Composé de six nouvelles, six longues nouvelles, quel livre remarquable que le dernier paru en français de Jens Christian Grøndahl, Les Jours sont comme l’herbe. La première nouvelle, qui donne son titre à l’ensemble, prend pour cadre la petite ville de Skagen, au nord du Jutland, durant la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands l’occupent et répriment les opposants. Mais tous les Allemands se valent-ils ? (Dommage que les dialogues dans la langue de Goethe, peu longs mais tout de même, ne soient pas traduits, tout le monde est donc censé la comprendre ?) La suivante, Vila Ada, restitue la quête d’un père pour son fils ou, autre lecture, l’arrivée des migrants sur le continent européen, en l’occurrence en Italie. La troisième, Edith Wengler, retrace la biographie d’une comédienne danoise et ses pérégrinations, notamment amoureuses, en Europe. Je suis la mer relate l’enquête, voire la quête, d’un policier pour un homme censé être mort. « On peut toujours trouver une raison, et une autre. Je n’écris pas pour me justifier, mais pour me défaire de toutes les raisons. » Hiverner en été présente une femme qui tente de rester droite, malgré les événements de la vie, malgré son entourage. L’évolution sociale et politique du Danemark est interrogée. « Quand je pense à tout ce qui s’est passé de bien dans ce pays, où je suis née au milieu de la Seconde Guerre mondiale, je vois Mozarts Plads et la rue avec les petits jardins devant un petit immeuble HLM en brique jaune. Je vois Inge et Svend sur l’escalier du jardin qui mène au salon lumineux avec les jolis meubles et l’art de qualité aux murs. Simples et éduqués, modestes et pourtant fiers d’avoir apporté leur contribution, d’avoir répondu aux demandes et d’avoir mis au monde un fils qui était allé bien plus loin que ce qu’il auraient pu rêver. » Adieu parle d’une femme, pasteure au Danemark, qui tombe amoureuse d’un artiste à Berlin. « Derrière chaque artiste, il y a un prof. » Nous pouvons donner le titre de chaque nouvelle car il s’agit à chaque fois d’une œuvre remarquable en soi, qui pourrait faire l’objet d’une publication indépendante en un court volume. Toutes sont minutieusement construites, avec plusieurs niveaux de lecture possibles. Dans plusieurs de ces nouvelles le thème du suicide revient pour le personnage principal. L’incommunicabilité entre les êtres les habite également. Les lecteurs français connaissent Jens Christian Grøndahl depuis longtemps maintenant. Sans tambour ni trompette, l’auteur nous surprend toujours aussi agréablement, proposant des romans ou des récits riches de questionnement, de façon toujours très subtiles. Recommandons chaudement, vraiment, la lecture de ce livre, Les Jours sont comme l’herbe.
* Jens Christian Grøndahl, Les Jours sont comme l’herbe (Dage son græs, 2020), trad. du danois Alain Gnaedig, Gallimard (Du monde entier), 2023