Plusieurs fois primée pour son travail graphique, Inga Borg (née en 1925) est depuis longtemps très connue en Suède mais en France, on ne trouvait rien d’elle, si ce n’est deux petits albums parus il y a déjà quelques années, Parral le renne(Flammarion, 1975) et Une Vie de chien à Paris(Grasset, 1992), qui ne nous apprenaient pas grand-chose sur elle ni sur l’importance de son œuvre. L’Étagère du bas, maison d’édition nouvellement créée, entreprend la publication en français de différents titres de cette auteure-illustratrice qui a signé une cinquantaine d’albums. Plupp construit sa maisonse passe au nord de la Suède, comme tous les albums qui mettent en scène ce drôle de petit personnage aux longs cheveux bleus dont la personnalité manque peut-être d’une pincée d’espièglerie – ce qui le démarque d’autres héros pour la jeunesse de la littérature suédoise (pensons, bien sûr, à Pippi Långstrump/Fifi Brindacier ou à Emil de Astrid Lindgren ou à Findus/Picpus de Sven Nordqvist). Le décor est bien sûr, ici, un élément important et les illustrations rendent très bien la beauté de cette région boréale, la Laponie, avec ses lacs, ses montagnes rondes et ses forêts de bouleaux nains. Plupp ne manque pas d’ingéniosité, chacun des problèmes qui se posent à lui est résolu en un rien de temps. Pas tout à fait un tomte, pas tout à fait un petit enfant non plus, il n’a guère besoin des adultes et de leurs règles si pesantes pour s’en sortir. Parmi d’autres, un album plus récent comme Kommer till stan(paru en Suède en 1977), qui se déroule en partie dans un milieu urbain, le prouve. Plupp et les animaux (rennes, hermines, castors, blaireaux, chouettes des neiges, etc.) s’entraident et le succès les récompense. En dépit de la couleur de ses cheveux et de l’écharpe orange qu’il porte (quand il ne l’utilise pas comme voile pour son radeau), mais grâce à sa petite taille, Plupp se fond à merveille dans ce décor, au point que le lecteur ne le distingue pas toujours au premier coup d’œil. Il fait partie de la nature, au même titre que les animaux, les arbres, les rochers ou les cours d’eau parmi lesquels il vit, et en tire des leçons de solidarité : « personne ne dévore personne quand je suis là ». Il s’agit d’une œuvre non seulement humaniste mais aussi profondément écologiste (comme l’était, à son époque et en cela précurseur, Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson, de Selma Lagerlöf). Souhaitons à cet album, dont la narration va plutôt à l’encontre des livres pour la jeunesse publiés en France aujourd’hui, de rencontrer le succès qu’il mérite et bravo à cette maison d’édition originale, L’Étagère du bas, de permettre aux jeunes et aux moins jeunes lecteurs cette rencontre.
* Inga Borg, Plupp construit sa maison(Plupp bygger bo, 1956), trad. Fredrik Monteil, L’Étagère du bas, 2016