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Au bord de la Sandà

Quelque part en Islande, le narrateur s’installe dans deux caravanes ; l’une pour y vivre et l’autre, pour exercer son art, dans un camping en bordure de la Sandá, la « rivière de sable ». Il passe ses journées à peindre des arbres. Il avait autrefois d’autres sujets d’inspiration, mais aujourd’hui ce sont les diverses essences présentes sur l’île qu’il fixe sur ses toiles. « Je suis terriblement inhibé face aux gens que je ne connais pas », dit-il, et cette vie en solitaire n’est pas pour lui déplaire, lui qui cite en exergue H. D. Thoreau. Car l’aventure, aujourd’hui, n’est plus à l’autre bout du monde mais peut-être à proximité de chez soi. « Nul ne s’intéresse vraisemblablement à un homme qui peint des tableaux et vit seul dans deux caravanes plus ou moins délabrées, qui ne grille jamais de brochettes et ne reçoit pratiquement jamais de visiteurs de la ville... » Au bord de la Sandá, de Gyrðir Elíasson (né en 1961), est un récit tout simple et néanmoins prenant. S’il ne se passe quasiment rien, tant ce célibataire père de deux enfants adultes est concentré sur sa peinture, l’envie de tourner les pages anime le lecteur, ravi d’accompagner le narrateur dans un retour aux sources salutaire.

 

* Gyrðir Elíasson, Au bord de la Sandà (Sandàrbókin, 2007), trad. Catherine Eyjólfsson, La Peuplade (Roman), 2019

Les Excursions de l’écureuil

Dans Les Excursions de l’écureuil, Gyrðir Elíasson met en scène un garçonnet, Sigmar, en compagnie de deux adultes, Ágúst et Björg – ses grands-parents ? Au travers des menus faits de la vie quotidienne dans une maison à la campagne, il invente des histoires. Jusqu’au point de constituer ce livre (en est-il l’auteur ? le narrateur ? le personnage principal ?) en deux parties, la seconde consacrée aux tribulations de divers animaux : un écureuil, un chat angora, un lapin et d’autres. Sigmar laisse libre cours à son imagination. C’est mignon, même lorsqu’il est question de « têtes humaines plantées sur des piques ». Jusqu’au moment où... « Sapristi, j’ai envie de rentrer chez moi. Ceci n’est pas ma place. (…) Pourquoi suis-je venu ici ? » Le rêve doit-il prendre fin – comme tous les rêves ? « Soleils de rêve... »

 

* Gyrðir Elíasson, Les Excursions de l’écureuil (Gangandi íkorni, 1987), trad. Catherine Eyjólfsson, La Peuplade (Roman), 2017

 

La Fenêtre au sud

« On m’a dit et répété que c’était absurde de ne pas me servir d’un ordinateur pour écrire. Mais je suis têtu et ne veux pas céder. L’ordinateur a le même effet sur moi que les appareils photo sur les aborigènes d’Australie : j’ai l’impression qu’il s’empare de mon âme. » La Fenêtre du sud est le quatrième volume de Gyrðir Elíasson (né en 1961) traduit en français (après Entre les arbres, Les Excursions de l’écureuil et Au bord de la Sandá). Jónas, le narrateur, est écrivain, réfugié dans une maison noire près de la mer, que lui prête un ami architecte domicilié en Allemagne. Il n’a pas de téléviseur, ne cherche pas la compagnie de ses contemporains. La solitude ne lui pèse pas, au contraire. « Celui qui est seul est toujours seul, infiniment seul et nulle compagnie ne peut rien y changer. Je suis un type comme ça. » Dans un récit découpé en quatre parties, suivant les quatre saisons, il consigne les menus faits de sa vie quotidienne (rédiger un roman, avec un homme et une femme comme personnages principaux, aller au café de temps à autre, au cimetière, voir la tombe d’un peintre néerlandais, ou tenter de prolonger la vie du ruban encreur de sa machine à écrire), agrémentés de quelques aphorismes. L’ensemble n’est pas désagréable à lire – mais qu’en retenir ? « Je continue pourtant à avancer page après page, jour après jour, dans leur vie insignifiante. »

* Gyrðir Elíasson, La Fenêtre du sud (Suðurglugginn, 2012), trad. Catherine Eyjólfsson, La Peuplade (Roman), 2020