K-L

Finalement, c’était moi la plus heureuse

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Signé Rosa Lagercrantz et illustré par Eva Eriksson, ce petit roman, Finalement, c’était moi la plus heureuse, commence pour le mieux. Dunne, une fillette de CP, est « si heureuse qu’elle pourrait écrire un livre entier sur le bonheur ». Pour ce dernier jour de classe, une fête se prépare à l’école. Son papa viendra – juste son papa car Dunne n’a plus de maman, celle-ci est morte quand Dunne était toute petite. Hélas ! son papa se fait renverser par une auto alors qu’il part travailler à vélo. Dunne est très triste. Mais elle a ses grands-parents, elle a des amies aussi, surtout une, sa meilleure amie. Elle découvre que les événements les plus moches n’empêchent pas d’être heureux. Car il y a un temps pour tout, pourrait-on dire. Le temps d’être heureux, en dépit du malheur. C’est un texte fort, que signe encore une fois Rosa Lagercrantz.

* Rosa Lagercrantz/Eva Eriksson, Finalement, c’était moi la plus heureuse (Sist jag var som lyckligast, 2014), trad. Nils C. Ahl, L’École des loisirs (Mouche), 2016

Tout pour toi

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Faut-il tirer une morale de ce court roman de Rose Lagercrantz, illustré par Eva Eriksson, Tout pour toi ? (qui s’inscrit dans une série, après : Ma Vie heureuseMon Cœur raviet Finalement, c’était moi la plus heureuse, tous illustré par la talentueuse Eva Eriksson). Si oui, c’est qu’il n’est pas inutile de clore le bec aux enfants gâtés. Dunne et Ella Frida, deux excellentes copines, passent leurs vacances estivales sur une île, chez les parents d’Ella Frida. Le papa de Dunne a été renversé par une voiture, il est à l’hôpital. Quand il revient, marchant avec des béquilles, il présente Vera, sa nouvelle compagne. Mais Dunne ne l’entend pas de cette oreille et refuse de lui dire bonjour. « Les enfants, ça peut être difficile, parfois. » C’est le moins que l’on puisse dire, sauf qu’ici, Dunne continue de n’en faire qu’à sa tête, jusqu’à ce que son père lui propose de monter les chevaux islandais de Vera. Bien sûr, on peut dire qu’est proposée ici une façon sereine de résoudre les conflits : tout s’arrange (et tout s’achète), le papa conservera peut-être sa compagne, puisque Dunne, maintenant, ne s’y oppose plus. Mais il y a de quoi méditer !

* Rose Lagercrantz/Eva Eriksson, Tout pour toi(Livet enligt Dunne, 2015), trad. Nils C. Ahl, L’École des loisirs (Mouche), 2017

Pax

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Pax : signée Åsa Larsson et Ingella Korsell et illustrée par Henrik Jonsson, cette série compte aujourd’hui trois volumes en français (un quatrième est annoncé). Située dans la petite ville de Mariefred (à l’ouest de Södertälje), elle relate les aventures de Viggo et d’Alrik, deux frères adolescents placés dans une famille d’accueil, qui vont devoir recourir à la magie pour défendre des savoirs conservés dans une bibliothèque et convoités par divers êtres malfaisants : « À mort la mort ! »

 

* Åsa Larsson et Ingella Korsell, Pax(1/Les Ténèbres avancent, 2/Le Grimm rôde, 3/Le Myling frappe), (Nidstången, 2014 ; Grimmen, 2014 ; Mylingen, 2015), trad. Esther Sermage, ill. Henrik Jonsson, Slalom, 2016-2017

Seule

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Malika part en vacances en Suède avec ses parents. Avion, puis route en 4X4, direction le parc national d’Abisko, en Laponie. Mais soudain, c’est l’accident et le véhicule tombe dans un ravin. Seule survivante, apparemment : Malika, une adolescente. Elle a perdu en partie la mémoire et se retrouve à errer dans une immense forêt, par une température de - 20C°. Comment survivre ? Un lynx menace de l’attaquer, puis un glouton. Heureusement, un Lapon vient à son secours. Seule, de la Française Nathalie Le Gendre (née en 1970 et auteure de plusieurs ouvrages de SF), est un court roman utilisant le cadre somptueux de la Laponie comme décor. « Et puis, il y a sa rencontre avec le Sámi. Comme elle l’envie d’évoluer dans ce monde où elle rêverait de vivre une fois adulte ! La chasse, la nature, les rennes, l’air pur et le grand froid au quotidien ! » Conclusion bien optimiste, alors que Malika doit se faire amputer d’un pied après avoir failli mourir de froid. Mais pourquoi pas ? Un roman pour partir à la découverte de la dernière région sauvage d’Europe.


 

* Nathalie Le Gendre, Seule, Oskar (Polar/Suspense), 2017




 

Tout le monde s’en va

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Bonne idée, qu’ont les éditions Cambourakis, de publier les albums de Eva Lindström (née en 1952). Après Olli et MaJ’aime pas l’eauet Et on est devenus amis, voici Tout le monde s’en va. Illustratrice et réalisatrice de films d’animation pour enfants (Les Amis animaux, 2014), Eva Lindström aime jouer avec les différents angles de vue possibles, permettant aux lecteurs de pénétrer, sans presque s’en rendre compte, dans ses histoires. Un univers propre, coutumier et néanmoins décalé, avec des êtres humains plutôt bizarres. Réalisées à l’aquarelle, à la gouache et aux crayons de couleurs, les illustrations paraissent simples et leur complexité vient progressivement, quand le décor et les personnages s’animent de concert. Dans Tout le monde s’en va, le lecteur découvrira comment combattre la solitude grâce à la confiture de larmes… ! Peu de pages, peu de mots et pas mal déstabilisant, pourtant.

 

* Eva Lindström, Tout le monde s’en va(Alla går iväg, 2015), trad. Aude Pasquier, Cambourakis, 2016

Olli et Ma

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Grâce aux éditions Cambourakis, voici qu’enfin les albums de Eva Lindström sont traduits en français. Plusieurs titres, déjà, dont celui-ci : Olli et Ma, avec un humour particulier, à différents degrés. « Ma démarre la voiture. Elle enfonce l’accélérateur, et ils partent sur les chapeaux de rue. ‘Où sommes-nous ?’ s’écrie-t-elle au bout d’un moment. Olli consulte l’atlas. ‘On va bientôt sortir de la page trois.’ » Toute la gamme des couleurs est ici utilisée pour cet album destiné aux jeunes enfants, mais que les adultes apprécieront également.

* Eva Lindström, Olli et Ma(Olli och Mo, 2012), trad. Aude Pasquier, Cambourakis, 2014

Je suis Fifi

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On connaît beaucoup plus le personnage de Fifi Brindacier, en France, que sa mère, l’écrivaine suédoise Astrid Lindgren (1907-2002). Celle-ci a pourtant signé de magnifiques livres destinés plutôt à la jeunesse, des aventures initiatiques souvent, disponibles en collections de poche (Mio, mon Mio ; Les Frères Cœur-de-Lion ; Ranya, fille de brigand…) Initialement publiées en France, dans les années 1950 et ensuite, dans une version adaptée et tronquée, les aventures de Fifi Brindacier ont heureusement, en 1995, été retraduites intégralement par Alain Gnaedig pour Le Livre de poche. À l’occasion du soixante-dixième anniversaire de leur première publication, elles sont aujourd’hui éditées dans la version illustrée de Ingrid Vang Nyman (1916-1959), telles que les enfants suédois les connaissent. Publiées à partir de la fin des années 1950, aujourd’hui re-colorisées, ces courtes histoires – quatre pages chacune – pleines de malice et d’humour ne sont pas destinées qu’aux enfants. Le trait de Ingrid Vang Nyman est très reconnaissable et séduit aussitôt. Rappelons que Fifi vit seule dans la Villa Drôlederepos (Villa Villekulla), car sa mère est au ciel et son père, lui, navigue dans les mers du sud, où il exerce la profession de Roi des cannibales. Il veille sur sa fille, de loin, en lui fournissant de temps à autre une malle remplie de pièces d’or, que des brigands tentent de dérober. Elle ne va pas à l’école, se couche à l’heure qu’elle veut, a pour compagnons un singe, M. Nilsson, et un cheval, Oncle Alfred, qu’elle est capable de soulever à bout de bras car elle est la fille la plus forte du monde… Elle ne supporte pas que l’on maltraite les animaux (il existe aujourd’hui en Suède une loi de protection des animaux à l’initiative d’Astrid Lindgren)… Et ainsi de suite ! « C’est mieux pour un enfant de mener une vie bien réglée. Surtout quand il peut la régler lui-même. » Ridiculisant sans cesse les adultes (« Fifi ne veut pas grandir ») et notamment ceux qui représentent l’autorité, bourrée d’irrévérence et d’impertinence (ou, à vrai dire, de pertinence), les histoires de Fifi Brindacier sonnent étrangement dans notre monde en proie à l’intolérance et au manque flagrant d’humour. Comme nous avons pu dire « Je suis Charlie » en janvier 2015, affirmons ici avec non moins de force, car le message est au fond assez semblable, « Je suis Fifi » !

Rappelons qu’une nouvelle version de L’Intégrale Fifi Brindacier vient de voir le jour (trad. Alain Gnaedig, Hachette, 2015).

(Pour qui voudrait en savoir plus sur Astrid Lindgren, permettons-nous de suggérer la lecture de notre livre, À propos d’une vieille dame facétieuse nommée Astrid Lindgren, L’Élan, 2014, biographie de l’écrivaine au travers de ses personnages.)

« Si Fifi Brindacier se lassait de vivre, comment s’y prendrait-elle ? En tout cas, elle agirait seule. Elle se paierait une cuite éternelle avec les chevaux et les singes de ce monde, se droguerait jusqu’au point de non-retour. Non, pas Fifi, bien sûr que non. Avec son or, elle achèterait un oiseau bleu à hélices, spécialement conçu pour un voyage vers l’au-delà. Elle nourrirait l’oiseau de crêpes et de sirop de sucre, puis elle s’envolerait en pleine nuit, sans laisser de traces… » (Soffía Bjarnadóttir, J’ai toujours ton cœur avec moi, Zulma, 2015)

Le Jazz de la vie

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Le Jazz de la vie(NOUVEAUTE, SUEDE, JEUNESSE)

 

Enfin un roman pour ado qui ne prend pas ses lecteurs-lectrices pour des nunuches : Le Jazz de la vie. D’origine cubaine par son père, Steffi est une adolescente qui vit à Björke, dans le Värmland, aujourd’hui, avec ses parents, sa sœur aînée et son frère cadet. Plus raisonnable que les enfants de son âge, elle est en butte à ses camarades de classe parce qu’elle est « différente ». Des filles la traitent de « puanteur », de « grosse » ou de « pute » et elle ne se défend pas. « ...La Steffi qu’on traite de moche et d’immonde au collège est une chimère, une invention complètement bidon, un mensonge. » Mais heureusement, elle développe une deuxième vie. Que ses camarades ne soupçonnent d’abord pas. Elle aime la musique et souhaite en faire sa profession, plus tard. Un peu par hasard, elle fait un jour la connaissance d’un vieux bonhomme qui a été musicien de jazz. Alva « p’tit gars » Svensson eut son heure de gloire pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. Il vit aujourd’hui dans une maison de retraite et ne demande rien mieux que d’initier la jeune fille, une vraie « zazoue », aux mystères de cette musique qui swingue et qui a représenté pour beaucoup, alors, une liberté venue d’Outre-Atlantique. Sara Lövestam a décidément beaucoup de cordes à son arc. Après des romans disons classiques (et notamment l’excellent En route vers toi), des policiers (Chacun sa véritéÇa ne coûte rien de demander), elle s’adresse aujourd’hui à la jeunesse. Comme précédemment, ses personnages sont en décalage avec leurs contemporains. Ils cherchent une vérité qui n’appartient qu’à eux et qu’ils doivent défendre face à la bêtise. Comme d’habitude, Sara Lövestam signe un hymne à la tolérance. L’un des grands noms de la littérature suédoise d’aujourd’hui.

 

* Sara Lövestam, Le Jazz de la vie(Hjärta av jazz, 2013), trad. Esther Sermage, Gallimard (Jeunesse), 2018