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On n’avait rien à faire ici

1845, Londres. Le jeune Thomas Evans, orphelin écossais de quatorze ans, s’engage comme mousse sur le Terror, navire qui fait partie de l’expédition – qui a vraiment eu lieu – de Sir John Franklin, en direction du Groenland. Le but est de trouver le mythique passage du Nord-Ouest (qu’ouvrira en 1906 l’explorateur norvégien Roal Amundsen). « Comment pourrions-nous échouer ? » interroge le capitaine John Franklin, peu avant le départ, ajoutant : « C’est l’expédition la mieux organisée de toute l’histoire de la Grande-Bretagne. » Mais les difficultés (l’isolement, les températures très basses) ont été sous-évaluées et une bonne partie de l’équipage composé de cent trente-cinq hommes souffre du froid et, pire, du scorbut. Les morts s’accumulent. L’expédition est un fiasco. Quelques années plus tard, d’autres expéditions seront entreprises, pour retrouver les deux navires et comprendre ce qui s’est passé. Sans résultat probant. Ce n’est qu’assez récemment, des traces du passage de l’expédition enfin repérées, qu’un empoisonnement massif à cause des conserves est pronostiqué. L’équipage aurait ainsi sombré dans la folie et certains de ses membres auraient pratiqué l’anthropophagie. À quoi tout cela a-t-il servi ? Autrement dit : On n’avait rien à faire ici. Une très belle bande dessinée de Tomas Olsson (né en 1979), avec des illustrations utilisant toutes les nuances du bleu (plus le blanc et le noir) et des personnages inspirés, pour ce qui est du dessin, des comics américains. Et un narrateur, Thomas Evans, ce mousse qui « n’a jamais atteint ses dix-huit ans », particulièrement bienvenu puisque, de par sa fonction, il peut observer toutes les situations.

 

* Thomas Olsson, On n’avait rien à faire ici (Det är inte meningen att man ska vara här, 2016), trad. Aude Pasquier, L’Agrume, 2017

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