Heureuse idée qu’ont eue les éditions Thierry Magnier de rééditer en un seul volume les quatre titres (Une Île trop loin, L’Étang aux nénuphars, Les Profondeurs de la mer et Vers le large) que Annika Thor (née en 1950) avait consacrés à deux jeunes filles autrichiennes, Steffi et Nelli. Contraintes de fuir les persécutions nazies, elles se retrouvent en Suède, non loin de Göteborg, sans leurs parents. Séparées, elles sont accueillies chacune dans une famille qui s’efforcera, parfois au prix de grosses difficultés et même d’incompréhensions, à faire oublier les horreurs vécues. Deux ans plus tôt, Steffi, Nelli et leurs parents « formaient encore une famille ordinaire. Une famille qui faisait des excursions, prenait le tramway, allait au cinéma et aux concerts, partait en vacances. Depuis, les nazis ont pris le pouvoir en Autriche et ont fait de leur pays une partie de l’Allemagne. Ce qui avait été leurs droits les plus élémentaires leur est aujourd’hui interdit. À des gens comme eux. Aux Juifs. » Neutre durant la Seconde Guerre mondiale, la Suède, on le sait, offrira un havre pour beaucoup d’enfants juifs et c’est avec sensibilité que Annika Thor conte ce qui est beaucoup plus qu’une petite histoire dans la grande.
Même thème, même période, mais plus à destination des adultes : Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Dans ce roman, Annika Thor évoque ici la société suédoise entre les années 1938 et 1943. Des intérêts multiples s’affrontent. Pro et anti nazis tentent d’influer sur le cours de la politique du pays. Le Bureau de l’immigration est au centre de bien des attentes de ce livre et ses personnages ne peuvent, eux, demeurer neutres.
* Annika Thor, Une Île trop loin (En ö i havet, Näckrosdammen, Havets djup, Öppet hav, 1996-1999, trad. Agneta Ségol, Thierry Magnier, 2012
* Annika Thor, Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? (Om inte nu så när, 2011), trad. Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy, Thierry Magnier, 2012