Ce n’est pas forcément ainsi que les lecteurs français se représentent la Suède et plus particulièrement le nord du pays. Luleå : le froid est là, certes, avec la neige qui tombe à gros flocons, mais les immeubles qui servent de décor dans cette bande dessinée rappellent que nous sommes dans la Suède d’aujourd’hui. Ou quasiment. La Suède contemporaine, industrielle jusque dans ses régions au climat le plus rude. Avec Hiver rouge (Den röda vintern, 2014, trad. Fanny Törnberg, Çà et là, 2015), Anneli Furmark signe une histoire réaliste et débordant de mélancolie. Fin des années 1970. Pour la première fois depuis une quarantaine d’année, les sociaux-démocrates ont perdu les élections. Comme ailleurs en Europe, l’extrême-gauche et l’ultra-gauche sont en pleine effervescence. Les maoïstes envoient des militants travailler dans les usines afin d’inciter les salariés à faire la révolution sous leur égide (songeons au roman du Norvégien Per Petterson, Maudit soit le fleuve du temps ; ou, en France, au roman autobiographique de Robert Linhart, L’Établi). Leur principal ennemi n’est pas la droite mais la social-démocratie. Anneli Furmark conte ici la rencontre entre l’un de ces militants, Ulrik, vingt-quatre ans, qui ne jure que par Marx et Mao, et une femme, Siv : elle est proche des quarante ans, a trois enfants et est la femme d’un leader social-démocrate, rival, par ailleurs, à l’usine, d’Ulrik. Histoire d’amour improbable, que Anneli Furmark a la pudeur et le talent de suggérer plus que de dévoiler. Un très bel album d’une auteure (née en 1962) déjà connue ici pour deux ouvrages, Peindre sur le rivage (Actes sud/L’An 2, 2010) et Le Centre de la Terre (Çà et là, 2013).
* Anneli Furmark, Hiver rouge (Den röda vintern, 2014, trad. Fanny Törnberg, Çà et là, 2015)