« Parfois les journées se succèdent, les années aussi, sans qu’il se produise grand-chose. La vie passe, tout simplement, et l’on flotte avec elle, on est satisfait, assez pour rester. Et puis, soudain, comme ce jour-là, tout semble survenir d’un seul coup. » Douze (plus deux, décédés en bas âge) frères et sœurs et les parents, autrement dit une famille en Tornédalie finlandaise, les Toimi (le patronyme signifie « fonctionnel » !), sont au centre de ce roman de Nina Wähä, Au nom des miens. Ce best-seller, en Suède, de cinq cents pages, est une saga, parfois pas très loin de l’étude anthropologique, qui prend la région de Tornio et le nord de la Finlande pour cadre. « Dans le Norrland, la nature impose le respect, c’est un élément dont on ne peut faire abstraction. » Années 1980. Dans une exploitation agricole, Pentti, le père, se conduit comme un tyran domestique, avant de carrément sombrer dans la folie. Ses enfants ont peur de lui ; Siri, son épouse, a pris son parti de son malheur. Mais un jour, les enfants et leur mère décident de réagir : elle va demander le divorce. « Même pour Siri, il y a des bornes à ne pas dépasser. » Coup dur, pour le père, qui n’a pas l’habitude d’être contredit. Il est évincé, perd ce qui était sa maison, laquelle brûle. Incendie volontaire ? Autrement dit, assassinat ? Quand tout le monde s’en porte mieux, pourquoi pas. « Dieu accomplit enfin une bonne action. Enfin, le Bon Dieu, on s’en fout. Appelons ça... l’univers. C’est l’univers qui essaie d’arranger les choses, pour une fois. » L’émancipation des femmes est au cœur de ce roman : celle de Siri, bien entendu, après une vie de soumission ; celle d’Annie, l’aînée de la fratrie, qui vit à présent à Stockholm et attend un enfant ; de Helmi, qui aimerait profiter de la vie mais que la maladie rattrape ; de Lahja, qui se débarrasse vite fait bien fait de son lourdaud de petit ami. L’émancipation des femmes et aussi celle des hommes, car devant un personnage comme Pentti, tous sont logés à la même enseigne et les problèmes psychiques les frappent. Née à Stockholm en 1979, actrice, chanteuse, Nina Wähä signe un roman déconcertant et séduisant (que l’on pourrait rapprocher, hasard des parutions, au roman intitulé Résine, de Anne Riel, sorti récemment ; ou encore à Comment cuire un ours, de Mikael Niemi). Seule réserve, cette référence à l’astrologie, mentionnée comme une science exacte ! « Le Bélier est un signe de feu... Il y a évidemment de grandes différences d’une personne à l’autre, comme pour tous les signes astrologiques... » Pas de Dieu ici, au pays de Lars Levi Læstadius, mais les astres et les étoiles pour guider la vie. Un détail, cependant, car Au nom des miens est un roman qui fera date, sur une région excentrée de l’Europe, à cheval entre contemporanéité et poids du passé.
* Nina Wähä, Au nom des miens (Testamente, 2019), trad. Anna Postel, Robert Laffont (Pavillons), 2021