Christine (Kristina) de Suède (1626-1689) est une reine qui, de par sa personnalité, a suscité bien des écrits. Ce qu’elle était laide ! Lesbienne ? On ne sait pas, on n’a jamais su, mais son allure et son comportement dérangeaient : véritable garçon manqué, elle aimait chasser et ne craignait pas les hommes, qu’elle refusait cependant dans son lit. Michel Marc Bouchard (né en 1958 au Québec) lui avait consacré une pièce de théâtre (Christine, reine-garçon, 2013), aujourd’hui adaptée en bande dessinée par Jean-Luc Cornette (né en 1966) pour le scénario et Flore Balthazar (née en 1981) pour les illustrations : Kristina, la reine-garçon. « J’ai hérité de mon père un peuple de mineurs et de bûcherons, de paysans et de soldats dont le contentement se résume à deux chopes de bière. » On découvre là une jeune femme, reine de Suède, qui doit faire face aux assauts virils de son cousin Karl Gustav, puis se débattre dans une époque peu encline à admettre les femmes libres. Ses enjeux ne sont pas ceux de ses contemporains. « L’illettrisme est la norme. On raille les intellectuels. On se méfie du savoir. (...) Nous avons besoin d’écoles, de bibliothèques, de savants, de poètes. Je veux faire de mon pays le plus sophistiqué du monde. Nous devons accueillir les exilés de la Pensée pour qu’ils nous apportent leurs lumières. » Dans ce but, elle invite des artistes, des philosophes. René Descartes lui rend visite. Mal lui en prend, il mourra terrassé par le froid – ou empoisonné, on ne sait toujours pas trop, dans le palais royal. Kristina ne serait-elle pas mieux à Rome ? Comme le dit l’ambassadeur de France, « notre Église et les États qui la composent ont besoin de votre luminance ». Près de quatre siècles après sa naissance, la figure de Kristina, héraut (héraute ?) de la liberté de conscience, continue d’intriguer et de séduire.
* Jean-Luc Cornette/Flore Balthazar, Kristina, la reine-garçon (d’après la pièce de Michel Marc Bouchard), Futuropolis, 2022