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Le Trésor de Monsieur Isakowitz

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Suédois d’origine juive polonaise, Danny Wattin (né en 1973) relate, dans Le Trésor de Monsieur Isakowitz, le voyage effectué en compagnie de son fils et de son père sur la terre de leurs aïeux. Ainsi est présenté ce roman : comme autobiographique. À en croire l’histoire familiale, le grand-père de l’auteur, vendeur de vêtements, aurait enterré un trésor au pied d’un arbre en Pologne, lors de la Deuxième Guerre mondiale. « …Trois générations d’hommes – moi, mon fils et mon père – effectueraient des recherches sur les origines de notre famille. Ce serait une thérapie. Un voyage sous le signe de la compréhension. » Mais mettre le pied en Pologne ravive bien des craintes pour le père de Danny – grand-père de Léo. Quel confort dans les chambres d’hôtel ? Dormir dans une voiture, en Pologne, n’est-ce pas prendre le risque de « se faire égorger » ? Les Polonais sont-ils tous antisémites ? Danny Wattin profite de ce road trip pour retracer l’histoire des siens. On peut songer au livre de Göran Rosenberg, Une brève halte après Auschwitz. Mais les deux livres diffèrent, en dépit de la gravité de leur propos. Le roman de Danny Wattin se veut en effet plus léger, il convoque régulièrement l’humour pour rappeler l’Histoire : l’histoire familiale qui se mêle à la grande Histoire. Les souffrances des uns et des autres en Pologne, l’arrivée des Allemands, l’exil, pour ceux qui le peuvent. La Suède, terre d’accueil ? Il fait froid dans ce pays et certains réfugiés noircissent exagérément le tableau. « De nombreux Suédois étaient ouvertement nazis. Ils trouvaient Hitler très bien. Et beaucoup de gens faisaient des affaires avec les Allemands. Les autres ne comprenaient rien. » Mais finalement, la neutralité affichée de la Suède profite aux réfugiés. Le Trésor de Monsieur Isakowitz hésite entre divers genres (essai, autobiographie, mais peu roman) et l’alternance de propos durs (à commencer par l’extermination d’un peuple) et de choses bien plus futiles (les flatulences du fils) ne convainc pas. Avec Le Trésor de Monsieur Isakowitz, l’auteur nous semble avoir quelque peu raté son objectif qui était, comme il le consigne à la fin de l’ouvrage, « de raconter l’histoire de (ses) grands-parents et de leurs amis, qui fuirent l’Allemagne pour échapper à la Shoah ». Un livre touchant, certes, mais inachevé, peut-être. Dommage, avec un tel sujet, d’autant que les autres ouvrages de Dany Wattin (non traduits en français) ne semblent pas inintéressants.

 

* Danny Wattin, Le Trésor de Monsieur Isakowitz (Herr Isakowitz skatt, 2014), trad. Laurence Menerich, Presses de la Cité, 2015

Heureux d’avoir survécu

« Beaucoup de gens blâment les Suédois pour leur attitude (de neutralité pendant la Deuxième Guerre mondiale). Mais nous pouvons nous estimer heureux d’avoir survécu. Si la Suède n’avait pas mené cette politique, nous y serions tous passés. Après la guerre, nous avons vu une liste qui nous a confirmé ce que nous avions toujours cru : nous aurions figuré parmi les premiers déportés. » (Danny Wattin, Le Trésor de Monsieur Isakowitz)

Les Amants polyglottes

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Roman assez fou que nous propose Lina Wolff, avec Les Amants polyglottes. Ellinor, la narratrice, conte au lecteur ses aventures sexuelles – ou non, selon affinités. Si elle ne s’étend pas sur les détails, elle présente en revanche les divers candidats, tous, un peu, beaucoup siphonnés. Le ton est rapide, les anecdotes s’accumulent, sans apporter grand-chose au lecteur. Ellinor, « un vrai thon », tombe d’abord amoureuse de Johnny, qui l’initie au combat au corps-à-corps, puis elle fait la connaissance d’un critique littéraire obèse, Calisto Rondas, dont elle s’éprend. Mais, sur un coup de colère, elle brûle le manuscrit qu’il détenait, ce roman justement intitulé Les Amants polyglottes, que Max Lamas, un écrivain qu’il adule, lui avait confié. Max Lamas apparaît alors et explique sa quête des femmes, au centre de son écriture. « - Écrire c’est une chose. Soigner en est une autre. - On peut guérir par la lecture. - À condition de trouver le bon livre… » Max Lamas s’était épris de Mildred Rondas, l’épouse aveugle et au physique superbe de Calisto. Et puis, ça repart avec… un personnage féminin nommé Lucrezia Latini Orsi. Une intrigue vite lassante, un questionnement futile ou pédant, des personnages prétentieux. Quel micmac sans grand intérêt ! « Le problème, c’est que si l’on veut écrire une histoire, il n’y a qu’un seul point de vue neutre, c’est celui de l’homme blanc, hétérosexuel. Pour prendre une image, c’est le seul papier qui ne soit pas coloré par avance. » Ah ? Serait-ce de l’ironie ? Difficile de dire que nous avons été séduit par ce roman, le second de Lina Wolff (née en 1973 et traductrice) et le premier traduit en français, qui se veut « houellebecquien » et peut-être est-ce le cas. Mais ce n’est en rien une qualité en soi, nous semble-t-il, que d’énoncer des platitudes ou des contrevérités et de les enrober dans une sexualité sans attrait, afin de jouir de la reconnaissance surfaite d’un public en mal de soubresauts littéraires… La lecture de ce roman terminée, un seul cri nous vient : ouf !

 

* Lina Wolff, Les Amants polyglottes (De Polyglotta älskarna, 2016), trad. Anna Gibson, Gallimard (Du monde entier, 2018)