Tove Alsterdal (née en 1960) a été journaliste, dramaturge et scénariste pour la radio et la télévision. Avec Femmes sur la plage, elle signe un premier roman qui ne prend quasiment pas la Suède pour cadre. Au travers du parcours de trois femmes, notamment une Américaine à la recherche de son mari, journaliste disparu à Paris alors qu’il enquêtait sur le trafic des êtres humains, voici un polar qui place d’emblée Tove Alsterdal parmi les meilleurs auteurs du genre. La politique d’immigration des pays occidentaux et le racisme sous-jacent des mesures visant à la restreindre sont au centre d’une intrigue, hélas ! très crédible. « …Il m’a parlé d’immigrants exploités, de travail forcé, d’esclavage, et du rôle de la mondialisation dans le développement de tout ça. » Remarquons aussi que ce volume ne semble pas être le premier d’une série, comme nous y ont habitué la plupart des auteurs de romans policiers. S’agit-il même d’un roman policier ? Une intrigue existe mais la police en est singulièrement absente. Le journaliste disparu se méfiait d’elle, non sans raison. Un grand livre, presque surprenant dans sa forme.
Le suivant, Dans le silence enterré, se déroule en Suède. Et plus particulièrement à la zone frontalière avec la Finlande, au-dessus du golfe de Botnie, là où les habitants parlent une langue qui leur est propre, le meänkieli. Katrine Hedstrand est journaliste et vit à Londres. Quand sa mère, qui habite Stockholm, est hospitalisée, elle se rend à son chevet et découvre que celle-ci possède une maison près de Haparanda. Une agence immobilière l’a informée qu’un client souhaite l’acheter à un prix exorbitant. Mais qui peut vouloir se porter acquéreur d’une ruine sans intérêt ? Presque malgré elle, Katrine va remonter le passé, faire connaissance de manière posthume avec sa grand-mère, apprendre que de jeunes Suédois et Finlandais ont, dans les années 1930, rejoint volontairement l’URSS : l’utopie communiste, censée donner à chacun du travail, un toit, une famille… avant de briser des destinées. Arrêté par le NKVD, un jeune homme originaire de Suède est condamné pour espionnage : son grand-père, découvre-t-elle. Abattu dans un bois aux portes de Leningrad (Saint-Pétersbourg), comme tant d’autres. « Ce coup de feu, un événement qui avait eu lieu bien avant sa naissance, faisait partie intégrante de son histoire, même si elle ne savait pas encore comment. » À rapprocher du roman de Johan Theorin, Fin d’été, ou de celui de Leif Davidsen, Le Gardien de mon frère. Ou du film germano-norvégien de Georg Maas et Judith Kaufmann, D’une vie à l’autre (2012). Excellent livre, donc, que ce polar de Tove Alsterdal, Dans le silence enterré, avec une intrigue s’appuyant sur un riche travail historico-social. (Regrettons pourtant cet abus du mot « putain » par les traducteurs et ce, à toutes occasions, dans la bouche de tous les personnages, jeunes ou vieux, ruraux ou citadins… ! « Jeunisme », quand tu nous tiens !)
* Femmes sur la plage (Kvinnorna på stranden, 2009), trad. Johanna Brock et Erwan Le Bihan, Actes sud (Actes noirs), 2012
* Dans le silence enterré (I tystnaden begravd, 2012), trad. Johanna Brock et Erwan Le Bihan, Le Rouergue (Rouergue noir), 2015