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De l’autre côté

Unknown 204

Bien que destinés à la jeunesse, a priori, et plus spécifiquement aux adolescents, les livres de Stefan Casta (né en 1949) sont heureusement dépourvus de ce caractère niais qui caractérise, avouons-le, une bonne part des titres ainsi classés. Son dernier roman, De l’autre côté, est tout bonnement un excellent roman qu’enfants et adultes peuvent lire, et non un énième épisode sentimental pour gamins paresseux intellectuellement, comme trop d’éditeurs en proposent. Il est vrai que les auteurs nordiques font rarement la distinction entre littérature adulte et littérature dite pour la jeunesse. « J’ai hâte de voir venir le jour où Jörgen et moi emménagerons et commencerons notre nouvelle vie », se réjouit Elina à l’issue de la visite d’une maison en pleine campagne que son père projette d’acheter. Vanessa, la compagne de Jörgen, qu’elle considérait comme sa mère, est morte récemment dans un accident de voiture. Le père, une sorte de grand gamin aux idées multiples et souvent loufoques, et son adolescente de fille tentent de repartir d’un bon pied. Jörgen a gagné le gros lot d’un jeu à gratter. Ils vont pouvoir s’installer dans cette maison un peu de guingois et pleine de mystères, à proximité du cimetière où Vanessa a été incinérée et d’une forêt peuplée d’oiseaux et au moins d’un renard et, malheureusement, aussi d’un chasseur hargneux. (Il n’est pas interdit de penser, pour ce dernier personnage, au Gustafsson de Sven Nordqvist dans Petsson chasse le renard). « J’espère vraiment qu’il n’arrivera pas à tuer le renard », se dit Elina, se souvenant que cet animal est indirectement la cause de l’accident de voiture dans lequel Vanessa est décédée. Jörgen s’est associé au patron d’une pizzéria et le succès des pizzas au poisson et aux crevettes et des soirées élection de la « Miss Poissone » ne l’empêchent pas d’avoir de nouvelles idées pour gagner de l’argent, comme de monter un élevage de « poules françaises » et de vendre des œufs bio. Dans cette maison, découvre Elina, vivait parfois Aron, un garçon presque de son âge. Ses parents habitaient là mais ils ont disparu de manière incompréhensible, dit-il. Depuis, il erre, ici ou bien dans la forêt, vivant de rapines et faisant la mendicité. Elina se croit d’abord amoureuse de lui avant de le considérer comme son frère. Tout va bien vite pour elle, mais la vie dans cette vieille maison lui convient. « « Je hais cette sale époque à laquelle je vis. Le côté superficiel, le laisser-aller, le stress absurde, la consommation, l’énorme quantité d’ordures, les produits jetables, le plastique qui finit dans les mers, dans les champs, dans notre nourriture. Je sais que je fais partie de cette société et que je ne suis pas meilleure qu’un autre. Mais je commence sérieusement à en avoir marre. » Un roman réaliste et néanmoins poétique, que livre là Stefan Casta, habitué à ce genre de prouesses, lui qui utilise souvent la nature comme décor. Le roman d’une famille recomposée, finalement, aux accents presque fantastiques, aussi, lorsqu’Elina laisse divaguer ses pensées. Le passage d’un monde à un autre, de l’enfance à l’âge adulte. À conseiller avec enthousiasme.

* Stefan Casta, De l’autre côté(På andra sidan Fågelsången, 2015), trad. Agneta Ségol, Thierry Magnier, 2017