Cinéma

Pettson & Picpus, amis... pour la vie

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On connaissait déjà la version dessin animé des aventures du père Pettson et de son chat Picpus (ou Findus, dans la version suédoise). Voici qu’est proposée la version cinéma d’animation. Les trames de plusieurs volumes apparaissent ici (Pettson piège le renard, Le Gâteau d’anniversaire, etc.). Si nous adorons cette série signée Sven Nordqvist (né en 1946 et considéré par certains comme le plus grand illustrateur suédois depuis John Bauer, avis que nous pouvons faire nôtre), toujours intelligente et drôle, cette adaptation nous laisse sceptique. Même le décor a été retravaillé et la maison peinte au rouge de Falun entourée d’arbres des albums s’est occidentalisée. Peu de détails laissent à présent penser que l’action se passe en Suède. Comme dans nombre de films destinés aux plus jeunes, gags et chansons se succèdent. Tout est bien sympathique, mais ce qui faisait proprement le charme si particuliers des albums de Sven Nordqvist s’étiole. Heureusement qu’il y a ses albums, justement, à lire et à relire et à relire encore (à quand la traduction en français de la série Mamma mu ?).

 

* Ali Samadi Ahadi, Pettson & Picpus, amis... pour la vie (2014), ESC

A Swedish love story

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Premier long métrage de Roy Andersson (né en 1943), En kärleks historia/A Swedish love story, sorti en 1969, est un film qui n’a guère vieilli. Il est vrai que le thème, un premier amour entre deux adolescents, est éternel. Mais la façon de le traiter, surtout, sans intrigue et avec une multitude de personnages, place ce film parmi ceux qui résistent vaillamment aux années. Il est vrai que les paysages suédois rendent bien et que les acteurs n’en font jamais trop ni trop peu. Primé à Berlin, ce film n’a pourtant pas suffit pour que démarre la carrière de Roy Andersson, qui s’est tourné vers la publicité, avant, une trentaine d’années plus tard, de revenir au cinéma avec une trilogie : Chansons du deuxième étage, Nous, les vivants et Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence.

 

* Roy Andersson, A Swedish love story (En kärleks historia, 1969), Agnès B./Potemkine, 2016

 

Les Meilleures intentions

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Réalisé par Bille August, ce film est directement tiré du roman autobiographique et éponyme de Ingmar Bergman. Le cinéaste relate la rencontre entre ses parents, son père qui se destine au métier de pasteur et sa mère à celui d’infirmière. Son père qui vient d’un milieu modeste et sa mère de la bourgeoisie. On peut évidemment songer au roman autobiographique de Strindberg, Le Fils de la servante. Les similitudes sont nombreuses, bien que le milieu mis en scène par l’écrivain soit antérieur à celui du cinéaste. Même religiosité, même rigidité de mœurs... Même tentative de dépasser par l’art un destin apparemment figé de manière précoce. Mais Les Meilleures intentions s’arrête à la naissance d’Ingmar, deuxième enfant du couple. Primé à Cannes en 1992, le film, dans cette version DVD, est accompagné des quatre épisodes du feuilleton également réalisé par Bille August. Le feuilleton dure deux fois plus longtemps (plus de cinq heures) et compte diverses scènes qui ne sont que suggérées dans le film. Le jeu des acteurs conquiert le spectateur dès les premières scènes et l’intrigue, certes inscrite dans une époque précise – les toutes premières décennies du XXe siècle – résonne toujours. Les différences de classe et de culture sont-elles moins insurmontables aujourd’hui qu’hier ? Film réaliste, Les Meilleures intentions est un réel chef-d’œuvre, comparable à Pelle le conquérant du même Bille August.

 

* Bille August, Les Meilleures intentions, 1992, Blaq out (2013)

A Serious game

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Stockholm, début du XXe siècle. Rédacteur au Nationabladet, Arvid rencontre Lydia, la fille d’un peintre qui meurt précocement. Ils s’aiment, mais ils se marient avec quelqu’un d’autre, pour trouver l’aisance financière, puis ont chacun un enfant. Un jour, pendant une représentation à l’opéra, ils se retrouvent, deviennent amants. La situation politique ou culturelle n’est qu’esquissée – si ce n’est que l’amant de la maîtresse est communiste. « Heureux, peut-on jamais l’être ? » Telle est la terrible question existentielle que, de son lit de mort, le père d’Arvid pose à son fils. A Serious game de Pernilla August (née en 1958, ex-épouse de l’écrivain Klas Östergren, puis du réalisateur Bille August, et que l’on retrouve, comme actrice, dans Les Meilleures intentions et dans Star wars) est un film plutôt cul-cul, en dépit du contexte et des belles reconstitutions de la capitale suédoise d’alors, qui ne servent pas à grand-chose ; vers la fin l’intrigue s’accélère un peu, mais n’efface pas l’impression que ce film aurait pu être cent fois plus enthousiasmant – avec un vrai scénario et des répliques autres que « tu m’as manqué » deux fois sur trois.

 

* Pernilla August, A Serious game, 2016 (Condor, 2017)

Fanny Hill

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Difficile de faite plus nanar que ce film de Mac Ahlberg, Le Tour du monde de Fanny Hill. Sorti en 1974, en pleine période de libération sexuelle, ce n’est pas un hasard si Evert Bäckström, le policier véreux de Leif GW Persson, le donne pour « un de ses films d’enfance préférés » (La Véritable histoire du nez de Pinocchio). Il met en scène un homme, soupçonné par sa femme, une « actrice suédoise » de films érotiques, d’être volage. Elle va tout mettre en œuvre pour lui montrer qu’elle aussi est capable de séduire, emmenant le spectateur (et son mari) à Los Angeles ou à Hong-Kong. Croquignolet, si l’on peut dire, d’une drôlerie lourdingue et sans intérêt, même (les années ont méchamment passé) à remettre le film dans le contexte de l’époque.

 

* Mac Ahlberg, Le Tour du monde de Fanny Hill (1974), Bach Films, 2015

Something must break

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Sebastian est un jeune homosexuel d’allure très féminine, qui multiplie les aventures sexuelles à Stockholm, aujourd’hui. Quand, dans un bar, un gars veut lui casser la figure, Andreas intervient et le sauve. Coup de foudre entre eux. Signé Ester Martin Bergsmark (né en 1982, scénariste et documentariste), Something must break est un film à l’esthétique séduisante, ce qui peut expliquer les divers prix qu’il a reçus. Sebastian et Andreas sont filmés sous toutes les coutures, l’homosexualité est traitée librement. Très bien. Mais au-delà ?

 

* Ester Martin Bergsmark, Something must break (Nånting måste gå sönder, 2014), Outplay, 2015

 

Mr Ove

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Depuis que sa femme est morte d’un cancer, Ove, âgé de cinquante-neuf ans et pour le moins psychorigide, n’a plus le moral. « C’est vraiment le chaos, sans toi », lui confie-t-il, au cimetière. En outre, il vient d’être licencié et n’a plus qu’un souhait, se suicider. Mais l’arrivée de nouveaux voisins perturbe la vie de son quartier et le vieux bougon qu’il est trouve mille occasions de rouspéter et, allez, de leur venir en aide, reportant malgré lui son projet à plus tard. Fredrik Backman avait publié Vieux, râleur et suicidaire, La Vie selon Olle (Presses de la Cité, 2014), excellent roman dont ce film de Hannes Holm (né en 1962), Mr Ove, est l’adaptation assez fidèle. Pour conserver espoir, même avec un nœud coulant autour du cou…

 

* Hannes Holm, Mr Ove (En man som heter Ove), 2016 (Paradis films)

Wallenberg

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Sorti en 1985, Wallenberg, film de Larmont Jonhson, nous présente ce haut fonctionnaire suédois. Membre de la célèbre famille de financiers, il agit comme diplomate durant la Deuxième Guerre mondiale. Sous l’égide de la Suède, pays neutre, et de la Croix-rouge, il parvient à sauver plusieurs milliers de Juifs hongrois, au point, depuis, d’être considéré comme un « Juste ». Sa disparition, au lendemain immédiat de l’entrée des troupes soviétiques dans Budapest, n’a jamais été élucidée, bien que l’on sache que Raoul Wallenberg décéda vraisemblablement dans un camp du régime de Staline en janvier 1945. Pour quelle raison ? Ce film, un peu trop hollywoodien, nous trace son portrait en deux épisodes d’une heure et demie chacun.

 

* Lamont Jonhson, Wallenberg (1985)

Les Joies de la famille

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S’il est un film pour toute la famille, pour toutes les familles, traditionnelles, reconstituées, homo ou autres, c’est bien celui-ci, bienheureusement titré Les Joies de la famille. Réalisé par Ella Lemhagen (née en 1965), il raconte l’arrivée d’un jeune garçon de quinze ans dans la vie d’un couple d’hommes homosexuels qui souhaitait adopter un enfant d’un an et demi. Quinze ans au lieu d’un an et demi : l’intrigue tient sur ce quiproquo. Patrick ne peut pas sentir les « pédés », mais difficile pour lui de trouver une famille d’accueil. D’autant que celle-ci ne résiste pas : Göra et Sven se séparent. Que faire de Patrick ? Humour bon enfant, pour ce film qui traite de l’homosexualité et de la parentalité avec légèreté.

 

* Ella Lemhagen, Les Joies de la famille (Patrik 1,5, 2008), Swift

 

 

Dans la forêt

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Ce n’est pas à proprement parler un film suédois mais le Français Gilles Marchand a choisi presque d’un bout à l’autre un décor suédois pour son film, Dans la forêt. Deux enfants, d’environ neuf et douze ans, rejoignent leur père en Suède, où il vit maintenant, pour les vacances d’été. L’ambiance est très tendue. Ils auraient préféré rester à Paris avec leur mère, alors que lui entend les initier à la vie dans la nature. Les images sont belles ; parsemée de lacs et de montagnes, la forêt suédoise est envoûtante. La tension entre les personnages monte progressivement. Le plus jeune enfant croit voir le diable. Son père l’encourage à user de la télépathie pour communiquer avec son aîné. Ce dernier veut rentrer chez sa mère et tient tête à son père, de plus en plus décontenancé. Un film qui n’est pas sans intérêt, notamment pour son décor (et puis pour ce statut bien délicat de père durant la moitié des vacances scolaires…), mais qui aurait pu se passer ailleurs, dans une nature plus ou moins grandiose. On ne voit pas trop non plus ce que le réalisateur entend ici signifier : une mise en perspective de la difficile vie des pères qui n’ont qu’un droit de garde limité avec leurs enfants ? un hymne à la nature boréale ? une histoire ancrée dans le paranormal ? Tout cela, ensemble, ne s’imbrique qu’assez laborieusement.

 

* Gilles Marchand, Dans la forêt, Pyramide vidéo, 2017

Scènes de la vie familiale

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« Comment Bergman met en scène la famille ? De quelle manière est traitée la relation parent-enfant » s’interroge Raphaël Yung Mariano dans l’essai qu’il consacre au cinéaste suédois Ingmar Bergman (1918-2007) : Scènes de la vie familiale. Son approche des films de Bergman, tous « fondé(s) sur la parole », se veut plus psychanalytique qu’esthétique, choix discutable mais l’auteur possède des arguments. Des Fraises sauvages à Fanny et Alexandre, du Septième sceau à Sarabande, il y a effectivement de quoi réfléchir sur le sens que le plus célèbre des réalisateurs suédois a voulu donner à son œuvre. Les liens familiaux, qui en forment l’ossature, ne sont jamais simples. En comprendre la logique peut permettre de mieux saisir leur complexité. « Les scènes de conflit chez Bergman prennent souvent la forme d’un ping-pong verbal où, peu à peu, il y a une libération des non-dits », observe Raphaël Yung Mariano, focalisant son étude sur trois longs métrages : Sonate d’automne (1978), Fanny et Alexandre (1982) et Sarabande (2003). « Bergman a filmé toute sa vie les échecs et les difficultés des rapports humains », souligne-t-il encore. De ce point de vue, le cinéma de Bergman s’inscrit dès sa création, non par sa forme mais par ses thèmes, dans un classicisme garant de son succès.

 

* Raphaël Yung Mariano, Scènes de la vie familiale/Ingmar Bergman (préf. Murielle Gagnebin), L’Harmattan (Eidos/Retina), 2017

Le Caire confidentiel

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Le tournage du film Le Caire confidentiel, du cinéaste Tarik Saleh (né en 1972 et auteur, par ailleurs, d’un graffiti, en banlieue de Stockholm, inscrit au patrimoine culturel), aurait dû avoir lieu en Égypte, mais il s’est finalement déroulé au Maroc. Il est vrai que l’image qu’il donne de la société égyptienne (en janvier 2011, donc juste avant les révolutions dites de jasmin) est plutôt désastreuse. La corruption gangrène le pays et ce, à tous les niveaux, notamment au sein de la police qui ne voit, dans chaque affaire, que l’argent ou les avantages divers qu’il est possible pour elle de gagner. Aussi, lorsque le corps d’une jeune chanteuse est découvert dans la chambre d’un hôtel de luxe du Caire où séjournait un représentant de l’Assemblée nationale, l’inspecteur Noureddine (l’excellent Fares Fares) reçoit vite la consigne de classer l’affaire. En toile de fond, les manifestations quotidiennes pour réclamer plus de liberté et leur violente répression. L’idée de départ de ce film est un meurtre à Dubaï, commandité par un homme politique égyptien proche de l’ancien président Hosni Moubarak. L’enquête est entravée dès le début et seule la persévérance du policier, opposé à toute sa hiérarchie, lui permet d’avancer. Un film réussi, tant pour les questions qu’il soulève que pour son esthétique.

 

 

* Tarik Saleh, Le Caire confidentiel (The Nile Hilton incident), 2017

 

Granny’s dancing on the table

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Alors que beaucoup de films se parodient les uns, les autres, celui-ci, Granny’s dancing on the table, est profondément original. Déjà, parce que les scènes de flashbacks sont tournées en animation, ce qui soulage quelque peu la violence latente des scènes comportant de vrais acteurs – deux acteurs : le père et sa fille. Ils vivent dans une maison isolée, en pleine forêt suédoise. Lui, on ne sait pas trop ce qu’il fait de ses journées, sinon qu’il lit beaucoup et réfléchit. Et qu’il voit le monde extérieur comme une véritable menace. Elle, Eini, est adolescente. Elle ne rencontre personne, parle à peine et supporte comme elle le peut cette solitude imposée. Dans l’entretien en bonus à la version DVD de ce film sorti grâce à un financement participatif, Hanna Sköld (née en 1977) affirme avoir voulu faire un long-métrage sur la violence : quand des coups sont donnés, comme ici en famille et de façon presque héréditaire, ou quand le silence semble être la seule réponse possible. Un très beau film, esthétiquement et sur le fond, intelligent et dérangeant.

 

* Hanna Sköld, Granny’s dancing on the table, 2015 (Tamasa)

Le Lendemain

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John, adolescent qui vient de purger une peine de prison, est de retour chez son père, agriculteur dans une petite commune de Suède. Renfermé, il essaie de reprendre pied, de continuer les cours. Mais on ne l’accepte pas. On ne sait d’abord pas de quel crime il s’est rendu coupable. Ses camarades ont peur de lui, certains le frappent ou tentent de l’humilier. Le Lendemain, du réalisateur Magnus von Horst, est un film qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. La culpabilité, l’innocence, le bien et le mal : autant de valeurs interrogées ici. Filmé tout en nuances, tant dans l’esthétique que dans sa problématique, Le Lendemain est aussi servi par des acteurs qui n’en font jamais trop. Tout sonne juste et qu’importe si la fin est un peu abrupte.

 

* Magnus von Horn, Le Lendemain, Blaq out (2015)

Le Libre penseur

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Si la démarche du réalisateur Peter Watkins (né en 1935, en Grande-Bretagne) est aussi intéressante que les sujets qu’il traite, ne cachons pas qu’il faut s’armer de courage pour assister à l’un de ses films (La Commune de Paris, Les Gladiateurs, Edvard Munch, etc.). Pour preuve, par exemple, ce portrait de l’écrivain August Strindberg (1849-1912), intitulé Le Libre penseur. Après avoir été l’objet d’une commande du Ministère de la culture suédois, qui l’a ensuite refusée, cette biographie de Strindberg a relevé d’un projet pédagogique étalé sur deux années, en partenariat avec un lycée de Stockholm. Vingt-quatre lycéens ont ainsi participé aux différentes phases de réalisation du film : production, recherche documentaire, costumes, etc. « L’occasion pour Peter Watkins », nous indique la jaquette du DVD, « de faire un pas de plus dans le sens de la déconstruction du rapport hiérarchique entre un cinéaste et ses collaborateurs ». Alternant, au long de son film et sans trop s’en tenir à la chronologie, jeu d’acteur, fausses interviews, photographies et autres plans fixes aux décors minimalistes, Peter Watkins oscille constamment entre fiction et documentaire, reprochant par ailleurs à son sujet d’étude d’avoir agi de même dans ses livres. Dans quelle mesure le roman Le Fils de la servante, par exemple, est-il autobiographique ? Comme si rechercher la part de vérité dans un roman, celui-ci fût-il prétendument autobiographique, n’était pas voué, à un moment ou à un autre, à l’échec. En contant son enfance, l’écrivain la réinvente, ne serait-ce qu’en raison des années passées qui ont altéré ses souvenirs. Un artiste, pensons-nous, ne se juge pas à l’aune de la vérité mais, plutôt, de sa sincérité. Qu’un écrivain veuille leurrer ses lecteurs ne signifie pas qu’il tente de mentir et de les tromper. Simplement, qu’il a pour ambition de les emmener là où il le souhaite et de ne pas les abandonner en chemin. À partir d’une masse considérable de documents divers, Peter Watkins confronte ici passé et présent, plongeant l’écrivain dans son époque et soulignant ce que la période contemporaine (en l’occurrence, la deuxième moitié du XXe siècle) a de commun avec celle de l’auteur ou en quoi elle en diffère. Pourquoi pas ? Et sans doute Strindberg, avec son goût prononcé de la controverse, ne s’en serait-il pas offusqué.

 

* Peter Watkins, Le Libre penseur (Fritänkaren, 1994), Doriane films

 

La Beauté des choses

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Sorti en 1995, La Beauté des choses est le dernier film de Bo Widerberg. S’il prend la ville de Malmö pour cadre, en 1943, il aurait pu se passer ailleurs et à une autre époque, puisqu’il relate avant tout l’histoire d’amour entre Stig, un lycéen, et Viola, sa professeure de lettres. Le sujet n’est pas neuf mais Widerberg le traite à sa façon, c’est-à-dire avec sensibilité, n’hésitant pas à user d’humour lorsque la situation devient trop sombre. Représentant de profession, Frank, le mari de l’enseignante, est alcoolique. Lorsqu’il découvre la liaison, une relation d’amitié entre lui et Stig (joué par le propre fils du cinéaste) se noue, alors que Viola semble perdre la tête.

 

* Bo Widerberg, La Beauté des choses, 1995, Malavida

Amour 65

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Amour 65 est l’un des films des débuts de la carrière de Bo Widerberg (1930-1997). « ...Un film étrange (…), expérimental, plus introspectif que les autres où Widerberg reste, comme toujours, un réalisateur très sensuel. C’est un peu comme une improvisation de jazz... », écrit Marten Blomqvist, journaliste au Dagens Nyheter dans le livret qui accompagne le DVD. Dans le sud de la Suède, à Käseberga, à quelques kilomètres d’Ystad, un réalisateur qui pourrait être Bo Widerberg lui-même tente de trouver l’inspiration. « Je suis incapable de penser au film en ce moment », affirme le personnage principal, préférant jouer au cerf-volant et observer ses proches et les acteurs avec lesquels il travaille. « Amour 65 nous rappelle une époque où les films étaient vraiment pris au sérieux... », explique encore Maren Blomqvist.

 

* Bo Wideberg, Amour 65 (Kärlek 65, 1965), Malavida

 

L’Homme de Majorque

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Adapté d’un roman (La Fête du cochon) de Leif G. W. Persson (ancien policier reconverti dans la littérature), L’Homme de Majorque est un film signé Bo Widerberg (1930-1997). Appelés dans le bureau de poste principal de Stockholm après son braquage, deux policiers (Johansson et Jarnebring) de la brigade des mœurs décident d’enquêter, pas tout à fait officiellement. Ils découvrent que l’auteur du braquage est un vrai pro. Au point, qu’ils se mettent vite à suspecter quelqu’un de la « maison ». Mais ce quelqu’un semble être couvert par le ministre de la Justice. L’affaire, véridique, fit grand bruit en Suède et le film permit au cinéaste de relancer sa carrière. Toujours d’actualité, tant esthétiquement que sur le fond.

Signalons qu’une bonne part de l’excellente filmographie de Widerberg (Ådalen 31, Un Flic sur le toit, Elvira Madigan, Joe Hill, etc.), très grand cinéaste, est aujourd’hui disponible en DVD (Malavida).

 

* Bo Widerberg, L’Homme de Majorque, Malavida (1984)

Le Chemin du serpent(

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Quel film, Le Chemin du serpentde Bo Widerberg ! Adapté du roman éponyme de Torgny Lindgren (1982, traduit en français par Elisabeth Backlund et publié chez Actes sud en 1985), le film est fidèle au livre. Dans la Suède du XIXesiècle, quelque part dans la province du Västerbotten, un commerçant exige d’être payé « en nature » lorsque ses clients ne peuvent régler le « crédit » qu’il leur accorde. Dans la famille de Tea, le voici qui réclame d’abord la mère ; puis la fille, Eva ; puis la petite-fille, Tilda. Laquelle deviendra son héritière, par une sorte de justice d’outre-tombe. Quelle saloperie de bonhomme, contre lequel personne n’ose protester, sinon Johan/Jani, sporadiquement, avant de... se plier à l’usage ! Un très beau film, dans de très beaux décors et avec d’excellents acteurs. Bo Wideberg signe là l’une de ses plus grandes réalisations (avec Joe Hillet Ådalen 31).

 

* Bo Widerberg, Le Chemin du serpent(Ormens väg påhälleberget, 1986), Malavida

 

Blowfly park

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Que penser du premier film du réalisateur Jens Östberg (né en 1971), Blowfly park ? Tourné en grande partie en clair-obscur, il part d’une question (qu’est devenu Alex ?) et n’apporte que lentement des réponses. La scène finale peut en être une – ou pas. Il y a ici un scénario, mais plus encore la manière de filmer ce scénario. Un film policier, un thriller, Blowfly park ? Un film d’atmosphère, plutôt, tourné en hiver dans une petite ville industrielle suédoise. Âgés d’une trentaine d’années, Alex et Kristian sont amis. Mais Alex cherche la bagarre dès qu’il a un verre dans le nez. Un soir, il veut montrer à Kristian un terrier, dans une forêt, avec une famille de renards au complet à l’intérieur. Puis il disparaît. La caméra suit Kristian, personnage ambigu qui semble louper tout ce qu’il entreprend, notamment ses tentatives de ramener l’ordre autour de lui. Une esthétique troublante, dirions-nous – pour ce film réussi.

 

* Jens Östberg, Blowfly park (Flugparken, 2014), Outplay

 

Happy Sweden

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Happy Sweden (2008), du cinéaste Ruben Östlund (né en 1974), est un long métrage constitué d’une suite de petites scènes avec des personnages récurrents. Toutes s’articulent autour de ce que nous pourrions nommer des manques d’égard envers autrui, des incivilités, des actes qui ne portent pas forcément à conséquence mais qui, accumulés, pourrissent la vie de ceux qui en sont victimes. Un projectile lancé sur une voiture qui passe, une dégradation dans un bus, une blague entre copains qui tourne quasiment au viol, une enseignante qui incrimine publiquement l’un de ses collègues pour prendre la défense d’un gamin tapageur… Ruben Östlund réussit le tour de force de lier entre elles ces scènes et, sans émettre de jugement, de laisser le spectateur seul avec la gorge nouée. (Notons qu’il récidivera avec cette façon de faire dans Play, 2011, et Snow therapy, 2014.) Intéressant.

 

* Ruben Östlund, Happy Sweden (2008), BAC films

The Square

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Il est quelque peu étonnant que ce film de Ruben Östlund, The Square, ait été récompensé par la palme d’or à Cannes en 2017. Déroutant, il fait partie de ces œuvres qui ne peuvent guère susciter l’unanimité. Pour preuves, les réactions contrastées lors de sa sortie. « La palme au petit malin », annonce ainsi le critique cinéma de l’hebdomadaire Politis : « Tout dans la satire de l’art contemporain est ici usé jusqu’à la corde et d’une lourdeur affligeante. (…) Voilà du cinéma de petit malin n’ayant pas conscience de sa ringardise ni du mépris qu’il conçoit pour son spectateur. » Oh ! Peut-être faut-il rétorquer au critique que le fait de ne pas comprendre une œuvre n’autorise aucunement à l’éreinter ainsi. « Ringardise » ? « Mépris » ? Des mots fourre-tout, que chacun peut reprendre à sa guise en leur donnant le sens qu’il souhaite, et dont le seul but est de délégitimer la cible. Ouvrons plutôt les yeux. The Square met en scène le conservateur d’un grand musée d’art contemporain de Stockholm. L’action aurait pu prendre un autre cadre (il n’est pas interdit de penser à Pontus Hulten, à Beaubourg). Quand une exposition d’art plastique est programmée, une opération de promotion est organisée. « The Square est un sanctuaire où règnent confiance et altruisme En son sein, nous sommes tous égaux en droits et en devoirs. » Les grands idéaux ne pèsent pas grand chose face aux arguments des communicants et le conservateur se laisse peu à peu déstabiliser. Un clip est produit, qui provoque le scandale et qu’il n’assume pas ; il démissionne. Dans sa vie quotidienne d’homme à l’abri du besoin, les ennuis s’accumulent, consécutifs, pour la plupart, à sa volonté de bien faire. Ruben Östlund est-il de gauche ou de droite ? se sont interrogés des critiques. En vain, dans la mesure où l’on ne saurait mettre en doute la pertinence de ses questionnements (cf. notamment, outre ce film, Happy Sweden ou Snow therapy). The Square n’est pas à regarder avec cette aune. Il s’agit d’un film qui dérange, presque surréaliste dans ses outrances, à certains moments. Il s’agit aussi d’un film qui montre la superficialité de cet univers où l’art et l’argent se côtoient dangereusement. Une attaque contre la bourgeoisie, client attitré de cet art contemporain souvent vide de sens, même et surtout lorsqu’il prétend faire œuvre humaniste. Un film qui entend replacer la question de l’écoute, de la bienveillance, de l’entraide, au centre de nos préoccupations. Quand j’étais petit, raconte ainsi l’acteur principal à ses filles, mon père m’attachait une pancarte autour du cou et me laissait jouer seul dans les rues de Stockholm, sachant qu’il y aurait toujours quelqu’un pour me ramener à la maison. C’est inenvisageable aujourd’hui. Pourquoi ? Que s’est-il passé ? Qui porte la faute de cette régression sociale ? Sûrement pas le cinéaste.

 

* Ruben Östlund, The Square (2017), M6 video