Un « roman roman », ce nouveau livre de Gunnar Staalesen, 2020. Post festum, ou un « roman policier » ? Difficile à dire, puisqu’il s’inscrit à la suite des trois gros volumes du Roman de Bergen (L’Aube, Le Zénith et Le Crépuscule), mais qu’il met en scène le détective privé Varg Veum, personnage fétiche de l’auteur qui lui a consacré un bon nombre d’autres volumes. Et puis, qu’une enquête policière est menée dès le début du livre, entraînant le lecteur jusqu’aux dernières pages. Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’un véritable plaisir de lecture, tant Staalesen sait allier humour, poésie et suspense. Regrettons peut-être, dans la première partie de l’ouvrage, l’accumulation de personnages et de faits, et de descriptions de Bergen. Il faut s’accrocher. Mais ensuite, les pages se tournent aisément, contant les événements du début du XXIe siècle vus de Bergen : les attentats aux États-Unis le 11 septembre 2001, puis ceux du 21 juillet 2011 à Oslo et sur l’île d’Utøya, enfin la Covid 19 et le confinement. Comme leurs contemporains bien réels, les personnages mis en scène par Staalesen, dont certains présents dans les précédents volumes, sont tous impliqués, de près ou de loin, dans ces catastrophes. « Les Norvégiens privilégiés » ne le sont pas tant que cela ! La Norvège est un pays assez peu peuplé et, de fait, chacun se sent encore plus partie prenante qu’ailleurs. Ainsi, en 2011, « quand les premières informations sur la fusillade d’Utøya furent données (…), la plupart des gens trouvèrent que la situation était complètement irréelle. (…) Était-ce une assez grosse attaque islamiste sur la Norvège, en réaction à la présence du pays en Afghanistan et en Libye ? (…) Un coup d’État fomenté par l’extrême droite était-il en cours, et le cas échéant, la police y participait-elle ? » Le pays est violemment frappé, toutes les hypothèses sont d’abord envisageables et les Norvégiens sont désemparés. L’art de Staalesen est, de nouveau, d’entrelacer de multiples destins individuels et de les lier : destin commun, celui d’une ville, Bergen, d’un pays, la Norvège, et, au-delà, de l’humanité. Ce pays qui a tenté de résister à l’envahisseur nazi en 1940 est aujourd’hui menacé par une extrême droite capable d’afficher différents visages. « ...Je place aussi les islamistes, avec leur vision extrême de la femme, la foi en la charia et le djihad, donc la guerre de religion, à l’extrême droite de notre société », explique une policière à une journaliste. Les soi-disant ennemis se ressemblent, désireux de mettre en place un type de société autoritaire. « Regardez l’épanouissement de mouvements d’extrême droite ces dernières années. En France. En Allemagne. En Hongrie. Chez vous dans le Nord. Même à la Maison Blanche ! Le nazisme n’est pas mort. Il peut frapper de nouveau. » L’extrême droite a le vent en poupe, quelles que soient ses nouvelles appellations : populisme, patriotes, démocrates, rassemblement national... Le changement climatique en cours est également un défi de taille. La démocratie parlementaire à laquelle tiennent les Norvégiens, comme ils ont su le prouver dès leur indépendance (1905), résistera-t-elle ? Ce quatrième tome du Roman de Bergen est une plongée dans l’histoire, une confrontation entre les événements d’hier et ceux d’aujourd’hui. Une œuvre multiple. Passionnant !
* Gunnar Staalesen, Le Roman de Bergen IV, 2020. Post festum (2020. Post festum, 2021), trad. du norvégien Alex Fouillet, Gaïa, 2025