Cinéma

A second chance

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Les films de Suzanne Blier ne laissent pas indifférents, tant ils semblent souvent s’inscrire au plus près de nous. Comment classer A second chance ? Un thriller ? Un drame ? Au Danemark, deux policiers, Simon et Andreas, interviennent au domicile d’un couple de drogués, appelés par des voisins. Ils découvrent un bébé laissé sans soins dans un placard. La femme d’Andreas a accouché récemment, mais l’enfant décède mystérieusement. Elle veut garder l’enfant mort et menace, sinon, de se suicider. Le policier décide d’intervertir les deux enfants. Dès lors, les drames s’enchaînent, contre lesquels il ne peut rien. Comme elle sait si bien le faire, Suzanne Bier (née en 1960) dénoue l’imbroglio. C’est alors à peine crédible et pourtant, le spectateur adhère : il n’y a pas d’autre solution acceptable pour tous que celle envisagée, qui conclut le film. Remarquable.

 

* Suzanne Blier, A second chance (En chance til), Kmbo (2014)

A War

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Bien plus qu’un film sur la guerre, A War, de Tobias Lindholm (né en 1977 et réalisateur, notamment, de Hijacking et de La Chasse et coscénariste de la série télévisée Borgen – excusez du peu  !), est un film sur la justice. De nos jours  : les troupes danoises sont embringuées dans une improbable entreprise de maintien de la paix en Afghanistan. Les risques sont énormes et omniprésents. Une expédition tourne mal, les soldats sont pris pour cibles. Pour sauver ses hommes, le commandant Claus M. Pedersen demande le mitraillage des maisons d’où part le feu ennemi. Des enfants sont tués. Fin de mission. Il est renvoyé au Danemark où il retrouve sa femme, qui s’occupait seule de leurs trois enfants, et doit répondre de ses actes devant un tribunal. Comme si une guerre était jamais exempte de «  dommages collatéraux  » et comme si la responsabilité n’en incombait pas plus aux États qu’à leurs subordonnés…  ! Claus M. Pedersen peut être condamné à quatre années de prison. La fin est plutôt heureuse  ; elle aurait pu être contraire, tant l’arbitraire de la justice n’étonne que ceux qui n’ont jamais eu affaire à elle.

 

* Tobias Lindholm, A War (2015), Studiocanal, 2016

 

R

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Il serait dommage de réduire R de Tobias Lindholm (né en 1977) et Michael Noer (1978) à un film de genre, en l’occurrence un film « de prison », même si ce film se passe effectivement en huis-clos et met en scène essentiellement des détenus (et quelques membres de leur famille) et des surveillants pénitentiaires. R retrace le séjour d’un jeune détenu dans une prison où sont enfermés des hommes fort sympathiques. Souvenez-vous, si vous avez vu Breaking the waves (Lars von Trier, 1996), de ces marins qui assassinent Bess, l’amoureuse prête, par amour, à se prostituer. Imaginez le même type de personnages faisant régner leur loi, celle de la terreur, dans une prison danoise. Comment leur échapper ? R (Rune) s’abstiendra de répondre à cette impossible question, entraînant son ami Rachid avec lui et laissant le spectateur pour le moins désemparé : toutes les prisons sont-elles à cette image ?

 

* Tobias Lindholm & Michael Noer, R (2010), KMBO (2014)

 

La Chambre d’en face

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Michael Noer a déjà produit R (avec Tobias Lindholm) et Northwest. Avec La Chambre d’en face, nous apprend la jaquette du DVD, il entendait consacrer un film à sa grand-mère, partie avant qu’il en ait eu le temps. On peut penser qu’elle aurait été flattée de recevoir un tel cadeau. La Chambre d’en face est un film subtil - en ceci qu’il soulève beaucoup de questions et ne prétend pas répondre à toutes. « La pimpante Madame Alzheimer en pince pour son voisin le fringant Monsieur Parkinson. Ils fileraient le parfait amour s’il n’y avait un os : Monsieur Légume, l’époux impassible de Madame Alzheimer. » Voici le résumé de l’hebdomadaire Les Inrockutibles (février 2016) de ce film jugé, crime des crimes, « politiquement correct ». Politiquement correct ? À voir, car La Chambre d’en face traite de la dégénérescence physique et mentale avec beaucoup d’humour, un humour à froid, et mérite assurément mieux que cette critique stupidement correcte.

 

* Michael Noer, La Chambre d’en face (Nogle hus spejl, 2014), Black out, 2016

 

Walk with me

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Film de guerre, Walk with me ? En partie, peut-être, mais Lisa Ohlin (née en 1960), la réalisatrice, va bien au-delà. Soldat danois engagé en Afghanistan, Thomas perd ses deux jambes dans un attentat dans le sud-ouest du pays. Soigné au Danemark, il est amputé et marchera dorénavant grâce à des prothèses. Plusieurs films relatant l’engagement des troupes danoises en Afghanistan sont sortis ces dernières années : on peut penser à War de Tobias Lindholm ; plusieurs livres, également : songeons à La Première pierre de Carsten Jensen ou à Anne-Cathrine Riebnitzsky avec Les Guerres de Lisa. À l’évidence, le sujet taraude la société danoise. Walk with me retrace le lent et douloureux retour à la vie d’un homme qui se considérait avant tout comme un soldat et qui, jusqu’à la fin du film, poursuit l’idée de retourner combattre en Afghanistan. Sa désillusion n’est pas un échec, comme va le lui montrer Sophie, danseuse classique professionnelle qui perd sa tante d’un cancer dans l’hôpital où Thomas est soigné et qui, s’éprenant de lui, lui permet d’envisager l’avenir. Lisa Ohlin signe là un film remarquable, vif et spontané.

 

* Lisa Ohlin, Walk with me (2016), M6 Video, 2017

La Communauté

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Peut-être n’avons-nous rien compris, mais il nous semble qu’il y a comme une tromperie dans le titre de ce film de Thomas Vinterberg, La Communauté. Le fait que des individus vivent ensemble à un moment donné ne suffit pas pour parler de « communauté ». Une volonté commune doit insuffler à ce groupe humain une cohésion. Rien de tel, ou a minima, dans ce film. Un couple et leur fille adolescente, lui, Erik, professeur de fac, et elle, Anna, présentatrice du journal télévisé, se retrouve propriétaire d’une grande maison à Copenhague. Pour alléger les frais, des amis sont contactés et tous décident de vivre ensemble. Mais du pourquoi de cette aventure, de ses objectifs, nous n’en saurons rien ou quasiment. L’ambiance politique de l’époque (les années 1970), qui explique pourquoi tant de communautés se sont créées en opposition à la société marchande, n’est restituée que par la voix d’Anna, très brièvement, dans ses bulletins d’informations. Le film est axé sur la relation entre Erik et l’une de ses étudiantes, Emma, qui devient sa maîtresse. Anna accepte la situation et Emma est la nouvelle locataire de la maison. Assez vite, les relations se tendent. On se souvient du film du Suédois Lukas Moodysson, Together (2000), caricature de la vie communautaire. Celui-ci, La Communauté, échappe certes aux clichés les plus flagrants, dont Together regorgeait, mais n’est-il pas en même temps complètement hors sujet ?

 

* Thomas Vinterberg, La Communauté (Kollectivitet), Le Pacte, 2015

Melancholia

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Melancholia, de Lars von Trier : quel ennui, à regarder ce film ! Deux parties. La première, consacrée au mariage de Justine, un fiasco. La seconde, à sa sœur, Claire. Il ne se passe rien, sinon des querelles, membres de la famille et invités les uns contre les autres, sous des prétextes futiles, avant de se rabibocher. Doit-on sourire ou non ? Pendant ce temps, un « astre transitoire » appelé Melancholia s’approche de la Terre. Notre planète sera-t-elle heurtée – ce qui signifierait la fin de toute vie humaine ? Cela nous semble artificiel et sans intérêt. Ce n’est pas un film de science-fiction, l’intrigue est bien trop légère, ce n’est pas un film de mœurs, pour la même raison. « Ce film appartient à la catégorie (rare) des classiques instantané » (Libération) ; « Un film magnifique, de ceux dont la vision restera gravée en nous » (Le Monde). Nous n’avons pas dû voir le même film que ces critiques, étonnamment dithyrambiques.

 

* Lars von Trier, Melancholia(Melancholia, 2007), Agnes b./Potemkine (2011)