cette vision civique des choses, citoyenne pourrait-on dire, facilite la vie de tous. Débarrassée de ces mille petits stress du quotidien, notre vie verdit et s’en trouve améliorée à peu de frais. « Je ne suis pas utopiste au point de me dire que le mode de vie suédois va s’implanter dans les entreprises françaises, mais je vous propose… des petits pas. » Ni trop, ni trop peu. Lagom, en sorte. C’est-à-dire « vivante et harmonieuse ».

 

* Solvej Berggren, Mettez du lagom dans votre vie !, Marabout, 2017

Le Syndrome du bien-être

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Les toutes premières livres de l’ouvrage de Carl Cederström et André Spicer, Le Syndrome du bien-être, donnent le ton : « On aurait du mal à imaginer Jean-Paul Sartre et ses camarades de la rue d’Ulm se préoccuper de leur bien-être pendant leurs études (…). Il va sans dire que la gravité des enjeux politiques et philosophiques l’emportait de loin sur les considérations d’ordre sanitaire. » Sartre est peut-être un peu excessivement porté aux nues, selon nous, mais la remarque n’en est pas moins intéressante. Le bien-être, c’est-à-dire la recherche de la santé physique et mentale, est aujourd’hui un objectif consensuel au point qu’il en est suspect. « Lorsque être heureux et en bonne santé devient la norme, ceux qui échouent à rentrer dans le moule portent inévitablement les stigmates de l’échec. » Et Carl Cederström et André Spicer d’évoquer ici divers exemples (dont certains au Danemark ou en Suède), tous pourtant apparemment anodins. Au nom de notre santé, une idéologie se met en place, affirment-ils, une « optique réductionniste » qui évince les problèmes de fonds. Les individus sont culpabilisés parce qu’ils mangent de mauvais aliments, qu’ils sont, conséquence logique, trop gros ou trop souvent malades, alors que l’indignation ne porte pas sur leurs conditions de logement déplorables ou sur le chômage qui les frappe. Cette « optique » sélective n’est bien sûr pas neutre politiquement, bien qu’elle s’effectue aujourd’hui avec l’assentiment de quasiment tous les partis politiques. Elle est profondément réactionnaire, assurent les deux auteurs, et s’accompagne de mesures relevant plus de la philanthropie que de la juste répartition des richesses. Des présentateurs télés conseillent d’améliorer la qualité des repas dans les cantines scolaires, d’autres, du même acabit, défendent la commercialisation de véhicules électriques : surtout, prétendent-ils ainsi, ne changeons pas l’essentiel, la hiérarchie sociale et la marchandisation du monde, contentons-nous de le rendre moins oppressant. Au fond, tout cela vise « à légitimer les injustices, la pauvreté et les divisions de classes. Les pauvres ne sont pas en proie à des inégalités structurelles ; ils manquent juste de bonne volonté pour sortir de leur condition. » On nous prend pour des imbéciles : nous le savons, tant cela est flagrant, souvent, il suffit d’allumer la télé ou d’écouter nos têtes pensantes officielles. Il n’est cependant pas inutile de nous le rappeler, comme s’y exercent dans ce livre, Le Syndrome du bien-être, Carl Cederström et André Spicer.

 

* Carl Cederström et André Spicer, Le Syndrome du bien-être (The Wellness syndrome, 2015), trad. de l’ang. Édouard Jacquemoud, L’Échappée, 2016

Être parents aujourd’hui

Sous-titré « La méthode suédoise », ce livre, Être parents aujourd’hui, est signé Cecilia Chrapkowska et Agnes Wold, deux spécialistes de la maternité et de la pédiatrie en Suède. Leurs conseils tendent à l’exhaustivité et nombre de jeunes parents s’en réjouiront. Afin de mettre en place une égalité hommes-femmes, ou en l’occurrence pères-mères, elles recensent avec méthode les soins que nécessite un bébé. Des tout débuts, avec les « recommandations et interdictions pendant la grossesse », à « l’alimentation du nouveau-né », son « sommeil », ses « selles vomissements, pleurs et coliques », les « infections » et les « vaccins », jusqu’au « rôle de l’hérédité, de l’environnement et du groupe »... Les jeunes parents disposeront donc, avec ce livre, d’une sorte d’heureux mode d’emploi pour leur progéniture. La bienveillance, au centre de la méthode « à la suédoise », imprègne leurs conseils. « De toutes les périodes de la vie de votre enfant, c’est peut-être celle où il importe le plus de se concentrer sur l’essentiel et de faire le tri dans le déferlement d’exhortations, de publicités et de discours alarmistes. C’est la mission de cet ouvrage. » Parce que, être parent, ce n’est pas inné, c’est même quelquefois très difficile. Des règles sont à apprendre pour le bien et des parents et des enfants.

 

* Cecilia Chrapkowska/Agnes Wold, Être parents aujourd’hui (2017), trad. Anna Postel, relu par Amanda Postel, Robert Laffont, 2019

 

Désir d’IKEA

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« Le message est beau, simple, direct : horizons divers, passions des meubles, valeurs humanistes, culture d’inclusion, travail opiniâtre, épanouissement, recherche d’alter ego… (…) Nous voilà renseignés. IKEA, ce sont des valeurs. Chaque meuble véhicule les idées positives de la marque et son désir de changer le monde », affirme Samuel Doux, écrivain et scénariste, dans le petit essai qu’il consacre au géant du meuble suédois, Désir d’IKEA, Le Bonheur en pièces détachées. Et l’auteur de nous exposer comment l’entreprise s’est implantée dans le monde en prétendant être « bien plus qu’un marchand de meubles » : autrement dit, en proposant un véritable modèle de société à ses clients. Fondée par Ingvar Kamprad au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les magasins IKEA sont présents aujourd’hui dans la plupart des pays de la planète et n’en finissent pas d’inspirer écrivains et artistes divers (songeons, récemment, au roman de Grady Hendrix, Horrorstör, qui prend pour cadre les sous-sols d’un magasin de meubles suédois situé aux États-Unis ; ou Hej !, bande dessinée signée Maou, qui se passe dans un magasin nommé… IHEA ; ou encore, toutes ces séries télévisées dont le décor est directement puisé dans le catalogue de la marque). IKEA ne vend pas que des meubles ou des éléments de décoration, en effet, et, pour fidéliser ses clients, cherche à leur apporter un bien-être factice aux visées totalitaires, s’insurge Samuel Doux. « …À l’issue de cette exploration, de ces réflexions sur le système IKEA, comment ne pas songer que cette hydre contient dans sa culture même, c’est-à-dire dans son passé, dans ses valeurs, dans son organisations et ses objectifs, une forme de totalitarisme en puissance ? » Dans cet essai, Samuel Doux affirme faire partie des « mauvaises langues » et, si nous ne saurions le lui reprocher, interrogeons-nous tout de même sur ses propos. Comme Coca-Cola, Apple ou tant d’autres multinationales, IKEA est une entreprise capitaliste aux desseins forcément supranationaux. Qu’elle affirme œuvrer pour le bien de tous et développer une économie attachée aux questions éthiques et écologiques est certes un leurre, mais, après tout, n’est-ce pas le propre de telles entreprises de proposer du leurre ? La valeur ajoutée est le rêve et celui d’IKEA, fondé sur l’écologie, l’éthique ou encore la bienveillance, ne sous semble pas pire que celui mis en avant par d’autres marques et reposant sur le désir de puissance, de vitesse, de virilité, de compétition…

 

* Samuel Doux, Désir d’IKEA, Robert Laffont (Nouvelles mythologies), 2017

Lagom

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On connaissait la mode du Hygge danois. Voici qu’arrive le Lagom suédois. « Lagom n’a pas d’équivalent en français. Mais, il signifie grosso modo ‘ni trop ni pas assez, juste ce qu’il faut’. » À la différence du Danemark, la Suède est couverte de lacs et de forêts et sa conception du bien-être ne mésestime évidemment pas ce cadre exceptionnel. Place est donc accordée ici au respect de la nature et, de fait, à une vie quotidienne écologiste. La conception du lagom accorde une large place à la sobriété : on consomme le moins possible, par souci de préserver la nature, certes, mais aussi parce que la consommation ne saurait être un but en soi. « C’est une forme de bonheur… lagom – ni très démonstratif ni euphorique… et surtout on ne l’étale pas. Bref, mesuré. Et c’est exactement cette qualité d’équilibre qui semble être le secret d’un vrai bonheur durable. » Linnea Dunne livre ici les diverses techniques qui permettent de se sentir bien dans ses chaussures. Toutes sont très simples et à la portée de tous. « Avec son aversion pour le gaspillage et l’intérêt qu’il porte à l’équité, le lagom s’avère un ingrédient essentiel à la recette suédoise du succès. » Linnea Dunne n’hésite pas à se faire le chantre de la Suède. Bien présenté, avec ses jolies photos et les illustrations de Naomi Wilkinson, sans omettre quelques anecdotes sur la manière de vivre des Suédois (dont « l’expérience loppis »), Lagom est à lire et à méditer. « Il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements », n’est-ce pas ?

 

* Linnea Dunne, Lagom (Lagom, The swedish art of balanced living, 2017), trad. de l’ang. Guillaume Marlière, Hachette (Loisirs), 2017

Cuisine Lagom

Lagom une cuisine en harmonie

Écrit en anglais par Steffi Knowlmes-Dellner, « styliste culinaire » suédoise, ce livre, Cuisine Lagom, illustré de photographies de Yuki Sugiura, mettra immanquablement l’eau à la bouche à bien des gastronomes attentifs à une nourriture équilibrée. Les desserts abondent, ainsi que les recettes végétariennes. « Ce sont les petits plats simples et faits maison, confectionnés dans tout le pays pendant les longs mois d’hivers froids et obscurs ou lors des interminables journées d’été, quand le soleil semble ne jamais se coucher. C’est une cuisine pleine de vie et de joie qui fait aussi du bien, constituée de plats nourrissants et originaux (…). La cuisine suédoise, c’est tellement plus que les boulettes de viande ! » Et l’auteure, contant à l’occasion une anecdote, de décliner des recettes qui s’apprécient tout au long de la journée : petits déjeuners (« frukost »), plats principaux (« huvudrätter »), desserts (« sött »), sans oublier les conserves et les boissons (« smått och gott »). Comment ne pas craquer pour des brioches à la cannelle et à la cardamome ou encore, aux myrtilles !

 

* Steffi Knowles-Dellner, Cuisine Lagom (Lagom, the swedish art of eating harmoniously, 2017), trad. Améline Néreaud, First, 2017

Développer l’estime de soi de son enfant

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Sous-titré « Les clés d’une éducation bienveillante » et signé Petra Krantz Lindgren, ce livre, Développer l’estime de soi de son enfant, s’adresse aux parents mais, comme l’affirme l’auteure dans son introduction, « il est tout à fait possible de changer le mot ‘parent’ pour ‘adulte’ ». « Ne serait-ce pas merveilleux si nos enfants pouvaient grandir en écoutant leur voix intérieure ? S’ils avaient le courage de suivre leurs propres envie et de réaliser leurs propres rêves ? » explique-t-elle par ailleurs. Et Petra Krantz Lindgren (diplômée en sciences comportementales et animatrice d’un blog populaire « En annan du » – « Un autre toi ») de nous présenter toute une série de situations difficiles ou conflictuelles avec des enfants, des très jeunes aux adolescents, et les techniques qu’elle propose pour les résorber. Toutes reposent sur des postulats très simples, à la limite du pléonasme, comme celui-ci : « Les enfants font comme les adultes », « que nous le voulions ou pas, nous, les parents, sommes des modèles pour nos enfants » ou encore « pour qu’un enfant ose croire en sa valeur, il est important que ses parents ou d’autres adultes proches s’intéressent à lui… ». Et l’auteure de nos décliner les diverses facettes de cette bienveillance qu’elle brandit et qui, selon elle, apaise les tentions inhérentes aux relations adultes-enfants, en responsabilisant ces derniers. Car c’est ainsi, conclut-elle, que peuvent s’instaurer des relations d’« équidignité ».

 

* Petra Krantz Lindgren, Développer l’estime de soi de son enfant (Med känsla för barns självkänsla, 2014), trad. Sara Hamberg Bussenot, Eyrolles, 2017

La Pertinence de Gunnar Asplund

Être Gunnar Asplund (1885-1940), l’un des grands noms de l’architecture en Suède et dans les Pays nordiques, signifie « surtout être doué d’une extraordinaire imagination, et d’une sensibilité artistique marquée ». Parmi ses diverses réalisations, pensons à la bibliothèque municipale de Stockholm (« l’un des projets les plus énigmatiques » de Gunnar Asplund), par exemple, avec sa vaste salle ronde intérieure, que les photographes ne se lassent pas de restituer. Ou le cinéma Skandia : « Le Skandia est sans aucun doute la version la plus spectaculaire et intense de la recherche d’un espace intérieur conçu et réalisé comme un espace extérieur », souligne Luca Ortelli. Sa conception du grand cimetière sud de la capitale, où Greta Garbo repose aujourd’hui, fait l’unanimité autour d’Asplund. Son collègue finlandais Alvar Aalto louera son association des techniques modernes d’architecture avec l’attention portée à la nature, omniprésente et tant célébrée dans les Pays nordiques. Dans La Pertinence de Gunnar Asplund, petit ouvrage sous-titré « Du cimetière boisé à l’exposition de Stockholm », Luca Ortelli (né en 1956), professeur à l’Institut d’architecture et de la ville de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, s’essaie à contextualiser le travail de l’architecte de 1915 à 1930. Il expose la vision esthétique de Gunnar Asplund, dont l’œuvre est « essentiellement marquée par des projets et des réalisations d’édifices publics » et en rappelle les enjeux, montrant combien ils demeurent étonnamment actuels. Passionnant.

 

* Luca Ortelli, La Pertinence de Gunnar Asplund, MétisPresses (VuesDensembleEssais), 2019

 

Respect

Être un homme est plus compliqué qu’il n’y paraît. Les règles d’hier sont aujourd’hui bouleversées, elles sont même souvent condamnées. La masculinité se porte mal, vite traitée de virilité, voire de machisme. Le respect dû aux femmes s’accommode difficilement des valeurs que les pères transmettaient à leurs garçons il y a peu encore. Dans cet essai, Respect, Inti Chavez Perez, sexo-pédagogue, explore tout ce qui relève de la sexualité masculine : « la taille de la bite », par exemple, « le désir », « être amoureux », « sa toute première fois », etc. Il tente de décrire ce que pourrait être une masculinité moderne, non agressive, qui accepte comme allant de soi les différentes expressions de la sexualité – l’hétérosexualité n’étant pas la norme, mais une possibilité parmi d’autres. La masculinité « ...est un système de règles tacites qui reposent d’autant moins sur une vérité incontestable qu’elle varie selon les régions, les établissements scolaires, les âges ». Et toujours avec respect, bien sûr !

 

* Inti Chavez Perez, Respect (Respekt – en sexbok för killar, 2010), trad. Jean-Baptiste Coursaud, J.-C. Lattès, 2019 

La Folle enquête de Stieg Larsson - Jan Stocklassa

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Sous-titré « Sur la trace des assassins d’Olof Palme », ce livre, La Folle enquête de Stieg Larsson, est signé Jan Stocklassa. Né en 1965, ancien diplomate et hommes d’affaires suédois, aujourd’hui journaliste indépendant résidant à Prague, celui-ci a eu accès aux archives de l’auteur de Millénium et du journal Expo. Journaliste d’investigation spécialisé dans la lutte contre l’extrême droite, Stieg Larsson (1954-2004) a couvert le meurtre du Premier ministre suédois Olof Palme (le 28 février 1986). La façon déconcertante dont les autorités l’ont traité lui a vite donné à penser que beaucoup, dans la société suédoise et à l’extérieur du pays, ne voyaient pas d’un mauvais œil cette disparition. Au moment de sa mort, Olof Palme était en effet une personnalité politique adulée par certains et ouvertement haïe par d’autres. Un « homme attaqué de toutes parts ». Ne l’avait-on pas qualifié d’« espion soviétique » ? L’extrême droite l’avait dans son collimateur. Son crime était annoncé par divers membres de ce courant, semble-t-il, ou au moins la mort d’une personnalité politique suédoise haut placée. Jan Stocklassa emmène le lecteur sur les pas de Stieg Larsson et en vient, de fait, à émettre lui-même des hypothèses. Il conclut « que le moment était relativement bien choisi pour un crime en pleine rue, mais qu’il avait été dicté par les circonstances. (…) ...Le tireur n’était pas un professionnel. (…) L’arme utilisée par le tueur était inutilement puissante, et (…) les munitions n’étaient pas adaptées. » L’ancien policier et écrivain (« gourou » selon Jan Stocklassa) Leif G. W. Persson a lui-même enquêté sur le meurtre du Premier ministre (cf., par exemple, La Nuit du 28 février/Entre le désir de l’été et le froid de l’hiver) et ses conclusions accusent un criminel de la « maison », quelqu’un des services secrets, vraisemblablement, qui aurait agi en partie sans en référer à sa hiérarchie. L’avis de Stieg Larsson est différent, puisqu’il privilégie un assassin issu des rangs de l’extrême droite suédoise, pour le compte de l’Afrique du Sud. « Mettre un coup d’arrêt à l’engagement de la Suède contre le régime d’apartheid, lutte dont Olof Palme était une des figures de proue mondiales dans les années 1980. Il condamnait l’Afrique du Sud en Suède aussi bien qu’aux Nations unies et que dans d’autres arènes internationales. Il devait donc être éliminé... » La justice, souvenons-nous, avait quant à elle, dans un premier temps, accrédité la thèse d’un tueur solitaire, un toxicomane nommé Christer Pettersson, innocenté ensuite lors de son procès et depuis décédé, mais, encore aujourd’hui, toujours considéré comme le coupable par un certain nombre d’instances judiciaires et policières. La thèse de Jan Stocklassa, qui promet dans son livre que la vérité éclatera d’ici très peu de temps, n’est assurément pas la plus sotte. Pour lui, bien des éléments donnent à penser que le coupable se nomme « Jakob Thedelin » (nom inventé par Jan Stocklassa, tant que la justice n’a pas tranché), un excentrique résidant à « Hedestad » (également nom inventé, tiré de la trilogie Millénium), qui fut très proche du médecin et homme des médias Alf Enerström, surnommé « le Suédois qui haïssait le plus Olof Palme » pour ses campagnes haineuses contre celui-ci. Les diverses hypothèses se recouperaient donc pour n’en former qu’une, associant services secrets sud-africains, police suédoise et éléments locaux d’extrême droite, ce qui expliquerait la complexité de l’affaire – et relativiserait l’incompétence des forces de police et judiciaires placées sur ce meurtre hors du commun. Une conjonction d’individus et d’intérêts différents : voici pourquoi les enquêteurs auraient autant pataugé. (Les interviews de Jan Stocklassa dans Le Monde du 30 janvier et Le Point du 1er février 2019 n’apportent rien de plus, sinon qu’aujourd’hui l’auteur n’est plus certain que l’affaire Palme soit éclaircie à court terme.) Une version intéressante du meurtre, que ce livre, dont Stieg Larsson est plutôt un faire-valoir.

 

* Jan Stocklassa, La Folle enquête de Stieg Larsson (Stieg Larssons arkiv. Nyckeln till Palmemordet, 2018), trad. Julien Lapeyre de Cabanes, Flammarion, 2019

Rejoignez-nous

« Quand on commence à agir, l’espoir est partout. Alors, au lieu d’attendre l’espoir, cherchez l’action. Et c’est seulement à ce moment que l’espoir sera là. » Greta Thunberg (née en 2003) sait transmettre son enthousiasme. Et de l’enthousiasme, il en faut pour se persuader que tout n’est pas perdu et que notre jolie planète ne sera pas bientôt une décharge à ciel ouvert où la vie est impossible. À l’initiative de la grève de l’école en faveur du climat (« Skolstrejk för klimatet »), la jeune Suédoise livre dans cette brochure, Rejoignez-nous, quelques-unes des raisons qui l’ont incitée à prendre la parole à Stockholm, à Londres, à Katowice ou encore à Davos, lors de rendez-vous internationaux avec les plus hauts responsables politiques et économiques. « ...Je vais demander aux gens du monde entier de réaliser que nos leaders politiques nous ont mis en échec. » L’urgence ne fait plus de doute, sauf peut-être pour de cyniques crétins à l’instar de Trump ou de Bolsonaro. « ...Ce n’est plus le moment de parler poliment ou de réfléchir à ce qui peut être dit ou pas. C’est le moment de parler franchement. » Les assassins sont au pouvoir un peu partout dans le monde. Ils n’ont pas de sang sur les mains et leurs crimes seront couverts, puisqu’ils décident comment et par qui la loi doit être appliquée. Ils s’apprêtent à commettre le crime le plus important depuis que l’humanité existe : détruire la planète. Greta Thunberg s’insurge. On ne saurait l’en blâmer.

 

* Greta Thunberg, Rejoignez-nous (trad. de l’ang. Flore Vasseur), Kero, 2019