C-D

Fanny et le mystère de la forêt en deuil

Fanny a dix-sept ans, ses parents sont morts dans un accident de voiture. Elle demeure dans la maison qui était la leur, la sienne, elle en a le droit. « ...Elle se sentait toujours très maîtrisée, très équilibrée, malgré ce qui lui faisait mal (…) et quand elle les revoyait, en rêve, (…) c’était alors elle, une vivante, qui hantait les morts... » Elle va au lycée, s’amourache d’un camarade de classe, devine que ses journées passent sans prendre de direction précise. Elle s’interroge – sur elle sur le monde. Noue des contacts, sans suite sauf avec Alm, un pasteur, et Karen, une voisine un peu plus âgée, qui rénove une maison à proximité. Les deux femmes découvrent qu’elles s’entendent bien, elles entament une relation amoureuse. Le ton de ce roman de Rune Christiansen, Fanny et le mystère de la forêt en deuil, n’est pas sans rappeler celui de certains titres de Tarjei Vesaas (non pas forcément Palais de glace, plutôt La Blanchisserie ou Les Ponts). Un être jeune, déboussolé à la suite d’un événement dramatique, qui tente de ne pas se laisser emporter par l’existence. « ...Fanny n’avait pas peur de mourir. Elle avait plutôt peur de ne pas mourir. D’être empêchée de disparaître un jour, de fuir, d’être décomposée – ça, ça lui faisait peur. Être de nouveau abandonnée, voir le navire partir, errer ensuite comme une âme en peine dans son existence vide : c’était le plus affreux. » Subtil, émouvant.

 

* Rune Christiansen, Fanny et le mystère de la forêt en deuil (2017), trad. Céline Roland-Monnier, Noir sur blanc (Notabilia), 2020