Vilgot Sjöman (né et mort à Stockholm, 1924-2006) est moins connu en France que son compatriote et contemporain Ingmar Begman (1918-2007), auquel il consacrera un documentaire (1963) et pour lequel il jouera dans La Honte (1968). Chef de file de la Nouvelle vague suédoise (avec notamment deux films : Je suis curieuse, édition jaune, 1967, et Je suis curieuse, édition bleue, 1968), le cinéaste relate dans Un Suédois à Hollywood son séjour à Los Angeles en 1956 pour étudier le cinéma à l’université. « Le Suédois est surpris. Il vient d’un pays où l’État autorise une liberté artistique impensable aux États-Unis. » Le jeune homme veut tout savoir, il multiplie les rencontres tant avec des réalisateurs de renom qu’avec les petites mains et autres « travailleurs indépendants » du milieu cinématographique : Robert Ryan, Robert Ardrey, Burt Lancaster, Gabriel York, Bud Cokes, Milton Lewis, Michael Wilson, etc. Posant des questions pertinentes, extrêmement bien renseigné, son livre fourmille d’anecdotes, ou peut-être parfois de ragots, sur les coulisses de la capitale mondiale du septième art, dont les protagonistes suédois sont mentionnés. « Si Anita Eckberg n’avait pas eu un talent inné pour l’autopromotion, son chemin vers la gloire aurait sans doute pris beaucoup plus de temps. » Plus loin, la figure de Irving Thalberg, à la tête de la société Universal, lui donne l’occasion de présenter Victor Sjöström, avec qui Thalberg réalisera Larmes de clown. « À cette époque, Thalberg participe à la création du mythe Garbo, tout en se méfiant de Mauritz Stiller, et assiste au passage du muet au parlant. » Le rôle de la publicité, la présence du sexe à Hollywood, « ville de symboles et de glamour », autant de sujets disséqués ici. Passionnant. Ce livre, souvent critique (cf. par exemple le chapitre « L’attention portée à l’étranger » et sur les divers aspects de la censure aux États-Unis, en particulier avec le maccarthysme), est une œuvre maîtresse, idéale pour comprendre en profondeur les arcanes d’un certain cinéma d’après-guerre, qui accaparait les écrans. Et bien des questions d’aujourd’hui y sont traitées. « Et tandis que je les quitte, lui et sa famille, traversant en voiture tous ces quartiers résidentiels, je sens s’immiscer en moi toute la vacuité de ce décor idyllique, comme une brise glaciale dans un rayon de soleil. »
* Vilgot Sjöman, Un Suédois à Hollywood (I Hollywood, 1961), trad. Jean-Baptiste Bardin, Capricci, 2026