Cinema

Heartstone

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Présenté en avant-première lors du 18e Festival du film d’Arras en présence du réalisateur Guðmundur Arnar Guðmundsson, Heartstone, un été islandais est ce que l’on appelle un film intimiste. D’une durée de 129 minutes, il trace à la serpe les portraits de deux adolescents dans un village de l’est de l’Islande, au tournant des années 2000. Si la première partie du film peut sembler s’étendre un peu, voire beaucoup, sans doute est-elle nécessaire pour permettre à la deuxième partie de prendre son sens. Servi par de jeunes et moins jeunes acteurs de talent et se déroulant dans le cadre naturel et magnifique de l’Islande, Heartstone n’est pas une œuvre sur l’homosexualité (sujet certes au centre de l’intrigue) ni sur l’adolescence mais, précise le réalisateur, sur l’amitié et le délitement des familles. L’amitié à un âge où se font les grands choix de l’existence. Un premier long métrage très prometteur pour Guðmundur Arnar Guðmundsson (né en 1982) venu, nous dit-il, de l’art conceptuel.

« Quand j’étais adolescent, je ressentais souvent de la pitié pour les adultes que je côtoyais. Leur vie semblait plus difficile, et leur esprit semblait en quelque sorte brisé. Les adultes qui me paraissaient heureux et libres étaient ceux que tout le monde trouvait étranges et évitait en les traitant d’excentriques. Je ne voulais absolument pas grandir, même si je n’en pouvais plus d’attendre de pouvoir prendre le contrôle de ma propre vie. » (Guðmundur Arnar Guðmundsson, « entretien avec le réalisateur », in livret accompagnant le DVD du film chez Outplay films, 2018).

 

* Guðmundur Arnar Guðdmundsson, Heartstone (Hjartasteinn), 2016

Béliers

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Gummi et Kiddi, deux vieux frères barbus, sont voisins mais ne se parlent plus depuis quarante ans. Un jour, ils se retrouvent obligés de défendre leur intérêt commun. Autrement dit, leurs moutons, parce qu’un cas de tremblante a été décelé dans la vallée et que les services vétérinaires ont décrété l’abattage des troupeaux et l’interdiction d’élever des ovins pendant une période de deux ans. Les films tournés en Islande ont pour point commun, quasiment tous, de montrer aux spectateurs des paysages magnifiques. Celui-ci, Béliers, du réalisateur Grímur Hákonarson (né en 1977), ne fait pas exception à cette régle. Mais ajoutons que les visages sont également filmés comme autant d’œuvres d’art (cf., notamment, le court-métrage qui accompagne le film sur le DVD) : ôde à la fraternité, à l’homosexualité, au langage des corps... Béliers est un film qui peut surprendre, tant par son sujet (deux frères et des béliers : qui ressemble à qui ?) que par son traitement. Une réussite, avec une scène finale étonnante.

 

* Grímur Hákonarson, Béliers (Rams, 2015), ARP, 2016

 

The Oath

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Signé Baltasar Kormákur, The Oath (Le Serment d’Hippocrate) est un film qui prend pour cadre Reykjavík, aujourd’hui. Un père, chirurgien de renom, s’inquiète pour sa fille, qui sort avec un dealer. Un très méchant dealer. Elle dit être amoureuse de lui. Le père voudrait qu’elle rompt. Le dealer le menace, l’agresse, lui réclame de l’argent, vise les siens. La montée en puissance de ce film est rapide. Après Everest ou 2 guns, La Cité des jarres (d’après le roman éponyme de Arnaldur Indriðason) ou 101 Reykjavík, Baltasar Kormákur (né en 1966) livre avec The Oath un film certes prenant, mais sans grand suspense ni originalité. Heureusement notre chirurgien est-il cycliste et a-t-on droit ainsi à quelques jolies vues sur la ville et la campagne islandaise...

 

* Baltasar Kormákur, The Oath (2016), Universal Studios, 2017

Sparrows

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Ari, seize ou dix-sept ans, vit à Reykjavík avec sa mère, quand celle-ci décide de l’envoyer retrouver son père, dans une petite localité de pêcheurs au nord ouest de l’Islande. Ce n’est pas le retour du fils prodigue, pour le jeune choriste qui ne retrouve pas ses amis d’autrefois, quand il vivait ici ; son père a plus ou moins loupé sa vie (« tu as perdu ta femme, ta maison, ton bateau », lui lance son fils) ; sa grand-mère, qui veillait sur lui, meurt. Ari semble condamné à travailler à son tour dans la conserverie de poissons. Film initiatique du réalisateur Rúnar Rúnarsson (né en 1977), Sparrowsprend pour décor les paysages islandais, évidemment majestueux, mais c’est aussi le désarroi et la solitude du jeune homme en devenir qui apparaît ici. Ou sa passivité, d’un bout à l’autre (quand il se fait agresser par le petit ami de celle qui deviendra son premier amour ou quand il assiste au viol de celle-ci) ce qui ne peut que mettre le spectateur très mal à l’aise.

 

* Rúnar Rúnarsson, Sparrows(2015), Blaq out (2016)

Une Jeunesse islandaise/Jitters

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Markus et Gabriel, deux Islandais âgés de seize ans, font un voyage en Angleterre et logent dans la même chambre. Une complicité se noue.À leur retour, ils s’étonnent de se découvrir des sentiments l’un pour l’autre. « Avec un subtil mélange d’énergie et de délicatesse, ce film au charme fou dresse un portrait tourbillonnant et émouvant de la jeunesse islandaise », nous dit la jaquette du DVD. Baldvin Z (né en 1978, à Akureyri) livre là un film touchant. Peut-être trop, pourtant, et trop à destination des seuls adolescents. Son regard sur ces très jeunes hommes est vite lassant, sans réelle intrigue, sinon les amours des uns avec les autres. Bâillements... !

 

* Baldvin Z, Une Jeunesse islandaise(Jitters, 2011), Outplay (2018)