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L’Étranger

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Dessinateur, peintre, graphiste, sculpteur et aussi auteur, voici quelques-uns des domaines dans lesquels le Suédois Kjell Ringi (1939-2010), a excellé aux États-Unis. Les éditions l’École des loisirs nous proposent aujourd’hui (pour une première publication outre-Atlantique en 1968 !) L’Étranger, un album qui, au vu de l’actualité, ne peut qu’interroger le lecteur, quel que soit son âge et notamment les plus petits. « Il était une fois un roi et son peuple qui vivaient en paix. Un jour arriva un étranger. » Celui-ci (sans rapport avec le roman de Camus) ne se manifeste pas, il n’affiche pas de prétention, ne lance pas de menace. Il n’en est donc que plus inquiétant : « Il répandit un sentiment de malaise dans le pays. » Le roi fait donner l’armée, en vain. Mais « l’étranger » se met à pleurer et à pleurer, jusqu’à ce que le royaume soit submergé par ses larmes. Et finalement, il arrive que d’un prétendu mal naisse un bien, comme nous le prouve avec intelligence ce bel album.

 

* Kjell Ringy, L’Étranger(The Stranger,1968), trad. de l’américain Camille guénot, L’École des loisirs (Kaléidoscope), 2018

Atlas pour aventuriers

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Amateurs, jeunes ou moins jeunes, de cartes du monde, plongez dans ce livre signé Sarah Sheppard (née en 1971), Atlas pour aventuriers. « On peut voyager partout quand on a les bonnes cartes », nous dit l’un des petits personnages bizarres qui parsèment ce bel album. « Tu trouveras sur les cartes de ce livre tout ce qu’il y a d’étrange, de fantastique et de passionnant sur terre », avertit quant à elle l’auteure. Pour commencer, l’or et les pierres précieuses. Place, ensuite, aux « endroits mystérieux », avec un inventaire des êtres censés y vivre, comme le monstre du Storsjön, en Suède, près de la ville d’Östersund. Puis une carte des lieux de piraterie, une autre des « explorateurs et aventuriers », une des « animaux dangereux » (« Il y a très peu d’animaux qui sont dangereux pour l’homme. En vérité, c’est surtout l’homme qui est dangereux pour les animaux ! »), une des océans, des fosses océaniques, des montagnes, des plaques tectoniques… Un livre pour apprendre et pour voyager sans bouger, à lire et à relire.

* Sarah Sheppard, Atlas pour aventuriers(Viktiga kartor, 2013), trad. Alain Gnaedig, L’École des loisirs, 2017

Blaise et Basile

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Plusieurs des livres de Ulf Stark (né en 1944), romancier, scénariste et auteur pour la jeunesse, sont depuis longtemps disponibles ici. Songeons à Tu sais siffler, Johanna ?(illustré par Anna Höglund), Laissez danser les ours blancsou Les Casse-pieds et les fêlés(on trouve également plusieurs de ses albums dans les magasins IKEA). Des livres pleins de sensibilité, d’intelligence, pour les enfants curieux. Blaise et Basileest un petit roman qui s’inscrit dans cette veine. « Blaise et Basile sont très proches depuis toujours. C’est Blaise le plus vieux. Au fond, leur âge, ils s’en moquent ; ils fêtent leurs anniversaires quand ils en ont envie. » Ce n’est pas le plus important. Ce qui les intéresse plus, c’est d’observer ce qui se passe autour d’eux. Et, pour en savoir plus, beaucoup plus, ils décident d’effectuer un long voyage et, à l’occasion, de retrouver leur papa, un aviateur qui peut-être « erre seul dans le désert brûlant ». Voilà un vrai projet. Blaise ne réfléchit pas beaucoup ; Basile, lui, a la tête sur les épaules. L’aventure les amène dans différents endroits, une forêt, la ville, un hôtel, un cirque, et tout les surprend et les incite à reconsidérer ce qu’ils croyaient savoir, mais aussi à regretter ce qu’ils ont laissé derrière eux : « …la maison, les cabinets et la remise à bois ». Heureusement, comme dans une autre histoire célèbre, les étoiles brillent et les guident, « un nouveau jour se lève » et lorsqu’ils poussent la porte de la maison du grand horloger, leur but est enfin atteint.

 

* Ulf Stark, Blaise et Basile(Märklin och Turbin, 2005), trad. Ludivine Verbeke, ill. Ariane Pinel, Bayard (Jeunesse), 2016

L’Île des disparus

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Après la série policière prenant l’archipel de Stockholm pour cadre de maman Viveca, voici la série de maman et de sa fille Camilla. Les lieux restent les mêmes, inutile de trop changer une recette qui marche, mais les personnages et l’intrigue s’adaptent évidemment au nouveau public visé, à savoir les adolescents. Comme Tuva, bientôt treize ans, qui séjourne sur l’une des îles. Tout est bizarre depuis un moment. « Je voyais quelque chose bouger par la fenêtre. J’entendais des bruits à travers les murs de la maison. Ça venait de la mer. Entre le soupir des vagues et leur déferlement sourd. » Inquiétant, non ? Surtout que des habitants disparaissent, enfants et adultes, sans raison apparente. Et notamment Axel, un camarade de classe de Tuva et de son ami Rasmus. Des elfes l’auraient-ils enlevé ? « Les îles ne sont plus que des masses aux contours flous. Les arbres nus, comme dessinés à l’encre de Chine, forment des silhouettes presque invisibles s’étirant dans la nuit. Je frissonne et enfouis les mains dans mes manches, mais le froid ne me lâche pas. » Tuva est-elle vraiment la fille de ses parents ? Est-elle pourvue de branchies parce qu’elle est en réalité un « changelin » ? Les êtres qui vivaient naguère sur ces îles ou aux alentours sont-ils menacés par les activités humaines ? « La mer est devenue si sale, si polluée. Bientôt, aucun être vivant ne pourra y vivre. » Finalement, en dépit de nos réserves initiales, ce premier volume de L’Île des disparusLa Fille de l’eau, parvient à entraîner le lecteur dans un monde onirique (et pourtant bien ancré dans la réalité) bien moins nunuche que les romans de Viveca Sten dont l’action se déploie sur l’île de Sandhamn. Des conseils sont mêmes donnés en fin de volume pour préserver la mer Baltique, « une des mers les plus polluées au monde ».

 

* Camilla & Viveca Sten, L’Île des disparus/1 - La Fille de l’eau(Djupgraven, 2016), trad. Marina Heide, Michel Lafon, 2018

La Petite encyclopédie illustrée des animaux les plus étonnants

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Les amoureux du monde animal et de la nature se réjouiront de la publication de cet album joliment illustré, La Petite encyclopédie illustrée des animaux les plus étonnants, signé Maja Säfström (née en 1987). « J’espère que ce livre vous fera faire de curieuses découvertes et ouvrira plus grands encore vos yeux sur la beauté fascinante du monde animal », écrit l’auteure en préambule. Nombre d’animaux sont présentés sur deux pages, avec, à chaque fois, leurs caractéristiques les plus surprenantes. On apprend ainsi que les chouettes et les hiboux « ont trois paupières : une pour cligner des yeux, une pour dormir et une… pour nettoyer l’œil » ; qu’« une fois devenus adultes, certains papillons ne mangent plus rien… parce qu’ils n’ont pas de bouche. Ils doivent vivre uniquement grâce à l’énergie emmagasinée lorsqu’ils étaient encore des chenilles » ; ou que « les corbeaux peuvent imiter des sons aussi bien que les perroquets »… Un très beau petit livre pour tout savoir sur nos frères et sœurs à plumes, à poils et à écailles… !

* Maja Säfström, La Petite encyclopédie illustrée des animaux les plus étonnants(The illustrated compendium of amazing animal facts, 2016), trad. et adapt. de l’ang. Laurana Serres-Giardi, Rue du monde, 2017

La Petite encyclopédie illustrée des animaux qui vivaient autrefois

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Aux éditions Rue du monde, dont les ouvrages sont plutôt destinés aux jeunes lecteurs, Maja Säfström a publié en 2017 La Petite encyclopédie illustrée des animaux les plus étonnants. Très intéressant. Elle récidive aujourd’hui avec La Petite encyclopédie illustrée des animaux qui vivaient autrefois sur la Terre, ouvrage dans lequel elle recense une cinquantaine d’animaux vraiment étranges qui peuplaient naguère (de moins cinq cents millions d’années à aujourd’hui, ou quasiment) notre belle Terre. Les noms de ces charmantes bébêtes constituent déjà en eux-mêmes un poème : dickinsonia costata, hallucigenia, haikouichthys, opabinia, cameroceras, pteraspis, quetzalcoatlus, oiseau-terreur, etc. Le dunkleosteus terrelli, par exemple, « était un prédateur marin long de 10 mètres, la taille d’un bus. Doté d’une cuirasse épaisse, il ouvrait ses mâchoires extrêmement rapidement, en 1/50ede seconde, pour capturer ses proies : il générait ainsi une puissante succion qui les attirait dans sa bouche. Il avait des plaques osseuses à la place des dents. Son pouvoir de morsure était de loin le plus puissant de tous les poissons. Il mordait aussi fort qu’un tyrannosaure ! » Sympathique, n’est-ce pas ? Et Maja Säfström, architecte par ailleurs, de nous présenter tour à tour des animaux bizarres ou féroces, que nous aurions du mal à imaginer, indiquant le lieu où ils vivaient lorsque les continents étaient encore reliés les uns aux autres. Un prochain volume sera, semble-t-il, consacré aux dinosaures. Ses représentations en noir et blanc sont réalistes et donnent envie d’en savoir plus sur ces êtres vivants qui nous ont précédés sur la planète. « C’est en connaissant tout de cette vie passée que l’on saura mieux protéger l’avenir fragile de la vie sur Terre », rappelle la quatrième de couverture. S’il n’est pas déjà bien tard... !


 

* Maja Säfström, La Petite encyclopédie illustrée des animaux qui vivaient autrefois sur la Terre(Animals of a bygone era an illustrated compendium, 2017), trad. de l’ang. et adap. Laurana Serres-Giardi, Rue du monde, 2018

 

Une Île trop loin

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Heureuse idée qu’ont eue les éditions Thierry Magnier de rééditer en un seul volume les quatre titres (Une Île trop loinL’Étang aux nénupharsLes Profondeurs de la meret Vers le large) que Annika Thor (née en 1950) avait consacrés à deux jeunes filles autrichiennes, Steffi et Nelli. Contraintes de fuir les persécutions nazies, elles se retrouvent en Suède, non loin de Göteborg, sans leurs parents. Séparées, elles sont accueillies chacune dans une famille qui s’efforcera, parfois au prix de grosses difficultés et même d’incompréhensions, à faire oublier les horreurs vécues. Deux ans plus tôt, Steffi, Nelli et leurs parents « formaient encore une famille ordinaire. Une famille qui faisait des excursions, prenait le tramway, allait au cinéma et aux concerts, partait en vacances. Depuis, les nazis ont pris le pouvoir en Autriche et ont fait de leur pays une partie de l’Allemagne. Ce qui avait été leurs droits les plus élémentaires leur est aujourd’hui interdit. À des gens comme eux. Aux Juifs. » Neutre durant la Seconde Guerre mondiale, la Suède, on le sait, offrira un havre pour beaucoup d’enfants juifs et c’est avec sensibilité que Annika Thor conte ce qui est beaucoup plus qu’une petite histoire dans la grande.

Même thème, même période, mais plus à destination des adultes : Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?Dans ce roman, Annika Thor évoque ici la société suédoise entre les années 1938 et 1943. Des intérêts multiples s’affrontent. Pro et anti nazis tentent d’influer sur le cours de la politique du pays. Le Bureau de l’immigration est au centre de bien des attentes de ce livre et ses personnages ne peuvent, eux, demeurer neutres.

 

* Annika Thor, Une Île trop loin(En ö i havetNäckrosdammenHavets djupÖppet hav, 1996-1999, trad. Agneta Ségol, Thierry Magnier, 2012

* Annika Thor, Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?(Om inte nu så när, 2011), trad. Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy, Thierry Magnier, 2012