À Reykjavík, Hakón et Halldóra tiennent un établissement de fitness, « un palais de glace » qui connaît un grand succès. Plutôt jeunes et beaux tous les deux, attentifs à leur corps, il leur arrive de faire la couverture de magazines people. Du coup, ils ont peu de temps pour s’occuper de leur fille, Verónika, sept ans, qui grandit selon ses propres bons désirs. « Cette enfant a un grain », dit d’elle sa mère. On pourrait, aujourd’hui, trouver ces parents un peu défaillants. Son éducation les préoccupe moins que leur grande maison dont la construction vient de s’achever : trois cents mètres carrés et tout le confort imaginable. « Ma poitrine se faisait douloureuse et une boule se formait dans ma gorge comme un petit cri, dès que je pensais à quel point j’avais manqué d’être jolie », se dit Verónika. Mais aux yeux de ses parents, elle est une fillette magnifique, ils ne lui reprochent que son caractère un peu trop à l’emporte-pièce. « Ils passaient leur temps à faire des messes basses. Dans leur chambre, dans la cuisine, dans la salle de bains. Mais grâce à mes talents d’espionnage et à mon oreille affûtée, j’essayais d’en manquer le moins possible. » À l’école, rien n’est simple et Verónika est régulièrement l’objet de moqueries, dont elle sait se venger. « Je n’avais qu’une envie : arracher ce corps qui me dégoûtait – pourquoi était-il si gros et difforme ? » La Congrégation des magnifiques est un roman qui joue avec l’humour, et notamment l’ironie, à commencer par le titre. Les portraits se succèdent, tous assez drôles et... consternants. Retenons par exemple celui de Bowie, le chien. « J’aurais dû le faire piquer plutôt que de le castrer, grognait Halldóra, la mâchoire serrée, en pulvérisant du produit nettoyant de manière si agressive que j’emportais Bowie dans mes bras et m’enfuyais de la maison avec lui. » Les frasques sexuelles de l’animal affolent les parents, qui s’en remettent aux conseil du vétérinaire. Ou le portrait de l’un ou l’autre parents. Notamment lorsqu’ils se séparent. Pour Halldóra, Hákon devient alors le pire des individus. « Dès qu’elle entendait le nom de Hákon, son cou s’empourprait, elle serrait les mâchoires, incapable de dissimuler la rancune qui brûlait dans ses yeux, même lorsqu’elle tentait d’esquisser un sourire. » Halldóra rouvre seule un hammam, qui connaît le succès. Deuxième partie du roman : Verónika est entrée dans la quarantaine, physiquement, elle ressemble toujours à l’enfant qu’elle était. Elle rencontre un homme, Kiddi, qui ne tarde pas à mourir, de froid dans une congère. Lors de son inhumation, elle fait la connaissance de Prince, doté « d’un quotient intellectuel supérieur à deux cents », à la tête d’une entreprise qui ressemble fort à une secte, et sa vie bascule. « Il y avait quelque chose de différent chez lui, dans sa manière de regarder à travers moi, de me poser les bonnes questions, pour m’entraîner vers des profondeurs que je n’avais encore jamais explorées. » La santé et le bien-être comme objectifs de vie ? « Si ce projet était vraiment une secte, ce serait la congrégation des magnifiques. Des gens qui s’aiment, qui prennent soin d’eux. » La lecture de ce roman terminée, quel sentiment prédomine ? « Élu meilleur livre de l’année par les libraires islandais », indique la jaquette sur la couverture. Nous ne saurions nous ranger à cet avis, quelque peu excessif. Un roman original, certes, un bon divertissement, mais au-delà ?
* Bergthóra Snæbjörnsdóttir, La Congrégation des magnifiques (Duft - Söfnuður fallega folksins, 2023), trad. de l’islandais Hadrien Chalard, Grasset (En lettres d’ancre), 2026