Tales from the loop est une série télévisée originale, qui manie vision prospectiviste de la société et réalité. Le point de départ ? Une idée qui relève de la science-fiction mais qui n’est pas pour autant folle : les scientifiques soviétiques découvrent, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’effet nommé « magnétrine », qui permet de faire circuler des véhicules dans le ciel en utilisant les champs magnétiques terrestres. Le gouvernement suédois décide, lui, en 1954, de construire à proximité de Stockholm, le plus grand accélérateur de particules au monde, à l’instar de ce qui se fera ensuite en Suisse (le CERN). Sur cette lancée, une multitude d’engins voient le jour : « La recherche se concentrait sur la biomécanique, la robotique évolutionnaire et la cybernétique. » Stupéfaction, effroi de la population locale quand des prototypes s’échappent ! La mise hors service du projet date de novembre 1994, ajoute l’auteur, contant l’histoire de ce « passé qui n’a jamais existé ». En deux beaux volumes (Tales from the loop, puis Things from the loop), Simon Stålenhag (né en 1984) rend compte de l’expérience cinématographique – ce nouveau monde vu et restitué par un enfant qui habite sur place. Résultat ? Des ouvrages richement illustrés, photographies et croquis dessinés, qui troublent le lecteur. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui ne l’est pas ? « Les récits que je rapporte ici sont pour la plupart basés sur mes souvenirs et ceux d’autrui... », explique Simon Stålenhag, jouant sur les artifices littéraires, en préambule de Tales from the loop. Entre le livre d’art (photographies détournées, dessins réalistes) et le récit de science-fiction pur et dur, Tales from the loop séduit. Nathaniel Halpern s’est est saisi pour réaliser une série (deux saisons à ce jour), dont les épisodes, prenant ce décor insolite pour cadre, sont plus ou moins indépendants les uns des autres. Un jeu de rôle a été créé. Une œuvre singulière et futuriste, inclassable.
* Simon Stålenhag, Tales from the loop (2014), trad. de l’anglais Sandy Julien, Akileos, 2021