Quand le cadavre de Rikard Olsson, un policier, est découvert dans un parc du centre de Stockholm, toutes les pistes sont ouvertes. Pourtant, peu après, un deuxième corps, celui d’une femme, est retrouvé. Il s’agit de Natacha, une amie de Vanessa Franck, enquêtrice, laquelle se sent directement concernée. Natacha a disparu depuis quelques années, apparemment retournée en Syrie. La guerre des gangs qui sévit en Suède livrerait-elle une explication ? « La Suède et Stockholm avaient changé (…). Des PDG et des directeurs d’entreprises étaient suivis par des gardes du corps qui les protégeaient eux et leurs familles contre les tentatives d’enlèvement et d’extorsion. » Après Féminicide, Pascal Engman (le nègre de Camilla Läckberg ?) offre Les Veuves, roman dans lequel le lecteur entre de plain-pied, avec nombre de précisions contemporaines. Les certitudes de Vanessa Franck sont ébranlées. « ...Comme elle l’avait déjà compris, les enquêteurs s’étaient aveuglément concentrés sur Rikard Olsson », avant tout parce qu’il était policier. Le lecteur peut se demander comment l’enquêtrice, si perspicace, n’a pas observé de signes de radicalisation chez celle qui se faisait appeler Natacha et qui a habité chez elle – puisque tel est le thème principal de ce roman policier : l’infiltration de l’EI, « le soi-disant État islamique », dans le corps social suédois. Vanessa « avait donné naissance à une fille », Adeline, à Cuba, où elle a résidé une dizaine d’années plus tôt : « Elle qui avait été la jeune fille d’un riche PDG d’Östermalm était tombée amoureuse d’un militaire cubain, avait tout plaqué et s’était installée dans une dictature communiste des Caraïbes, au grand dam de son père. » Elle a vécu ensuite une relation proche avec Nicolas Paredes, ancien des Forces spéciales, baroudeur à présent garde du corps d’un entrepreneur empêtré dans un scandale financier lié à... l’EI ! « ...Il se retrouvait à un carrefour de sa vie, sans projet d’avenir. Il ne savait pas où il voulait vivre ni ce à quoi il allait consacrer le reste de son temps sur terre. (…) Une chose était sûre : comme soldat, la vie aurait été plus simple. » Les différents meurtres qui parsèment ce roman s’imbriquent, les hypothèses convergent. « Certaines femmes du Califat dont les maris avaient été tués s’étaient remariées avec d’autres combattants. D’autres, particulièrement capables et croyantes, avaient été sélectionnées, envoyées dans des camps d’entraînement, puis mélangées au flot de réfugiés qui se dirigeaient vers le nord. » Les Veuves est un roman dense et bien conçu sur un sujet d’actualité. Les rebondissements ne manquent pas, la lecture est rapide.
* Pascal Engman, Les Veuves (Änkorna, 2020), trad. du suédois Catherine Renaud, Nouveau monde, 2025