« ...Je ne suis pas une star du rock. (…) Quand les journaux impriment ma photo en une comme un appât, ça sent la mort et ça ne sert qu’à exciter davantage les hyènes », observe Maja/Maria Norberg à l’ouverture de son procès, lorsque avocats, parties civiles et témoins prennent place dans l’enceinte du tribunal. Maja, dix-huit ans, est accusée d’avoir abattu froidement au fusil cinq personnes dans la salle de classe d’un lycée, à Djursholm, dont Sebastian, son petit ami et fils de l’une des plus grosses fortunes de Suède. Durant son procès, elle se remémore sa vie. Malin Persson Giolito (née en 1969 et avocate qui a exercé à Bruxelles, fille de l’ex-policier devenu écrivain G. W. Leif Persson) livre là un roman de procédure plus qu’un roman policier, avec des descriptions de personnages qui abondent de détails « plus vrais que vrais ». En dépit de la gravité du sujet, l’humour n’est jamais absent : « Amanda n’était pas une menteuse, du moins pas seulement ». Donnant à voir le parcours de Maja, Malin Persson Giolito entraîne le lecteur dans le sillage d’une jeunesse huppée, prête à s’entre-dévorer pour dépasser la réussite des parents. Arrêtée sur les lieux du carnage, Maja « réfute » les charges qui pèsent contre elle, plaide son avocat, une pointure du barreau, elle doit être acquittée. En revanche, tout accuse Sebastian, personnage peu sympathique imbu de tous les préjugés de son milieu : « Mis à son part son appartenance à la plus grosse fortune de Suède, tout y est : un garçon blanc avec des problèmes psychiques, les drogues, les difficultés à l’école, les parents séparés et l’habitude des armes. » Sebastian, qui était humilié par son père, le richissime Claes Fagerman, véritable coupable selon Maja, et qui rêvait de se venger. Incarcérée, Maja risque des années de réclusion. « Vous voulez que quelque chose ne tourne pas rond chez moi. Afin d’être sûrs de n’avoir rien en commun avec moi. Vous n’avez pas mes pensées, vous ne feriez jamais ce que j’ai fait, vous ne diriez jamais ce que j’ai dit. » Rien de plus grand est un gros roman, qui se lit presque d’une traite. Si le lecteur plonge dans l’univers de la jeune femme et de ses camarades de lycée, s’il la suit lors de ses escapades de luxe, de très grand luxe avec Sebastian, il ressentira un trouble devant l’inaction de Maja. Pourquoi n’a-t-elle jamais protesté et ne s’est-elle pas séparée de Sebastian ? Sur qui a-t-elle tiré ? Sur Sebastian ? Sur Amanda ? Comprendre, serait-ce excuser ? Au terme de notre lecture (et comme avec L’Enfant qui ne souriait pas, premier roman de l’auteure traduit en français, en 2013), nous avons du mal à voir où Malin Persson Giolito veut emmener le lecteur (une critique de ces ultra-parasites que sont les ultra-riches ?). Quoi qu’il en soit, retenons que mieux vaut ne pas lésiner sur les tarifs de son avocat quand on considère que la liberté est un bien précieux...
* Malin Persson Giolito, Rien de plus grand (Störst av allt, 2016), trad. Laurence Mennerich, Presses de la Cité, 2018