Voici la parution du quatrième volume de l’intégrale consacrée au célèbre Viking dessiné, Hägar Dünor, imaginé par Dik Browne, dont les aventures en « strips », trois cases horizontales, ont longtemps agrémenté la presse internationale (jusqu’à plus de mille titres en même temps !). L’introduction de ce volume est signée Chris Browne, fils de Dik (Richard Arthur Allan Browne, 1917-1989). Il nous présente un auteur attachant et appréciant l’humour, qui, rappelle-t-il, s’est inspiré de la propre vie de sa famille et de ses amis pour créer ses personnages. « Physiquement, personne n’aurait pu ressembler plus à Hägar que Papa. Il mesurait près de deux mètres et pesait 125 kg tout mouillé. Il avait un regard triste et émouvant, un nez rond et rouge d’Irlandais, une barbe viking d’un roux éclatant, le rire facile et le pas léger. » Un superbe avant-propos de l’auteure et illustratrice Cathy Guisewite pose directement la question : « Qu’y a-t-il chez lui qui me donne envie de lui faire un gros câlin ? » Car, inutile de minimiser les faits, « il mange trop, boit trop, rentre tard et refuse de se laver. Il reluque les femmes, traîne avec des gens bizarres et prend son épouse pour une domestique. Il reproche à son fils d’être trop sensible et aime verser du haut d’une tourelle des chaudrons de liquide bouillant sur les gens. » Hägar Dunor n’est pas fréquentable et pourtant, comme un vieil ami laissé de côté à cause de ses mauvaises manières, il n’est guère difficile de finir par lui faire une petite place, tant sa présence est appréciée. Cathy Guisewite nous avoue sans détour ses sentiments pour ce personnage de fiction, et plus encore pour son géniteur : « Dik était modeste et gentil, avec un gros rire joyeux et un cœur grand ouvert. Il ressemblait bien plus à un ours en peluche qu’à un auteur de bande dessinée de renommée internationale... » Hägar Dunor est un personnage surréaliste. Déjanté, dirait-on aujourd’hui. Son humour loufoque surprend, conquiert, séduit. Dik Browne ne respecte que de loin les réalités historiques, mais les anachronismes dont il parsème ses vignettes ne choquent pas. Au contraire, puisqu’ils ont pour effet d’insister sur la vie quotidienne laborieuse de ses héros et héroïnes. Après tout, se dit-on, à le lire, les Vikings présentés là ne sont pas bien méchants. Hägard Dunot est volontiers pacifiste et quand il se bat, ce n’est que pour se défendre. Hildegarde, son épouse, ne se laisse pas faire et ne manque pas non plus d’un humour qui la concerne elle au premier chef. À la question de sa fille, « Maman, que dites-vous des femmes qui travaillent ? », elle répond : « Comment ça, il y en a d’autres ? » Ou encore, à l’adresse des hommes de sa famille : « Il faut toujours se laver derrière les oreilles, porter des sous-vêtements propres et ne pas rentrer dans les bagarres »... Sûr, qu’elle sera entendue ! Tous ces personnages ont bien des points communs avec nous, aujourd’hui. Hägar Dunor est un classique de la bande dessinée du XXe siècle. Hilarant, toujours, plus fin qu’il n’y paraît, et intelligent.
* Dik Browne, Hägar Dünor (Tome 4, 1977-1978), trad. de l’américain Tristan Lapoussière, avants-propos Cathy Guisewite et Chris Browne, Urban Comics, 2022