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Poésie

La Vallée des papillons/Lettre en avril

9782917029374

« Mais si le papillon par son langage images/survit mieux en faisant le voleur,/pourquoi dès lors serai-je, moi, moins sage,/si l’angoisse du vide peut être apaisée/juste en nommant papillon les âmes/éphémères visions des regrettés défunts ? » Inger Christensen (1935-2009) n’est pas une inconnue pour les lecteurs français puisqu’on trouve quelques livres d’elles chez de discrets éditeurs (La Feugraie, Circé, Ypsilon...). Auteure de romans, d’essais, de pièces de théâtre et de livres pour enfants, c’est à la poésie (toujours traduite en français par Karl et Janine Poulsen) qu’elle doit sa notoriété. Jouant sur la langue et sa syntaxe, elle oscille adroitement entre fiction et réalisme, déroutant souvent les lecteurs. En un volume, les éditions Rehauts nous proposent ici deux recueils, l’un de 1979,Lettres en avril, l’autre, son dernier, de 1991, La Vallée des papillons. Une manière de plonger dans l’œuvre complexe et cependant cohérente de cette poétesse si souvent honorée dans les pays du Nord.

 

* Inger Christensen, La Vallée des papillons/Lettre en avril(Sommerfugledalen, 1991/Brev i april, 1979), trad. Karl & Janine Poulsen, Rehauts, 2018

 

Rocailles

« Ma tête est/comme une machine à laver/qui ne lave que vêtements/ d’oiseaux et de poissons », avance Tóroddur Poulsen dans ce beau recueil de poésie, Rocailles. Traduits du féroïen et du danois, ces textes entraînent le lecteur au plus simple des émotions – au plus vrai. La rencontre avec le sable, l’herbe, le vent, stimule les sens. Pas de triche, de faux-semblants, d’artificialité. « Je me reflète/dans cette pierre/que dieu m’a donnée/un matin dans une nuit très ancienne/lorsque/définitivement/il décida de ne plus/avaler/l’amour tout cru ». Dieu s’en va ou au moins se tait (« notre dieu était de basalte »), les pierres restent. Les pierres, ici et là, jamais plus décrites, plus nommées, les pierres, comme un ensemble, une réalité qui ne cesse de s’affronter à l’homme, avant, bon prince, de l’accompagner au long de sa vie de nomade immobile. Les pierres, près desquelles s’arrêter un moment, se reposer, réfléchir. Voir le temps s’effriter. Respirer. Avant de les voir pourrir « quand tu marches dessus ». De très belles choses, dans ce volume, des images rugueuses comme une pierre sous la paume, une caresse sur un bloc de granit. « Maintenant je ne sais plus/à quel doute me fier », écrit encore le plasticien et musicien Tóroddur Poulsen (né en 1957) dans ce recueil, dont chaque strophe serait à citer. Toutes catégories confondues, assurément l’un des plus beaux livres en provenance des Pays du Nord publiés en France en 2019.

 

* Tóroddur Poulsen, Rocailles (trad. du danois et du féroïen Christel Pedersen et Sylvain Doerler), Harpo &, 2019

 

Les Arbres ne rêvent sans doute pas de moi

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C’est une « anthologie personnelle » de poèmes du Danois Søren Ulrik Thomsen (né en 1956) qui est aujourd’hui proposée aux lecteurs, un choix traduit et préfacé par Pierre Grouix, et ce, dans une édition bilingue très joliment présentée, avec jaquette. « Perdre tout et le porter avec soi/comme une invisible beauté/ajoutée au seul visage qu’on possède » Poète urbain, laudateur de la ville de Copenhague, comme le souligne Pierre Grouix parmi beaucoup d’autres précisions situant l’auteur dans son contexte, Søren Ulrik Thomsen, tout en ancrant sa poésie dans le quotidien, aborde les grands sujets : la vie et la mort, la maladie, le passé et le présent – présent qu’il juge moins lisible, humainement parlant, que ce qui relève de la nostalgie. Des choses qui devraient nous toucher, mais pourtant, il nous semble que peu d’émotions se dégagent de ses textes – ou nous ne les ressentons pas. Il manque comme du liant, dirions-nous. C’est dommage, mais ce n’est que notre réception d’une œuvre par ailleurs riche.

 

* Søren Ulrik Thomsen, Les Arbres ne rêvent sans doute pas de moi (éd. bilingue), trad. et préf. Pierre Grouix, Cheyne (D’une voix l’autre), 2016