Cinéma

A second chance

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Les films de Suzanne Blier ne laissent pas indifférents, tant ils semblent souvent s’inscrire au plus près de nous. Comment classer A second chance ? Un thriller ? Un drame ? Au Danemark, deux policiers, Simon et Andreas, interviennent au domicile d’un couple de drogués, appelés par des voisins. Ils découvrent un bébé laissé sans soins dans un placard. La femme d’Andreas a accouché récemment, mais l’enfant décède mystérieusement. Elle veut garder l’enfant mort et menace, sinon, de se suicider. Le policier décide d’intervertir les deux enfants. Dès lors, les drames s’enchaînent, contre lesquels il ne peut rien. Comme elle sait si bien le faire, Suzanne Bier (née en 1960) dénoue l’imbroglio. C’est alors à peine crédible et pourtant, le spectateur adhère : il n’y a pas d’autre solution acceptable pour tous que celle envisagée, qui conclut le film. Remarquable.

 

* Suzanne Blier, A second chance (En chance til), Kmbo (2014)

Dossier 64

Comme les trois précédents épisodes adaptés de la série Département V de Jussi Adler-Olsen, ce film, Dossier 64, voit les trois principaux acteurs réunis – pour une dernière fois : Johanne Louise Schmidt (Louise), Fares Fares (Assad) et Nikolaj Lie Kaas (Karl Mørk). En effet, Adler-Olsen a signé pour six autres titres avec un autre réalisateur. Dommage, car le trio fonctionnait bien. Dossier 64 plonge dans le passé récent du Danemark, quand des lois promouvant l’eugénisme étaient encore en vigueur. L’intrigue tient la route, comme d’habitude, l’enquête est menée à son rythme, rapide lorsqu’elle a lieu aujourd’hui, et plus lente lorsqu’elle s’intéresse à la période de l’après-guerre. Incontestablement, une bonne série.

 

* Christoffer Boe, Dossier 64, 2018

A War

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Bien plus qu’un film sur la guerre, A War, de Tobias Lindholm (né en 1977 et réalisateur, notamment, de Hijacking et de La Chasse et coscénariste de la série télévisée Borgen – excusez du peu  !), est un film sur la justice. De nos jours  : les troupes danoises sont embringuées dans une improbable entreprise de maintien de la paix en Afghanistan. Les risques sont énormes et omniprésents. Une expédition tourne mal, les soldats sont pris pour cibles. Pour sauver ses hommes, le commandant Claus M. Pedersen demande le mitraillage des maisons d’où part le feu ennemi. Des enfants sont tués. Fin de mission. Il est renvoyé au Danemark où il retrouve sa femme, qui s’occupait seule de leurs trois enfants, et doit répondre de ses actes devant un tribunal. Comme si une guerre était jamais exempte de «  dommages collatéraux  » et comme si la responsabilité n’en incombait pas plus aux États qu’à leurs subordonnés…  ! Claus M. Pedersen peut être condamné à quatre années de prison. La fin est plutôt heureuse  ; elle aurait pu être contraire, tant l’arbitraire de la justice n’étonne que ceux qui n’ont jamais eu affaire à elle.

 

* Tobias Lindholm, A War (2015), Studiocanal, 2016

 

R

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Il serait dommage de réduire R de Tobias Lindholm (né en 1977) et Michael Noer (1978) à un film de genre, en l’occurrence un film « de prison », même si ce film se passe effectivement en huis-clos et met en scène essentiellement des détenus (et quelques membres de leur famille) et des surveillants pénitentiaires. R retrace le séjour d’un jeune détenu dans une prison où sont enfermés des hommes fort sympathiques. Souvenez-vous, si vous avez vu Breaking the waves (Lars von Trier, 1996), de ces marins qui assassinent Bess, l’amoureuse prête, par amour, à se prostituer. Imaginez le même type de personnages faisant régner leur loi, celle de la terreur, dans une prison danoise. Comment leur échapper ? R (Rune) s’abstiendra de répondre à cette impossible question, entraînant son ami Rachid avec lui et laissant le spectateur pour le moins désemparé : toutes les prisons sont-elles à cette image ?

 

* Tobias Lindholm & Michael Noer, R (2010), KMBO (2014)

 

What we become

« Tout ce qu’ils racontent aux infos, c’est de la merde ! » Gentiment complotiste, ce film de Bo Mikkelsen (né en 973), What we become, mêle science-fiction et zombies. Dans un quartier de la banlieue de Copenhague, une épidémie de grippe virulente cause plusieurs morts. Les autorités instaurent un périmètre de sécurité, avant d’être débordées. Les morts vivants cherchent des proies.

 

* Bo Mikkelsen, What we become (Sorgenfri), 2015

The Stranger inside

Ce film, The Stranger inside, doit beaucoup à Hitchcock. Jusqu’au décor, au jeu des acteurs, au rythme, aux objets de telle ou telle scène... New York, il y a peu de temps, une célèbre actrice américaine est enlevée, violée, torturée. Sauvée par la police, elle tente de reprendre goût à la vie en vacances sur une île espagnole, où l’emmène son époux. Hélas, ses visions la poursuivent ! Mais... s’agit-il vraiment de visions ? Est-elle folle ou bien, en veut-on à sa vie ?

 

* Adam Neutzsky-Wulff, The Stranger inside (2013)

 

 

La Chambre d’en face

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Michael Noer a déjà produit R (avec Tobias Lindholm) et Northwest. Avec La Chambre d’en face, nous apprend la jaquette du DVD, il entendait consacrer un film à sa grand-mère, partie avant qu’il en ait eu le temps. On peut penser qu’elle aurait été flattée de recevoir un tel cadeau. La Chambre d’en face est un film subtil - en ceci qu’il soulève beaucoup de questions et ne prétend pas répondre à toutes. « La pimpante Madame Alzheimer en pince pour son voisin le fringant Monsieur Parkinson. Ils fileraient le parfait amour s’il n’y avait un os : Monsieur Légume, l’époux impassible de Madame Alzheimer. » Voici le résumé de l’hebdomadaire Les Inrockutibles (février 2016) de ce film jugé, crime des crimes, « politiquement correct ». Politiquement correct ? À voir, car La Chambre d’en face traite de la dégénérescence physique et mentale avec beaucoup d’humour, un humour à froid, et mérite assurément mieux que cette critique stupidement correcte.

 

* Michael Noer, La Chambre d’en face (Nogle hus spejl, 2014), Black out, 2016

 

Walk with me

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Film de guerre, Walk with me ? En partie, peut-être, mais Lisa Ohlin (née en 1960), la réalisatrice, va bien au-delà. Soldat danois engagé en Afghanistan, Thomas perd ses deux jambes dans un attentat dans le sud-ouest du pays. Soigné au Danemark, il est amputé et marchera dorénavant grâce à des prothèses. Plusieurs films relatant l’engagement des troupes danoises en Afghanistan sont sortis ces dernières années : on peut penser à War de Tobias Lindholm ; plusieurs livres, également : songeons à La Première pierre de Carsten Jensen ou à Anne-Cathrine Riebnitzsky avec Les Guerres de Lisa. À l’évidence, le sujet taraude la société danoise. Walk with me retrace le lent et douloureux retour à la vie d’un homme qui se considérait avant tout comme un soldat et qui, jusqu’à la fin du film, poursuit l’idée de retourner combattre en Afghanistan. Sa désillusion n’est pas un échec, comme va le lui montrer Sophie, danseuse classique professionnelle qui perd sa tante d’un cancer dans l’hôpital où Thomas est soigné et qui, s’éprenant de lui, lui permet d’envisager l’avenir. Lisa Ohlin signe là un film remarquable, vif et spontané.

 

* Lisa Ohlin, Walk with me (2016), M6 Video, 2017

Wilbur

Venue du Dogme 95, Lone Scherfig (née en 1959) avait produit Italiensk for begyndere en 2000, un film plein d’humour dans le Danemark d’aujourd’hui. Avec Wilbur, c’est à Glasgow qu’elle entraîne le spectateur. Deux frères gèrent une librairie d’occasion, derrière laquelle se trouve leur appartement. Si Harbour semble avoir la tête sur les épaules, Wilbur enchaîne, lui, les tentatives de suicide. L’arrivée d’Alice, venue vendre des livres qu’elle récupère à l’hôpital, où elle travaille, va bouleverser la vie de l’un et de l’autre. Si tout est plutôt convenu, ce film joliment tourné se laisse voir avec plaisir.

 

* Lone Scherfig, Wilbur, 2003

La Communauté

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Peut-être n’avons-nous rien compris, mais il nous semble qu’il y a comme une tromperie dans le titre de ce film de Thomas Vinterberg, La Communauté. Le fait que des individus vivent ensemble à un moment donné ne suffit pas pour parler de « communauté ». Une volonté commune doit insuffler à ce groupe humain une cohésion. Rien de tel, ou a minima, dans ce film. Un couple et leur fille adolescente, lui, Erik, professeur de fac, et elle, Anna, présentatrice du journal télévisé, se retrouve propriétaire d’une grande maison à Copenhague. Pour alléger les frais, des amis sont contactés et tous décident de vivre ensemble. Mais du pourquoi de cette aventure, de ses objectifs, nous n’en saurons rien ou quasiment. L’ambiance politique de l’époque (les années 1970), qui explique pourquoi tant de communautés se sont créées en opposition à la société marchande, n’est restituée que par la voix d’Anna, très brièvement, dans ses bulletins d’informations. Le film est axé sur la relation entre Erik et l’une de ses étudiantes, Emma, qui devient sa maîtresse. Anna accepte la situation et Emma est la nouvelle locataire de la maison. Assez vite, les relations se tendent. On se souvient du film du Suédois Lukas Moodysson, Together (2000), caricature de la vie communautaire. Celui-ci, La Communauté, échappe certes aux clichés les plus flagrants, dont Together regorgeait, mais n’est-il pas en même temps complètement hors sujet ?

 

* Thomas Vinterberg, La Communauté (Kollectivitet), Le Pacte, 2015

It’s all about love

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Avec It’s all about love, Thomas Vinterberg réalise un film joliment tourné mais... dont l’intrigue est sans intérêt. Une danseuse étoile veut mettre un terme à sa carrière, mais ses imprésarios refusent car sans elle leurs affaires cessent. Son ex-mari survient à temps pour la protéger. Course poursuite à New York, puis dans les forêts enneigées de Pologne, peut-être. Tout cela sur fond de science-fiction (il neige à Paris au mois de juillet ou en Afrique). Quel rapport ? Un film qui ne s’inscrira pas dans les mémoires.

 

* Thomas Vinterberg, It’s all about love (2002)

Melancholia

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Melancholia, de Lars von Trier : quel ennui, à regarder ce film ! Deux parties. La première, consacrée au mariage de Justine, un fiasco. La seconde, à sa sœur, Claire. Il ne se passe rien, sinon des querelles, membres de la famille et invités les uns contre les autres, sous des prétextes futiles, avant de se rabibocher. Doit-on sourire ou non ? Pendant ce temps, un « astre transitoire » appelé Melancholia s’approche de la Terre. Notre planète sera-t-elle heurtée – ce qui signifierait la fin de toute vie humaine ? Cela nous semble artificiel et sans intérêt. Ce n’est pas un film de science-fiction, l’intrigue est bien trop légère, ce n’est pas un film de mœurs, pour la même raison. « Ce film appartient à la catégorie (rare) des classiques instantané » (Libération) ; « Un film magnifique, de ceux dont la vision restera gravée en nous » (Le Monde). Nous n’avons pas dû voir le même film que ces critiques, étonnamment dithyrambiques.

 

* Lars von Trier, Melancholia(Melancholia, 2007), Agnes b./Potemkine (2011)

 

Les Oubliés (Land of mine)

En 1945, après leur défaite, les soldats allemands doivent déminer les plages danoises. Ils ont su les farcir de mines, c’est bien logique qu’ils s’emploient maintenant, au risque de leur vie, à les nettoyer. Mais dans ce film de Martin Zandvliet (né en 1971, éditeur et écrivain), Les Oubliés, ce sont de très jeunes soldats qui sont réquisitionnés. Vraisemblablement (ce n’est pas précisé) des membres des Hitlerjugend, les Jeunesses hitlériennes. Et sous les ordres d’un lieutenant qui hait les Allemands. Un film prenant, intelligent, sur le thème, au-delà de la réparation d’un crime, de la vengeance. Comme le dit le réalisateur (bonus accompagnant le DVD), il ne s’agit pas de commettre un crime pire que celui que l’on veut réparer. Ni oubli, ni pardon, peut-on ajouter.

 

* Martin Zandvliet, Les Oubliés (2015), Bac/Esc