Beaux livres

Yderst

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« Les récits de Yderst reviennent sur notre lien antédiluvien à l’océan. Les histoires des femmes et des hommes qui vivent en osmose avec la mer (...) se déploient au fil des pages en une fresque chorale », écrit Kristina Renate Jonhsen (née en 1984 à Bø dans les îles Vesterålen) en introduction de ce beau livre, ajoutant : « En norvégien, yderst signifie "aux confins", "tout au bord" ou encore "à la limite extrême"... » Vivant dans cet archipel septentrional, d’où était originaire l’écrivain Knut Hamsun, elle relate dans la revue Yderst qu’elle a créée, « la voix des régions sous-représentées du nord de son pays ». Aujourd’hui, elle signe avec le photographe Sébastien van Malleghem (né en 1986 à Namur et auteur de Nordic noir, 2017, superbe ouvrage chroniqué sur ce site) ce remarquable livre de photos en noir et blanc au titre identique, dans lequel textes et clichés alternent. Cette région, elle la connaît depuis toujours, et pourtant... : « Aussi loin que je peux remonter dans mon arbre généalogique, je trouve des pêcheurs, et pourtant, je pose les yeux sur un bateau que j’ai déjà le mal de mer. » Qu’à cela ne tienne, elle embarque et, tandis que le photographe mitraille la mer dans toutes ses expressions, quiète ou remontée, elle décrit ce qu’elle observe avec minutie et érudition. Le vocabulaire est précis, riche, les femmes et hommes au travail se laissent surprendre, la pêche est un métier de forcené. Les gestes sont énoncés, sans fioritures, le travail (volontaire) des enfants qui vendent les langues de cabillaud prête à réflexion. Le bateau suit la côte, du nord vers le sud. Le sort des Sames est évoqué, « nous ne nous battons plus contre les prédateurs à fourrure, souligne Máret, les loups d’aujourd’hui ont d’autres visages ». Ici ou là, des élevages de saumons donnent du travail aux habitants, et polluent le rivage. Les voici maintenant au large du Finistère, en Bretagne. Autres paysages, majestueux. Les photographies parviennent, toujours en noir et blanc, à restituer l’éclat de la nature. Comme lors de chaque abordage, les deux voyageurs rencontrent les habitants du cru. « Devant chez François, le linge sèche et le potager promet de beaux légumes. Derrière les murs, les voisins vaquent à leurs occupations. Chez lui, ça grouille de vie : sa femme, ses petits-enfants, des voisins qui passent. » Des traces de l’une ou l’autre des marées noires qui ont frappé les côtes subsistent, des oiseaux gardent du goudron sur leurs plumes, beaucoup sont morts, sur les plages les algues vertes prolifèrent et détruisent la vie sauvage. « Je reste accablée d’impuissance devant l’ampleur de la tâche », se désole Kritina. Pendant qu’elle lie connaissance avec les autochtones, son acolyte photographie les vagues, les falaises, les rochers épars, et de temps en temps un être humain. Puis retour vers le nord., avec un détour par Nausicaa, à Boulogne-sur-Mer, puis Camiers, et enfin le littoral belge... Chaque photographie est une œuvre d’art, qu’accompagnent quelques paragraphes pertinents, jamais redondants. Nous avions été séduit par Nordic noir, de Sébastien van Malleghem. Même sentiment à présent, avec cet ouvrage à offrir ou... à s’offrir.

* Kristina R. Johnsen/Sébastien Van Malleghem, Yserst (trad. du norvégien Hélène Hervieu, bilingue français-anglais, Atelier EXB, 2026

Lumières arctiques

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Dans Lumières arctiques, beau livre réunissant ses aquarelles, Manola Salvador nous entraîne au Spitzberg. Cette « jeune retraitée de l’Éducation nationale » a séjourné en 1998 sur cette île, en septembre et octobre, période où le changement de saison, de l’été à l’hiver, se perçoit rapidement. Abandonnant l’huile pour le pastel et jouant sur une gamme de teintes assez restreinte (bleu, noir et blanc, gris et quelquefois jaune et rose), ses tableaux (à partir de photos, car sur place le climat ne se prêtait guère au maniement des pinceaux : « J’ai voulu peindre en extérieur. J’ai trempé mes pinceaux dans un verre d’eau et aussitôt le pinceau s’est couvert de petits glaçons... ») restituent l’immensité et la beauté des paysages. Sans doute, comme l’exprime dans sa préface Madeleine Griselin, directrice de cette mission scientifique, la peinture permet-elle une approche plus subjective et donc plus forte que la photographie. « ...Il y avait le fjord, les glaciers, les icebergs, les moraines, la mer : des couleurs variant sans arrêt », se souvient Manola Salvador. Le blanc est une couleur, ce livre, Lumières arctiques, l’atteste avec brio.

* Manola Salvador, Lumières arctiques (préf. Madeleine Griselin), Sékoya, 2020