Un livre qui propose de nombreuses pistes de réflexion, ce n’est pas si courant. « ...Il m’a toujours semblé pathétique, presque comique, de cultiver le genre, l’ethnie, la race... Comme un trait déterminant de votre identité. Comme si on était des adolescents attardés, se cherchant dans des rôles qu’on voudrait pérennes une fois pour toutes. » Dans ce récit écrit directement en français, Hôtes, Merete Stistrup (née en 1952 au Danemark) conte l’arrivée en France, pour des raisons disons sentimentales, d’une femme qui lui ressemble beaucoup, Ella Søndervang. « Être d’origine danoise, c’est faire partie de la bonne immigration », observe-t-elle d’emblée, reconnaissant que les obstacles ont été pour elle moins nombreux que pour d’autres migrants. « J’ai pu me bercer de l’idée que la terre était faite pour tout le monde et même croire que j’étais libre d’aller où je voulais. Si au début je parlais mal la langue, je ne faisais pas partie des sans-voix réduites à ne croiser que des sans-oreilles. » Avec son compagnon, Guillaume, qui travaille pour Interpol, elle s’installe dans une maison des alentours de Lyon, que cernent de grands pins d’Autriche, âgés de cent cinquante ans, la cime culminant à trente mètres de hauteur et classés au patrimoine régional. Les arbres la rassurent, puis l’inquiètent, ils ne sont pas anodins – elle finit par organiser une fête en leur honneur. « Avant de venir ici, je n’attachais pas d’importance au fait d’être une Danoise. À présent, c’est devenu mon trait distinctif, parfois mon attrait principal. Un mot de passe qui m’ouvre des portes. Ou me les ferme. » Elle n’est pas une immigrée comme les autres, elle le sait, elle ne vient pas du sud de la Méditerranée, là où vivent des hommes aux « yeux noirs » qui la regardent parfois fixement et lui font peur. Ce type d’individus se rencontre partout, elle est « excédée par les voitures qui le soir, quand la circulation diminue, ralentissent, avec des hommes seuls au volant te faisant un petit signe de la tête, excédée par un regard insistant et le mec qui te suit dans la rue, excédée par les mains qui traînent dans le métro, par le plouc qui frotte son zozo contre ton manteau comme un chien sur une jambe... » Il faut dire que sa qualité de « Danoise » la désigne, aux yeux de certains mâles, comme une « femme facile ». L’égalité entre les hommes et les femmes qui règne au Danemark est interprété ici comme une permission pour les hommes d’abuser de la gent féminine. Le Danemark, rappelle-t-elle, est un pays qui a plutôt une bonne image, car à la pointe des lois sociales. « Chez moi, les mendiants, c’est l’ancien monde. La protection sociale contre la précarité est prise en charge par l’État, incluse dans la fiscalité et la redistribution de l’argent. C’est le principe de solidarité. Personne n’est laissé sans revenus. » En France, tout paraît assez semblable et cependant, tout est différent. Jouissant d’une bonne situation en France, vivant dans une maison confortable, Hella se sent toujours danoise. Hôtes explique brillamment pourquoi.
* Merete Stistrup, Hôtes, Le Rouergue (La Brune), 2025