H-I-J

Corps-à-corps (Metropol, 1)

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Ancien champion du monde de boxe, Harry Kvist a monté sa propre agence de recouvrement de dettes, dont il est le seul employé : « détective privé » selon lui, « maître-chanteur » selon la police. Entre deux aventures, féminines ou plutôt masculines, il convainc avec poigne les débiteurs de régler leurs dettes au plus tôt. « Je ne manque pas de travail. Les gens sont démunis et désespérés, c’est là que je montre ma sale gueule et frappe du poing. » Le héros n’est pas d’emblée bien sympathique, après l’agression d’un dandy homosexuel dont il s’est rendu coupable pour lui dérober… un briquet en or. Son boulot, qu’il exerce sans état d’âme, fait de lui une petite frappe, comme le lui balancent les policiers qui le soupçonnent de meurtre : un homme que Kvist venait de rencontrer pour lui demander brutalement de s’acquitter d’une dette, a été retrouvé assassiné. Les soupçons se portent évidemment sur lui. Mais il est relâché et mène l’enquête de son côté, tentant de retrouver une femme qui l’avait accosté. Rien de palpitant dans ce roman, dont l’intérêt principal est de se passer à Stockholm, dans les années 1930. Trois ans de recherches, nous indique la quatrième de couverture, ont été nécessaires à Martin Holmén (né en 1974 et enseignant d’histoire, de suédois et d’histoire de la culture et des idées dans un établissement secondaire à Stockholm) pour tisser sa trilogie. Est-ce beaucoup ou trop peu pour s’imprégner d’une époque ? Les renseignements historiques, culturels, sociaux et, bien sûr, relatifs à l’enquête, sont égrenés au fur et à mesure du récit, les noms des boutiques, par exemples, apparaissent d’une extrémité à l’autre des rues, tout comme ceux des marques d’alors, mais tout semble restitué comme dans un décor hollywoodien. Voyou à la Jean Genet, Harry Kvist ne montre guère de compassion pour les individus qu’il approche, quels qu’ils soient. Seul compte le bénéfice qu’il peut tirer d’eux. Bof, bof !

 

* Martin Holmén, Corps-à-corps (Metropol 1) (Clinch, 2015), trad. Marina Heide, Hugo (Thriller), 2016

 

Les Noces perdues

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Outre que les volumes de Anna Jansson ne sont pas publiés en France dans l’ordre initial de parution en Suède (le premier titre publié ici, L’Inconnu du Nord, plutôt bon, était en réalité le troisième de la série – inégale), la facétie se poursuit avec, pour ce roman qui vient de paraître, Les Noces perdues, un titre indiqué en couverture qui n’est pas celui indiqué en haut de page : Somnambule. L’erreur vient du fait que le titre suédois, Drömmen förde dig vilse, quelque chose comme Le Rêve perdu, a été traduit en anglais par Sleepwalker, qui signifie effectivement Somnambule. Mais alors, pourquoi Les Noces perdues ? On le comprend à la lecture du roman mais le titre original n’est-il pas celui choisi par l’auteur, donc celui auquel l’éditeur doit se tenir ? À notre avis, ce roman a été choisi sur sa version anglaise, puisque ce ne sont pas des choix littéraires qui guident la plupart des éditeurs mais des choix commerciaux, ce qui explique qu’il a d’abord été présenté aux libraires sous ce titre, Somnambule, avant de récupérer plus ou moins son titre d’origine et d’être imprimé avec l’un et l’autre. Bâclons, bâclons, ce n’est que littérature !

Les Noces perdues ? Au sortir d’une soirée à Visby en compagnie de son amie et collègue Erika Lund, l’inspectrice Maria Wern assiste à la violente agression d’un adolescent. Lui venant en aide, elle se fait elle-même tabasser. L’adolescent meurt. Un peu plus tard, c’est une jeune femme qui est retrouvée assassinée, dans une mise en scène macabre, puisqu’elle est habillée en mariée mais décapitée, un bouquet de muguet en main, près des remparts de la ville. La police est dépassée. D’autres meurtres ont lieu. Nous sommes bien à Visby, ville censée (hors saison touristique) être l’une des plus tranquilles du monde. Usant de rebondissements multiples, Anna Jansson tient le lecteur en haleine. Mais est-ce suffisant pour signer un bon livre ?

Anna Jansson, Les noces perdues (Drömmen förde dig vilse, 2010), trad. Carine Bruy, Le Toucan (Noir), 2015

Compte à rebours

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Quel sale personnage, que ce Harry Kvist, au centre des romans dits policiers de Martin Holmén ! Nous le retrouvons en effet dans Compte à rebours, qui fait suite à Corps-à-corps. Et comme toujours, prompt à frapper qui ne lui revient pas, surtout quand les risques sont dérisoires (ce coup de pied aux fesses du nommé Ström, dès le début !). Il sort de prison et se réjouit que le jeune Gusten, son ex-compagnon de cellule, le rejoigne bientôt dans son logement. Mais un meurtre a eu lieu à proximité de chez lui, pendant sa détention, sa blanchisseuse a été retrouvée assassinée. « Je sens comme la vieille femme me manque, avec son sourire édenté et son bon cœur. Elle avait toujours un mot gentil, même pour ses clients un peu particuliers. » Accusé, le fils de celle-ci, donné pour « débile », est incarcéré dans un hôpital psychiatrique. Kvist a fait la promesse à cette femme de ne pas laisser ce fils sans aide. Et comme il est un homme d’honneur… « J’ai mangé des clopinettes dans tous les ports du monde, erré sans but, cogné tout un tas de gus pour du blé, et même fait l’homme-sandwich en attendant ma paye à San Francisco… » Dans Compte à rebours, l’ancien boxeur Harry Kvist endosse ainsi les habits de détective privé (« Un bon souffle et des poings de fer. Le reste va de soi. ») et se lance dans une enquête qui lui permet de décrire le Stockholm des années 1930 avec, comme dans le volume précédent, nombre de précisions. Cet aspect-là du roman peut séduire, plus que l’intrigue (le roi est mis en cause !), évidemment riche en bagarres et en rebondissements : « le retour triomphant de Harry Kvist » ?

 

* Martin Holmén, Compte à rebours (Nere för räkning, 2016), trad. Marina Heide, Hugo (Thriller), 2017