Le numéro 674 (juin 2020) de la revue L’Avant-scène cinéma est consacré au film Joe Hill de Bo Widerberg. Sorti en 1971 et articulé autour du militant ouvrier d’origine suédoise Joe Hill, ce film fait partie, pour le cinéaste, d’une trilogie (avec Elvira Madigan, 1967, et Ådalen 31, 1969). Tourné aux États-Unis et en Suède, Joe Hill présente le mouvement des travailleurs précaires qui constitueront le syndicat IWW (Industrial Workers of the World), toujours actif aujourd’hui, et que les autorités réprimeront avec hargne. Né en 1879 à Gävle, Joseph Hillström, dit Joe Hill, sera accusé d’un vol avec assassinat et exécuté en 1915, en dépit de ses déclarations d’innocence. Il a depuis été réhabilité. Woody Guthrie, Bob Dylan, Joan Baez, et en France Fred Alpi, parmi d’autres chanteront ses textes et lui rendront hommage. Homme de gauche, Bo Widerberg trace un portrait nuancé, humain. « J’ai connu Joe par son testament, ses chansons et ses lettres », confiera-t-il à Bernard Cohn de la revue Positif en 1972, interview reproduite ici. Ce numéro de L’Avant-scène est foisonnant et constitue un excellent pendant au film. S’y expriment divers proches et collaborateurs de Widerberg : Jörgen Persson et Peter Davidsson (directeurs de la photographie pendant le tournage), Thommy Berggren (qui joue Joe Hill ainsi que d’autres personnages de la filmographie de Widerberg), le cinéaste Olivier Assayas, etc. L’historien du cinéma Gérard Camy parle, quant à lui, d’« une œuvre humaniste, engagée et lucide », la transposant dans son contexte et rappelant que Widerberg s’opposait à Ingmar Bergman, dont l’évolution « métaphysique » le heurtait. Bergman s’orientait de plus en plus vers un cinéma « vertical » (Dieu au sommet), quand Widerberg tenait à promouvoir un cinéma « horizontal » (hommes et femmes entre eux). En fait, les deux artistes ont été les deux grands cinéastes suédois de la deuxième moitié du XXe siècle, auteurs d’œuvres fort différentes, qui ravissent tous les amateurs de bon cinéma. Camille Sainson s’attarde sur la figure de Joe Hill, « fervent défenseur de l’émancipation de la classe ouvrière devenu martyr, symbole, héros populaire ». Gérard Camy mentionne encore les chansons de Joe Hill et leurs diverses adaptations, sans oublier de citer l’auteur Stephen King, qui baptisa son fils Joseph Hillstrom King – et ce dernier, à son tour écrivain, a pris comme nom de plume... Joe Hill. Enfin, la fiche technique du film permet de suivre le déroulé au plus près. Un tout remarquable. Tirons notre chapeau aux éditions Malavida, qui proposent aujourd’hui dix films de Bo Widerberg (Tom foot est annoncé pour avril 2021), et à L’Avant-scène cinéma de fournir une description aussi en profondeur de cet excellent film, Joe Hill et du personnage qui l’a inspiré.
* L’Avant-scène cinéma n°674, « Joe Hill », 2020