Cinéma

A second chance

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Les films de Suzanne Blier ne laissent pas indifférents, tant ils semblent souvent s’inscrire au plus près de nous. Comment classer A second chance ? Un thriller ? Un drame ? Au Danemark, deux policiers, Simon et Andreas, interviennent au domicile d’un couple de drogués, appelés par des voisins. Ils découvrent un bébé laissé sans soins dans un placard. La femme d’Andreas a accouché récemment, mais l’enfant décède mystérieusement. Elle veut garder l’enfant mort et menace, sinon, de se suicider. Le policier décide d’intervertir les deux enfants. Dès lors, les drames s’enchaînent, contre lesquels il ne peut rien. Comme elle sait si bien le faire, Suzanne Bier (née en 1960) dénoue l’imbroglio. C’est alors à peine crédible et pourtant, le spectateur adhère : il n’y a pas d’autre solution acceptable pour tous que celle envisagée, qui conclut le film. Remarquable.

 

* Suzanne Blier, A second chance (En chance til), Kmbo (2014)

Walk with me

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Film de guerre, Walk with me ? En partie, peut-être, mais Lisa Ohlin (née en 1960), la réalisatrice, va bien au-delà. Soldat danois engagé en Afghanistan, Thomas perd ses deux jambes dans un attentat dans le sud-ouest du pays. Soigné au Danemark, il est amputé et marchera dorénavant grâce à des prothèses. Plusieurs films relatant l’engagement des troupes danoises en Afghanistan sont sortis ces dernières années : on peut penser à War de Tobias Lindholm ; plusieurs livres, également : songeons à La Première pierre de Carsten Jensen ou à Anne-Cathrine Riebnitzsky avec Les Guerres de Lisa. À l’évidence, le sujet taraude la société danoise. Walk with me retrace le lent et douloureux retour à la vie d’un homme qui se considérait avant tout comme un soldat et qui, jusqu’à la fin du film, poursuit l’idée de retourner combattre en Afghanistan. Sa désillusion n’est pas un échec, comme va le lui montrer Sophie, danseuse classique professionnelle qui perd sa tante d’un cancer dans l’hôpital où Thomas est soigné et qui, s’éprenant de lui, lui permet d’envisager l’avenir. Lisa Ohlin signe là un film remarquable, vif et spontané.

 

* Lisa Ohlin, Walk with me (2016), M6 Video, 2017

La Communauté

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Peut-être n’avons-nous rien compris, mais il nous semble qu’il y a comme une tromperie dans le titre de ce film de Thomas Vinterberg, La Communauté. Le fait que des individus vivent ensemble à un moment donné ne suffit pas pour parler de « communauté ». Une volonté commune doit insuffler à ce groupe humain une cohésion. Rien de tel, ou a minima, dans ce film. Un couple et leur fille adolescente, lui, Erik, professeur de fac, et elle, Anna, présentatrice du journal télévisé, se retrouve propriétaire d’une grande maison à Copenhague. Pour alléger les frais, des amis sont contactés et tous décident de vivre ensemble. Mais du pourquoi de cette aventure, de ses objectifs, nous n’en saurons rien ou quasiment. L’ambiance politique de l’époque (les années 1970), qui explique pourquoi tant de communautés se sont créées en opposition à la société marchande, n’est restituée que par la voix d’Anna, très brièvement, dans ses bulletins d’informations. Le film est axé sur la relation entre Erik et l’une de ses étudiantes, Emma, qui devient sa maîtresse. Anna accepte la situation et Emma est la nouvelle locataire de la maison. Assez vite, les relations se tendent. On se souvient du film du Suédois Lukas Moodysson, Together (2000), caricature de la vie communautaire. Celui-ci, La Communauté, échappe certes aux clichés les plus flagrants, dont Together regorgeait, mais n’est-il pas en même temps complètement hors sujet ?

 

* Thomas Vinterberg, La Communauté (Kollectivitet), Le Pacte, 2015