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Le Lendemain

John, adolescent qui vient de purger une peine de prison, est de retour chez son père, agriculteur dans une petite commune de Suède. Renfermé, il essaie de reprendre pied, de continuer les cours. Mais on ne l’accepte pas. On ne sait d’abord pas de quel crime il s’est rendu coupable. Ses camarades ont peur de lui, certains le frappent ou tentent de l’humilier. Le Lendemain, du réalisateur Magnus von Horst, est un film qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. La culpabilité, l’innocence, le bien et le mal : autant de valeurs interrogées ici. Filmé tout en nuances, tant dans l’esthétique que dans sa problématique, Le Lendemain est aussi servi par des acteurs qui n’en font jamais trop. Tout sonne juste et qu’importe si la fin est un peu abrupte.

* Magnus von Horn, Le Lendemain, Blaq out (2015)

À la recherche de Ingmar Bergman

Avec ce film, À la recherche de Ingmar Bergman, la réalisatrice Margarethe von Trotta (née en 1942, auteure de Les Années de plomb, Hannah Arendt, L’Honneur perdu de Katharina Blum, etc.) a tenu à rendre hommage au réalisateur suédois dont le centenaire de la naissance a été célébré en 2018. C’est un Bergman qui ne jure que par le cinéma, que l’on rencontre ici, au point qu’il en oublie ses propres enfants. Pas vraiment une surprise. Un Bergman contesté par d’autres cinéastes (on entend ici Ruben Östlund : en gros, il y avait soit Stockholm et Bergman, dit-il, soit Göteborg et Bo Widerberg ou Roy Andersson) et pourtant adulé tant par ses collègues jeunes ou moins jeunes (la Française Mia Hansen-Løve parle des fantômes présents sur l’île de Fårö où il résidait) que par les spectateurs et la critique. Au-delà de la « noirceur » qui lui a été reprochée, c’est de la « vérité » que Bergman a tenté de s’approcher, comme il le déclare lui-même. Constitué d’interviews de diverses personnes qui l’ont connu et d’extraits de ses films, ce documentaire met en avant la grande richesse de son œuvre, nous invitant à la redécouvrir à loisir.

 

* Margarethe von Trotta, À la recherche de Ingmar Bergman (2018), Epicentre Films (2019)

 

Le Libre penseur

Si la démarche du réalisateur Peter Watkins (né en 1935, en Grande-Bretagne) est aussi intéressante que les sujets qu’il traite, ne cachons pas qu’il faut s’armer de courage pour assister à l’un de ses films (La Commune de Paris, Les Gladiateurs, Edvard Munch, etc.). Pour preuve, par exemple, ce portrait de l’écrivain August Strindberg (1849-1912), intitulé Le Libre penseur. Après avoir été l’objet d’une commande du Ministère de la culture suédois, qui l’a ensuite refusée, cette biographie de Strindberg a relevé d’un projet pédagogique étalé sur deux années, en partenariat avec un lycée de Stockholm. Vingt-quatre lycéens ont ainsi participé aux différentes phases de réalisation du film : production, recherche documentaire, costumes, etc. « L’occasion pour Peter Watkins », nous indique la jaquette du DVD, « de faire un pas de plus dans le sens de la déconstruction du rapport hiérarchique entre un cinéaste et ses collaborateurs ». Alternant, au long de son film et sans trop s’en tenir à la chronologie, jeu d’acteur, fausses interviews, photographies et autres plans fixes aux décors minimalistes, Peter Watkins oscille constamment entre fiction et documentaire, reprochant par ailleurs à son sujet d’étude d’avoir agi de même dans ses livres. Dans quelle mesure le roman Le Fils de la servante, par exemple, est-il autobiographique ? Comme si rechercher la part de vérité dans un roman, celui-ci fût-il prétendument autobiographique, n’était pas voué, à un moment ou à un autre, à l’échec. En contant son enfance, l’écrivain la réinvente, ne serait-ce qu’en raison des années passées qui ont altéré ses souvenirs. Un artiste, pensons-nous, ne se juge pas à l’aune de la vérité mais, plutôt, de sa sincérité. Qu’un écrivain veuille leurrer ses lecteurs ne signifie pas qu’il tente de mentir et de les tromper. Simplement, qu’il a pour ambition de les emmener là où il le souhaite et de ne pas les abandonner en chemin. À partir d’une masse considérable de documents divers, Peter Watkins confronte ici passé et présent, plongeant l’écrivain dans son époque et soulignant ce que la période contemporaine (en l’occurrence, la deuxième moitié du XXe siècle) a de commun avec celle de l’auteur ou en quoi elle en diffère. Pourquoi pas ? Et sans doute Strindberg, avec son goût prononcé de la controverse, ne s’en serait-il pas offusqué.

 

* Peter Watkins, Le Libre penseur (Fritänkaren, 1994), Doriane films

Sorti en 1995, La Beauté des choses est le dernier film de Bo Widerberg. S’il prend la ville de Malmö pour cadre, en 1943, il aurait pu se passer ailleurs et à une autre époque, puisqu’il relate avant tout l’histoire d’amour entre Stig, un lycéen, et Viola, sa professeure de lettres. Le sujet n’est pas neuf mais Widerberg le traite à sa façon, c’est-à-dire avec sensibilité, n’hésitant pas à user d’humour lorsque la situation devient trop sombre. Représentant de profession, Frank, le mari de l’enseignante, est alcoolique. Lorsqu’il découvre la liaison, une relation d’amitié entre lui et Stig (joué par le propre fils du cinéaste) se noue, alors que Viola semble perdre la tête.

* Bo Widerberg, La Beauté des choses, 1995, Malavida

Amour 65 est l’un des films des débuts de la carrière de Bo Widerberg (1930-1997). « ...Un film étrange (…), expérimental, plus introspectif que les autres où Widerberg reste, comme toujours, un réalisateur très sensuel. C’est un peu comme une improvisation de jazz... », écrit Marten Blomqvist, journaliste au Dagens Nyheter dans le livret qui accompagne le DVD. Dans le sud de la Suède, à Käseberga, à quelques kilomètres d’Ystad, un réalisateur qui pourrait être Bo Widerberg lui-même tente de trouver l’inspiration. « Je suis incapable de penser au film en ce moment », affirme le personnage principal, préférant jouer au cerf-volant et observer ses proches et les acteurs avec lesquels il travaille. « Amour 65 nous rappelle une époque où les films étaient vraiment pris au sérieux... », explique encore Maren Blomqvist.

 

* Bo Wideberg, Amour 65 (Kärlek 65, 1965), Malavida

L’Homme de Majorque

Adapté d’un roman (La Fête du cochon) de Leif G. W. Persson (ancien policier reconverti dans la littérature), L’Homme de Majorque est un film signé Bo Widerberg (1930-1997). Appelés dans le bureau de poste principal de Stockholm après son braquage, deux policiers (Johansson et Jarnebring) de la brigade des mœurs décident d’enquêter, pas tout à fait officiellement. Ils découvrent que l’auteur du braquage est un vrai pro. Au point, qu’ils se mettent vite à suspecter quelqu’un de la « maison ». Mais ce quelqu’un semble être couvert par le ministre de la Justice. L’affaire, véridique, fit grand bruit en Suède et le film permit au cinéaste de relancer sa carrière. Toujours d’actualité, tant esthétiquement que sur le fond.

Signalons qu’une bonne part de l’excellente filmographie de Widerberg (Ådalen 31, Un Flic sur le toit, Elvira Madigan, Joe Hill, etc.), très grand cinéaste, est aujourd’hui disponible en DVD (Malavida).

* Bo Widerberg, L’Homme de Majorque, Malavida (1984)

Le Chemin du serpent

Quel film, Le Chemin du serpentde Bo Widerberg ! Adapté du roman éponyme de Torgny Lindgren (1982, traduit en français par Elisabeth Backlund et publié chez Actes sud en 1985), le film est fidèle au livre. Dans la Suède du XIXesiècle, quelque part dans la province du Västerbotten, un commerçant exige d’être payé « en nature » lorsque ses clients ne peuvent régler le « crédit » qu’il leur accorde. Dans la famille de Tea, le voici qui réclame d’abord la mère ; puis la fille, Eva ; puis la petite-fille, Tilda. Laquelle deviendra son héritière, par une sorte de justice d’outre-tombe. Quelle saloperie de bonhomme, contre lequel personne n’ose protester, sinon Johan/Jani, sporadiquement, avant de... se plier à l’usage ! Un très beau film, dans de très beaux décors et avec d’excellents acteurs. Bo Wideberg signe là l’une de ses plus grandes réalisations (avec Joe Hillet Ådalen 31).

* Bo Widerberg, Le Chemin du serpent(Ormens väg påhälleberget, 1986), Malavida