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L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis

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Autant la lecture du roman Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire nous avait ennuyé, en dépit de ses rebondissements abracadabrants, autant le film qui avait suivi nous avait paru divertissant. Avec L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis, Jonas Jonasson (né en 1961) récidive (avec, entre les deux, L’Analphabète qui savait compter). Trois personnages principaux cette fois : Dédé le Meurtrier, qui vient de purger trente années de prison, Per Persson, jeune réceptionniste dans un hôtel, et Johanna Kjellander, pasteure défroquée. Per et Johanna s’associent avec Dédé. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, ce dernier passe, sur commande, des individus à tabac, avec une spécialité, il leur brise les membres. Mais un jour Dédé décide de renoncer à « sa trinité habituelle », « la bibine, le bistrot et la bringue », pour la remplacer par Dieu, le Christ et la Bible. La petite affaire si rentable devrait-elle s’arrêter ? Les deux acolytes s’y refusent et vont tout mettre en œuvre pour ramener Dédé l’ex-Meurtrier sur la voie de la raison. Et puisque cela ne semble pas possible, pourquoi ne pas créer un nouveau mouvement religieux : l’Église d’André ! Nous voilà partis pour trois cents pages de gags plus ou moins fins… ! Si l’on ne se creuse pas trop la tête, on sourit, à la lecture de ce roman, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Alors, pourquoi, ou pourquoi pas ? peut se demander le lecteur, excédé ou indulgent.

 

* Jonas Jonasson, L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis (Mördar-Anders och hans vänner (samt en och annan ovän), 2015), trad. Laurence Mennerich, Presses de la Cité, 2016

La Vie est un millefeuille à la vanille

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Anton exerce la digne profession de magicien itinérant. Hélas, à son âge, quarante-cinq ans, il lui est de plus en plus difficile de décrocher des contrats. Même les maisons de retraite préfèrent s’adresser à des « spécialistes » des expériences de mort imminente qui prétendent avoir vu des anges plutôt qu’à lui. Un jour, alors qu’il séjourne dans un hôtel au nord du lac Vättern, il apprend que sa représentation du lendemain est annulée. Il songe à rentrer chez lui, près de Stockholm, mais des événements pour le moins étranges vont se succéder et contrarier ce dessein. Il est vrai qu’Anton est, selon Charlotta, son amour de jeunesse conquise par son rival Sebastian, « un être faible, sarcastique, paresseux » et voué « à une carrière insignifiante ». Tout au moins prétend-elle l’avoir lu dans les lignes de sa main. Ce qui est sûr, c’est que le magicien, « malheureux, solitaire et raté » selon un… revenant, n’a pas de chance. Mille petits malheurs le frappent et il se retrouve à errer dans la forêt de Tiveden, parc national où des elfes sévissent, comme il le remarque vite, et où des sorcières font encore la loi (un peu à l’instar de la série télévisée Jordskott, de Henrik Björn). « Est-ce qu’être attaqué par une martre, s’asseoir sur une fourmilière et manquer de se noyer dans un étang après avoir dévalé une pente raide constituaient des malheurs paranormaux ? » Scénariste, musicien et écrivain, Lars Vasa Johansson (né en 1966) a signé des scripts pour la télévision suédoise. Avec La Vie est un millefeuille à la vanille, il livre un roman drôle, comme plusieurs auteurs suédois en ont signé ces derniers temps (songeons à Karin Brunk Holmqvist, à Jonas Jonasson, à Fredrick Backman, etc.). Dommage que le titre (La Grande fuite de la réalité, en suédois – pourquoi ne pas l’avoir conservé, ou alors opté pour Le Déni du magicien ou quelque chose comme cela, en français ?) soit aussi gnagnan. Que cela ne rebute surtout pas le lecteur.

 

* Lars Vasa Johansson, La Vie est un millefeuille à la vanille (Den stora verklighetsflykten, 2016), trad. Hélène Hervieu, Fleuve, 2017