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Le Blues du boxeur

Le blues du boxeur gaia

À la tête, avec un collègue, d’un atelier de carrosserie dans le quartier de Vesterbro, à Copenhague, Frank Thøgersen apprécie son métier, ce qui donne à ce livre, Le Blues du boxeur, des accents de roman prolétarien : « ...Il aimait le contact physique avec les carrosseries, ses mains qui épousaient les formes. Il éprouvait de la satisfaction à poncer jusqu’à la matière métallique pure, à mastiquer et réparer les surfaces pour une peinture toute neuve dans la couleur d’origine. » Ancien champion de boxe, Frank est prêt, si besoin est, à user de ses poings. Son propre père ne lui a-t-il pas donné l’exemple ? Mais voilà que ce dernier est opéré. Frank rencontre l’infirmière chargée de lui procurer des soins à domicile. « Ellen s’efforçait de voir l’humain et non pas sa seule enveloppe corporelle. Pour cette raison, elle se savait bonne infirmière. » Ainsi commence l’action de ce roman, Le Blues du boxeur, signé Michael Engaard (né en 1971, journaliste dans différents quotidiens danois, attaché à l’actualité culturelle, ou encore au Tour de France ou à des combats de boxe). Ceux qui se souviennent des enquêtes de Dan Turèll, auteur de romans policiers très populaire au Danemark et malheureusement plutôt méconnu en France, retrouveront avec grand plaisir le quartier de Vesterbro, à présent en pleine gentrification. « Frank n’avait rien contre. Il n’avait pas de convictions tranchées sur l’organisation de la société, il était juste un peu sceptique à l’égard des visions bobo des nouveaux venus dans le quartier. Pour la grande majorité, ces rénovations urbaines apportaient cependant une nette amélioration. » Et ceux qui avaient apprécié Le Mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti trouveront une similitude avec ce roman, ce décalage entre deux personnages qui ne sont pas appelés à faire connaissance et qui finissent dans les bras l’un de l’autre. « Je veux te revoir seulement si tu arrêtes de te battre », dit Ellen à Frank, lequel risque de boxer de nouveau bientôt, puisqu’il se retrouve à devoir payer les dettes de son père, pour un trafic de cigarettes. Ellen, elle, se dévoue sans compter dans sa pénible profession d’infirmière, et aimerait monter sur les planches dans le plus grand théâtre de la ville. Peut-être pas le chef d’œuvre annoncé, mais Le Blues du boxeur est l’un de ces romans que l’on a plaisir à lire, à conseiller ou à offrir, histoire de partager une vision du monde pleine d’entrain.

 

* Michael Engaard, Le Blues du boxeur (Svœkling, 2017), trad. Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet, Gaïa, 2018