Voilà cinq ans que Vera, la fille du policier Kristoffer Bark, « grand costaud âgé d’une cinquantaine d’années » assez impulsif, a disparu sur les rives du lac Hjälmaren, à Hampetorn, non loin d’Örebro. Âgée de vingt ans, elle allait se marier. Elle avait beaucoup bu pendant la petite fête organisée avec ses amis, dont Matilda, morte, noyée ; quant au corps de Vera, il n’a pas été retrouvé. Kristoffer était « à la recherche d’une explication autre que la plus probable, à savoir qu’elle s’était noyée comme Matilda et que c’était un accident ». L’enquête est officiellement close depuis trois ans mais il ne s’y résout pas, se rendant sur place dès qu’il pense disposer d’un indice nouveau, au risque de passer pour un vieux fou, vouant à sa fille un culte qu’il n’avoue pas autour de lui : « Kristoffer alluma la bougie, fouilla dans sa mallette et en sortit la barrette de Vera. En passant un doigt sur les perles de plastique ternies, il sentit un sanglot contracter son diaphragme. » Deux années plus tard, une autre jeune femme, Camilla, disparaît dans des circonstances similaires. Y aurait-il un rapport ? Kristoffer mène discrètement l’enquête, mais sa hiérarchie le refuse, pas question de « vendetta personnelle », et l’affecte à la section des cold cases, ce qui l’arrange car il pense pouvoir trouver un lien entre ces affaires. Hélas, la « petite troupe d’exilés » dont il prend la tête (Alex, Henrik, Ingrid, Sara, pour le moment absente) est constituée de bras cassés... Le roman démarre enfin et avance à un bon rythme, les pistes sont multiples et ce n’est que tout à la fin que l’une s’affirme. La vie personnelle du policier est troublée, parviendra-t-il à repartir d’un bon pied ? Grâce à sa psy, Mia Berger ? Une suite s’annonce dès les dernières pages. Ancienne infirmière, Anna Jansson (née en 1958 à Visby, sur l’île de Gotland, où se passaient ses premiers titres) a publié de nombreux romans policiers, dont L’Inconnu du Nord, intéressant volume prospectif, et a cosigné la série télévisée Maria Wern, gros succès nunuche.
PS : « 10 millions de lecteurs conquis », indique le bandeau jaune sur la couverture du roman de Anna Jansson, Les Disparues du lac. En quatrième, précisions : « Ses romans, traduits dans plus de vingt langues, se sont écoulés à plus de 10 millions d’exemplaires en Suède et partout dans le monde. » En quoi, ce nombre élevé de lecteurs serait-il un argument de vente ? Tant de mauvais livres ne font-ils pas de gros tirages ? Quant à celui-ci, écrit en suédois (Dotter saknad) et publié initialement en Suède, il est traduit... de l’anglais ! Les traducteur du suédois en français sont-ils aujourd’hui trop peu nombreux ? Ou bien est-ce, plus sûrement, une histoire de droits, parce que ce livre a déjà été publié en français chez un éditeur d’importance moindre que les Presses de la Cité, en 2024, sous le titre La Disparue du lac Hjälmaren (au Canada, Saint-Jean éditeur ; en couverture cette fois-ci : « 600 000 exemplaires vendus en Suède » ! Trois autres titres avec l’inspecteur Bark sont d’ores et déjà disponibles.) Et pas un mot sur la précédente carrière de Anna Jansson comme... écrivaine de polars, pas si mauvais mais oubliés !
* Anna Jansson, Les Disparues du lac (Dotter saknad, 2019), trad. de l’anglais Danielle Charron, Presses de la Cité (Noir), 2026