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Œil pour œil, croc pour croc

Unknown 378

Ben est un peu gros et pense qu’il est moche. Les autres enfants de sa cage d’escalier se moquent de lui, n’hésitant pas à lui jouer de mauvais tours. « Si j’étais plus beau, ils ne me traiteraient pas comme ça. Ils ne verseraient pas de corn-flakes dans notre boîte aux lettres, ils ne mettraient pas de la boue sur la selle de mon vélo et... » Et ils ne l’auraient pas enfermé dans le local à poubelles. Mais voici qu’un chien nommé Jagger Svensson, qui se tient debout et parle comme tout un chacun, vient le délivrer et l’emmène avec lui. Voici que ce chien lui montre comment réagir. Ne plus se laisser faire, se venger avec un minimum de violence et beaucoup d’humour. Les petites vengeances se succèdent – et c’est le thème du roman. Frida Nilsson (née en 1979) avait déjà publié Ma mère est un gorille (et alors ?), roman dans lequel une fillette orpheline est adoptée, à son grand désarroi, d’abord, par une gorille. Dans ce livre-ci, Œil pour œil, croc pour croc, dans lequel l’humour est présent d’un bout à l’autre, ce sont d’autres préjugés qu’elle affronte. Pas de morale, sinon que les gens (les trois mères des enfants harceleurs) qui en prêchent une feraient mieux de se l’appliquer à eux-mêmes, peut-être se montreraient-ils plus cléments. Drôle et intelligent.

 

* Frida Nilsson, Œil pour œil, croc pour croc(Jagger, jagger, 2013), trad. Ludivine Verbeke, Bayard (Jeunesse), 2016

Faux raccord

Faux raccord

Une histoire d’amour comme une autre, voici ce que conte Per Nilsson dans Faux raccord. Comme une autre, mais lorsque cette histoire d’amour vous tombe dessus, elle acquiert une dimension exceptionnelle. Surtout si vous êtes adolescents et que la jeune fille aperçue dans le bus vous renvoie votre coup d’œil. Tout s’emballe, comment réagir ? Le narrateur de ce roman de Pers Nilsson (né en 1954), Faux raccord, est dépassé par l’événement. Confronté à son premier chagrin d’amour, « il a mal. Mal comme quand un rat vous ronge le cœur de ses dents acérés ». Un roman écrit comme un scénario, efficace.

* Per Nilsson, Faux raccord(Hjärtans fröjd, 1992), trad. Agneta Ségol, Thierry Magnier, 2008

Le Gâteau d’anniversaire

Unknown 359

Si les aventures de Pettson et Picpus ne semblent pas rencontrer un franc succès en France, remarquons tout de même que Le Gâteau d’anniversaire, premier volume de la série, est publié ici pour la troisième fois. Ce qui n’est pas si mal. Et l’on sait que le mot succès, lorsqu’il s’applique à un livre, ne signifie que rarement qualité. Alors n’y allons pas par quatre chemins : les albums de Sven Nordqvist (né en 1946) sont de petits bijoux. Félicitons les éditions Plume de carotte pour cette réédition, une belle initiative. On ne peut que souhaiter trouver enfin l’intégrale de la série Pettson et Picpus, avant, qui sait ? celle de Mamma Mu, ainsi que quelques autres titres d’un auteur qui a sa place aux côtés des plus grands noms de la littérature nordique pour la jeunesse, tant il a su créer un monde qui lui est propre : Astrid Lindgren, Selma Lagerlöf, H. C. Andersen, Tove Jansson, etc. Dans Le Gâteau d’anniversaire, nous faisons connaissance avec Pettson : « C’est depuis ce jour que tout le monde est persuadé que Pettson est fou. Et pourtant, tout cela était logique (…). Ce n’est pas très difficile à comprendre. » Il faut dire que la logique de Pettson est parfois déconcertante. Ainsi, le lecteur découvre combien il peut être compliqué pour Pettson de cuisiner un gâteau d’anniversaire (Picpus fête trois fois dans l’année son anniversaire) lorsque tous les éléments paraissent s’être ligués contre lui : plus de farine, les pneus du vélo à plat, les clés de l’appentis inaccessibles, un taureau féroce à réveiller... Heureusement que Picpus est de bonne volonté et n’hésite pas à rendre service. « Non, décidément, Pettson était loin d’être fou ! »

* Sven Nordqvist, Le Gâteau d’anniversaire(Pannkakstårtan, 1985), trad. Paul Paludis, Plume de carotte, 2018

Le Jour où Picpus a disparu

Unknown 367

En Suède, Picpus se nomme Findus : parce que la voisine de Pettson lui a un jour apporté un chat nouveau-né dans un carton de surgelés de cette marque. Petsson, qui n’est pas du genre à se casser la tête pour des vétilles, a ainsi baptisé le chaton, lequel est devenu aussitôt un compagnon irremplaçable. Pour preuve, son émotion lorsqu’il pense que Picpus a disparu ! Quel malheur ! Il se met aussitôt à retourner la maison, embarrassée d’un tas de choses forcément utiles mais allez savoir à quoi... Pendant ce temps, Picpus, lui, se croit poursuivi par un blaireau et s’est réfugié dans une caisse en bois. Les « snarks », ces petits êtres qui peuplent la maison de Pettson, s’activent pour venir au secours du malheureux chaton. Un très bel album, avec toujours chez Sven Nordqvist cette richesse dans les illustrations : il y a ce que l’œil voit immédiatement et il y a tout le reste, ces innombrables détails que le texte ne mentionne pas et qui donnent envie de reprendre encore les aventures de ces deux personnages si attachants.

* Sven Nordqvist, Le Jour où Picpus a disparu(När Findus var liten och försvann, 2001), trad. Paul Paludis, Plume de carotte, 2018