Le narrateur de ce roman du Français Christophe Paviot (né en 1967), Traversée dans la région du cœur, est plutôt sympathique, avec ses goûts et ses dégoûts bien affirmés (que, pour la plupart, nous reprenons aisément à notre compte), mais il est aussi vite exaspérant, les yeux sans cesse larmoyants et des banalités ou des sophismes plein la bouche (« …Je n’ai aucune certitude d’être vivant dans une vingtaine d’années » ou diverses considérations sur les Vikings…). C’est dommage, car le lecteur prend d’abord plaisir à suivre le périple de ces trois personnages (outre ce narrateur, donc, sa compagne, Anna, et leur très jeune fille, Svéa) dans différentes régions de Suède. Deux voyages sont relatés en parallèles. Le premier, en 2013, lorsque les parents du narrateur font connaissance avec Kerstin. La mère d’Anna, Suédoise, vit dans la région d’Östersund avec un homme que l’on peut qualifier d’un peu brut de décoffrage. Et le second, l’année suivante, pour les obsèques de Kerstin. Le chagrin est là mais la vie, heureusement, n’entend pas lui laisser le champ libre. Svéa occupe sa place sans trop d’égards pour sa mormor disparue. « Kerstin recevra sa petite-fille chez elle en Suède, elle sera mise dans un avion, et sa grand-mère la rattrapera au vol. Elles prendront la voiture et iront faire des courses au supermarché, elles iront en forêt, marcher le long du lac, visiter le parc de Jamtli… » Les choses auraient pu se passer ainsi mais la mort de Kerstin ne le permettra pas. Le ton de Christophe Paviot est celui de la confidence, il nous montre la vie d’une famille, les enfants et les plus anciens, avec la Suède comme décor de choix. C’est un récit plus qu’un roman, avec, peut-être, une part d’autobiographie que le lecteur ignore. Un texte quelquefois pertinent, émouvant, mais d’autres fois trop plat (ah, toutes ces recommandations du père à sa fille, en conclusion ! fille que, par ailleurs, il imagine morte ou en situation glauque…), dont l’intérêt d’être publié ainsi nous échappe. « Je ne suis pas un héros, je ne suis pas un salaud, je suis juste au milieu », conclut le narrateur. Pourquoi pas, mais un personnage de livre ne saurait se contenter de ce compromis pour exister face au lecteur.
* Christophe Paviot, Traversée dans la région du cœur, Stock, 2017